qu'est-ce que lire?

Une relecture des "Commentaires sur la société du spectacle", de Guy Debord (Gallimard, 1988)  me fait à nouveau rencontrer ce passage (pp61-62) :

" L'UNESCO, lors de sa fondation, avait adopté une définition scientifique, très précise, de l'analphabétisme qu'elle se donnait pour tâche de combattre dans les pays arriérés.Quand on a vu revenir inopinément le même fait,mais cette fois du côté des pays dits avancés,...il a suffi de faire donner la Garde des experts ;et ils ont vite enlevé la formule,d'un seul assaut irrésistible,en remplaçant le terme analphabétisme par celui d'illettrisme :comme un "faux" patriotique peut pataître opportunément pour soutenir une bonne cause nationzle.Et pour fondert sur le roc, entre pédagogues, la pertinence du néologisme, on, fait vite passer une nouvelle définition,comme si elle était admise depuis toujours, et selon laquelle, tandis que l'analphabète était, on sait, celui qui n'avait jamais appris à lire, l'illettré au sens moderne est , tout au contraire, celui qui a appris la lecture (et l'a même mieux apprise qu'avant, peuvent du coup témoigner froidement les plus doués des théoriciens et historiens officiels de la pédagogie), mais qui l'a par hasard aussitôt oubliée."

Cela fait froid dans le dos, non? Et, du coup, une question qui me traînait depuis longtemps dans le crâne est réapparue : "C'est quoi, au juste, "savoir lire"?"Voici quelques réflexions personnelles à ce sujet.

1. Lire, c'est d'abord passer d'un code à un autre : de l'écrit à l'oral, parlé ou intériorisé (on sait que la "lecture silencieuse" mobilise le larynx, paradoxalement en apparence).Il faut donc, pour lirer, connaître les règles d cette transposition (et leurs inévitables "exceptions"). C'est ici qu'il faut eappelert deux faits. La tendance lourde à la simplification phonétique au cours du temps, en particulier les variantes "ouvetyes" ou "fermées" des voyelles,(côte et cote , p.e'x.) qui peut entraîner des méprises. Et le mépris croissant  pour notre si difficile orthographe ..-disparition des "correcteurs" de livres et journaux

2.Lire, c'est extraire d'un texte écrit des informations : faire correspondre le "décodage scriptural/oral" à dse usages de sa langue. Ici, l'on rencontre les difficultés de vocabulaire (le recours aux "usuels" n'est pas toujours pratiqué)., de grammaire (appauvrissement, p.ex;, des conjugaisons) et de syntaxe ( longueur et complexité de construction des phrases). Puis, enfin, des diffficultés de parcours général du texte (avec ou sans paragraphes, construit par mouvement de succession temporelle ou historique ; ou par énoncé de questions, "évidentes" ou "cachées" ; ou par enchaînement causes-effets ; ou enquêtes effets-causes...etc...

3.Lire, c'est interpréter les informations recueillies dans le texte : d'autres problèmes surgissent.  Avec quelles intentions, claires ou pas; suggérées, imposées, ou d'initiative personnelle , a-t-on lu? Et quelles étaient les intentions de celui-celle qui est "auteur" du texte lu? Les unes et les autres sonbt-elles claires? Coimpatibles? Comment organiser cette "rencontre" avec l'auteur ? Ici, il faut "situer", et l'auteur, et les circonstancves de l'écriture du texte. Et le contexte : quand, où, alors qu'il se passait quoi?

Il faut aussi nalalyuser le texte en tant qu'objet linguistique : vocabulaire, syntaxe, itérations, digressions. Sujet, "angle d'attaque" de ce sujet (en relation avec les compétences et les intentions ,et de l'auteur, et du lecteur). Replacement dans un mouvement, un projet, une action personnelle et:/ou sociale. Destination à quel(s) public(s).Echos d'autrs textes déljà lus, réveillés par cette lecture-là.

 

Je me borne à ce passage en revue rapide , qui se limite à des points généraux. Tout élève ayant achevé sa scolarité obligatoire devrait être pourvu des compétences correspondantes, et être familier de leur maniement quotidien, à propos de tout texte tombant sous ses yeux.

Fauter de quoi, je pense que l'on entre dans ce domaine maudit de l'illettrisme ...

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