Festival des Nuits des forêts : essayez le contact à l’arbre à Lahitte-Toupière

La première édition du festival Les nuits des forêts a lieu les 2/3/4 juillet partout en France. C’est la première initiative de cette ampleur qui allie environnement art et culture. En Bigorre le Manifeste de l’arbre du Musée de l’Invisible propose une découverte du contact à l’arbre avec des propositions des artistes Olivier Raud et Isabelle Peru.

 http://lemuseedelinvisible.org/les-nuits-des-forets/

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  Comment communiquer avec les arbres

Le contact, ou l'éveil à l'arbre, consiste à apposer les mains sur le tronc de l'arbre ou à en saisir les branches, à fermer les yeux et à lâcher prise. L'organisme humain se met alors au diapason de l'organisme de l'arbre. Il s'agit ensuite de laisser l'arbre piloter l'enchaînement des sensations et des réactions physiologiques qui adviennent. Comme dans une sorte de yoga de l'arbre.

Les participants s'inscrivent au préalable par email. (pascalpique01@gmail.com). Un rendez-vous leur est proposé ainsi qu'une information générale sur le déroulé. Un parcours de contact à l’arbre permet de "goûter" différentes essences : bouleau, pommier, hêtres, frêne, tilleul, noisetiers, cyprès, châtaignier et platane. Il est proposé en journée sur le site du Musée de l’invisible et en soirée dans les bois de Lahitte-Toupière, aux confins des Hautes-Pyrénées et du Gers. Ainsi que le matin au réveil pour ceux qui participent au bivouac. Car l’un des principes du festival est de promouvoir l’immersion dans la forêt en y passant la nuit.

Le contact à l'arbre consiste nécessite ici un contacte cutané en saisissant les braches ou en apposant les mains sur le tronc. Le contact à l'arbre consiste nécessite ici un contacte cutané en saisissant les braches ou en apposant les mains sur le tronc.

 Du Lot au Brésil en passant par le Japon et la Bigorre

Ce protocole est pratiqué par l’arbologue et magnétiseur Pierre Capelle dans la vallée du Lot depuis près de trente ans. Il préfigure bien avant l’heure ce dont on commence à parler aujourd’hui en termes de bains de forêt avec la référence au fameux shirin-yoku japonais.

 Au japon c’est l’Etat et son ministère de l’Agriculture, de la forêt et de la pêche qui encourage les populations dès les années 80 à pratiquer la promenade en forêt pour la santé physique et mentale. Depuis, c’est près de soixante-dix zones thérapeutiques qui ont été ouvertes sur tout le territoire. C’est du Japon que viennent aussi les recherches les plus poussées qui établissent les bases scientifiques d’une véritable sylviculture. Notamment sur la baisse du taux de cortisol, une hormone génératrice de stress. Avec des effets aussi sur le ralentissement de la maladie d’Alzheimer, ou encore, une baisse de l’agressivité. Ce qui va s’avérer très utile dans les temps à venir.

Pierre Capelle fait le contact à l'arbre à Salvador de Bahia © Le Musée de l'Invisible Pierre Capelle fait le contact à l'arbre à Salvador de Bahia © Le Musée de l'Invisible

Certes le japon est connu pour l’âpreté de ses rapport sociaux et familiaux, ce qui pour d’aucuns explique ce type de soin et de besoin. Mais ce n’est pas tout. On comprend mieux ce phénomène quand l’on perçoit que la culture japonaise, si étrange pour les occidentaux, est encore intimement liée à l’Invisible. C’est-à-dire que les arbres y tiennent une place centrale dans leur cosmogonie, en relation avec les défunts, les ancêtres, les esprits ou les forces de la nature dont ils sont un catalyseur.

 Le pape du contact à l’arbre

 Pierre Capelle est un peu le pape du contact à l’arbre. Pour autant il n’est pas dans une démarche ésotérique ou spirituelle même s’il a une véritable approche de l’Invisible. Lui est plutôt pragmatique et technique. Il serait d’ailleurs plus dans une position exotérique qui consiste à divulguer cette véritable haute technologie de bien-être pour qu’elle puisse bénéficier ou plus grand nombre. C’est ce qu’il dit et fait dans deux livres dont le dernier « Aux arbres citoyens », livre des informations inédites et précieuses sur le contact à l’arbre.

Les deux livres de Pierre Capelle, Sociomytho-logies de l'arbre avec Michel Boccara et Aux arbres citoyens ! Les deux livres de Pierre Capelle, Sociomytho-logies de l'arbre avec Michel Boccara et Aux arbres citoyens !

 Pierre Capelle y lance aussi un appel. Il demande à ce que de véritables recherches scientifiques soient enfin faites. Car il cherche à comprendre les phénomènes physiologique et psychologiques qui adviennent en compilant les ressentis de dizaines de personnes en vue d’une étude par des scientifiques. Car ce qu’il se passe avec l’arbre exactement à plusieurs niveaux, aussi bien individuel que planétaire reste un mystère. Pour lui l’enjeu est considérable. Certes il sait que les arbres peuvent guérir, ce qu’il a prouvé à de nombreuses reprises. Il s’est rendu compte du pouvoir bénéfique des arbres en soignant des jeunes rugbymen amochés qui passaient chez lui pour se retaper après le match du dimanche. Depuis il a accompagné des centaines de personnes au contact à l’arbre. Et pas seulement des rugbymen.

 Mais ce n’est pas tant le soin qu’une autre dimension qui intéresse Pierre Capelle. Il considère que les arbres peuvent aider l’humanité dans ce moment crucial de son histoire où elle s’est elle-même mise en danger en détruisant progressivement les conditions requises pour sa propre existence. L’arbre peut jouer un rôle à ce stade en livrant certaines informations. Encore faut-il être à l’écoute. Et c’est exactement ce que réalise le contact à l’arbre.

 C’est sur ces bases et ces réflexions avec Pierre Capelle qu’a été mis en place l’Académie de l’arbre et le Manifeste de l’arbre du Musée de l’Invisible dont la mission est de développer une nouvelle conscience ou culture de l’arbre par des actions concrètes, tangibles et palpables. Il est vrai qu’une fois que l’on a effectué le contact à l’arbre on ne voit plus du tous les arbres de la même façon. Ils deviennent alors des êtres vivants, des alter ego que l’on aura peut-être plus de scrupules à malmener.

Le contact à l'arbre est une pratique ancienne. En 1807 le marquis de Puységur l'expérimente avec plusieurs personnes reliées à un orme avec des cordes. Cette expérience sera refaite après deux siècle à Lahitte-Toupière pour le festival Les nuits des forêts. Le contact à l'arbre est une pratique ancienne. En 1807 le marquis de Puységur l'expérimente avec plusieurs personnes reliées à un orme avec des cordes. Cette expérience sera refaite après deux siècle à Lahitte-Toupière pour le festival Les nuits des forêts.

Une proposition du Manifeste de l’arbre
du Musée de l’Invisible

Le Musée de l’Invisible est une nouvelle instance de création et de recherche transdisciplinaire qui associe arts, sciences et savoirs alternatif. Son but est de promouvoir une nouvelle culture du vivant et de l’environnement en reconnectant l’art et la culture à des modalités de reliance à la nature. Comme la pratique du contact à l’arbre, mais aussi avec les minéraux ou les abeilles. Avec le contact à l’arbre il propose aussi une immersion dans les dimensions mythique, symboliques et énergétiques de l’Invisible. Ce dont l’arbre est le vecteur dans nombre de cultures premières de la planète qu’il est important de réévaluer.

L'artiste Tunga signe le Manifeste de l'arbre à Sao Paulo L'artiste Tunga signe le Manifeste de l'arbre à Sao Paulo

vous pouvez signer le manifeste de l'arbre ici :
http://lemuseedelinvisible.org/signez-le-manifeste-de-larbre/

Le Manifeste de l’arbre est une des premières actions du Musée de l’Invisible qui socle toute son activité depuis 2014. Il a été lancé à la Biennale d’art contemporain de Salvador de Bahia et à Sao-Paulo à l’invitation du commissaire Marc Potier avec une semaine d’atelier performatif où les visiteurs des expositions ont pu expérimenter cette technique ancestrale tout en signant une pétition. Ce projet fait suite à la publication d’un livre intitulé « sociomyto-logies » de l’arbre, co-écrit par Pierre Capelle et le sociologue Michel Boccara chercheur au CNRS. Depuis le Musée de l’Invisible a développé cette culture de l’arbre sous forme d’expositions comme La clinique de l'arbre ou L’arbre visionnaire à la cité Matarazzo à Sao-Paulo, au centre d’art de Lacoux dans l’Ain, à Genève ou à Paris au Musée des arts et métiers. Ainsi que des ateliers dans les écoles d’art, où l’apprentissage de cette technique de reconnexion à la nature permet de développer une forme de créativité particulière.

oeuvre de Teruhisa Suzuki pour l'exposition Clinica do arvore à Sao Paulo en 2014 oeuvre de Teruhisa Suzuki pour l'exposition Clinica do arvore à Sao Paulo en 2014

 Dans toutes ces actions les artistes jouent le rôle très important d’expérimentateurs des perceptions étonnantes que l’arbre peut susciter mais aussi d’ambassade ou de relais vers le public à travers les œuvres qui en résultent. Certains d’entre ayant accepté d'intégrer la pratique du contact à l’arbre à leur propre processus de création. Ce sera aussi le cas à Lahitte-Toupière avec Olivier Raud et Isabelle Peru qui vont expérimenter des interactions arbre/art/public.

 Un nouveau dispositif de connexion
à l’arbre avec Olivier Raud

 Olivier Raud est un artiste inventeur atypique qui vit en Bigorre depuis quelques années. D’abord designer énergétique il a été l’un des premiers à concevoir du mobilier bio en développant tout un travail sur la polarité, le magnétisme et les énergies. Il est une figure reconnue du monde des énergies avec ses inventions de mobilier thérapeutique utilisée par nombre d’ostéopathes ou de soigneurs. Il a développé par la suite des sculptures toroïdales et des chambres d’abeilles ainsi qu’une maison ruche en bois polarisé en collaborant avec l’entreprise d’apiculture Ballot-Flurin à Maubourguet. Pour ces constructions Olivier Raud respecte les orientations naturelles du bois au moment de l’assemblage. Ce que font aussi les charpentiers japonais traditionnels pour la construction des temples ou des maisons. Pour les Nuits des forêts Olivier Raud a mis au point spécialement un dispositif de connexion à l’arbre qui se fait sans contact avec le sol et sans prise de terre. La personne est allongée sur une table polarisée placée contre l’arbre auquel elle est reliée par une torsade de cuivre, et recouverte d’un tissu anti ondes qui permet de maximaliser la circulation des énergies entre l’arbre et l’humain. L’expérience vaut la peine d’être vécue pour le bien-être et l’éclaircissement qu’elle procure. Au sens propre comme au sens figuré. 

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Des entretiens muets avec Isabelle Peru

 Isabelle Peru travaille beaucoup avec les arbres ou avec les pierres qu’elle utilise comme des instances de connexion qui vont la placer dans une certaine forme d’inspiration pour son travail de peinture ou de dessins. Elle a ainsi réalisé une composition dotée de géométries particulières et de deux branches d’arbre que le visiteur peut saisir en contemplant le tableau. Il s’agit là aussi d’un dispositif de connexion avec certaines forces de la nature et du cosmos. Pour le festival Les nuits des forêts Isabelle Peru accompagnera certaines séances de contact à l’arbre en réalisant des portraits muets des personnes. Comme si elle peignait leur portrait sans les regarder, ni même échanger avec eux mais en essayant de capter leur énergie en s’appuyant sur celle des arbres. Ce travail qui met en œuvres des géométries naturelles peut aussi être vu comme une forme de soin. A la fois pour la personne portraiturée et celui qui regarde l’œuvre, autant que pour l’artiste qui l’a réalisée.

Isabelle Peru fait le contact à l'arbre avec l'une de ses œuvres dotée de branches Isabelle Peru fait le contact à l'arbre avec l'une de ses œuvres dotée de branches

Une préfiguration des bois de l’Invisible

 Ce parcours de contact à l’arbre à Lahitte-Toupière préfigure le projet des bois de l’Invisible qui associe une initiative de reboisement à un programme d’implantation d’œuvre d’art contemporain relevant de l’ecoART. Ce projet va se dérouler sur plusieurs années sur une parcelle encore récemment dévolue à la culture du maïs.  

L’objectif des bois de l’Invisible est de renouveler, de promouvoir et de diffuser une nouvelle conscience du vivant en réinventant des interactions pratiques et praticables entre culture et nature à travers l’art et l’arbre. Ces bois-jardins sont aussi la matrice d’un projet de recherche associant la création, l’expérimentation pratique, la théorie et la pédagogie. 

La parcelle qui sera restaurée et reboisée pour le projet des bois-jardins de l'Invisible à Lahitte-Toupière La parcelle qui sera restaurée et reboisée pour le projet des bois-jardins de l'Invisible à Lahitte-Toupière

Le projet des Bois de l’Invisible répond bien entendu à la problématique de l’arbre dans le contexte du réchauffement climatique. A savoir que l’arbre, malgré le fait qu’il représente l’une des premières solutions pour contrer les effets de la bascule climatique, fait toujours l’objet d’une déforestation massive et commence seulement à être intégré dans les projets de l’écologie politique.  Ceci alors que les bienfaits de l’arbre sont connus et pratiqués depuis des millénaires. Il suffit juste de retrouver cet accès et de le communiquer et de le cultiver. C’est aussi l’objectif du contact à l’arbre et des bois de l’invisible qui seront un lieu privilégié de sa pratique.

 Les nuits des forêts pour
retrouver le chemin de l’arbre

 Le projet du festival Les Nuits des forêts est très important car il développe cela à l’échelle nationale. A la fois simple, efficace et juste, il consiste à encourager l’accès du grand public aux forêts, aux bois et aux arbres. Aussi bien dans le domaine privé que public. Cette belle initiative revient à deux organisations, la Fibois qui rassemble les grands acteurs de la filière bois à l’origine de l’aventure en 2020 qui s’est associé à COAL structure pionnière et reconnue dans le domaine de l’art et de l’environnement depuis 2008. Ensemble ils ont constitué une association présidée par une jeune danseuse écologiste Clara Angenot qui porte et colporte cette magnifique aventure.

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pour consulter l'agenda en ligne des Nuits des forêts :
https://nuitsdesforets.com/participez/

 Pour cette première édition nationale ils ont suscité plus de 150 initiatives ouvertes au public.  Cela va de la "simple" balade ou le bivouac en forêt à la programmation de diverses manifestations culturelles ou artistiques. Comme les promenades accompagnées à dimension pédagogique pour apprendre les espèces végétales et animales, ou des propositions plus sophistiquées. Par exemple pour redécouvrir la biodiversité forestière comme dans les bois de la Grange à Champs-sur-Marne, ou avec L’usine végétale au lieu-dit de la Bombarde dans la Gironde. Il y a aussi des programmes dans les forêts de Chantilly, des Vosges, du Jura ou encore à Leuglay en Côte-d’Or. A noter également les bains de forêts ou les bivouacs dans les arbres dans la forêt départementale de la combe d’Aillon par exemple.

 Les artistes en première ligne
en Occitanie aussi

La programmation est marquée par une forte dimension artistique que l’association avec COAL a permis de développer. Comme la gare de l’art avec l’exposition de Bruno Toulemonde à St Paul en Bonne dans les Landes ou l’atelier créatif de Fabien Bellagamba en forêt de Chantilly. A noter également une installation de Louis Guillaume au centre Arts Architecture Paysage Patrimoine à Courcouronnes dans le parc de la maison Sainte-Geneviève.

La compagnie CERS présentera les « Dialogues de l’arbre » à la ferme du bois des Anses à Nantes le 3 juillet à 10 h du matin. La compagnie CERS présentera les « Dialogues de l’arbre » à la ferme du bois des Anses à Nantes le 3 juillet à 10 h du matin.

https://nuitsdesforets.com/
https://nuitsdesforets.com/evenement/contact-a-larbre/

 L’Occitanie n’est pas en reste avec plusieurs propositions.  Le centre d’art et de design la Cuisine à Nègrepelisse dans la Haute-Garonne propose de vous laisser surprendre une installation comestible de Debora Incorvaia accompagnée d’une création au piano de Lorenzo Naccarato, la soirée du 3 juillet.

Dans la forêt du Beaumonde de la Sogne à Naussac (48), en plus de la découverte libre de la forêt et de ses installations artistiques, le collectif Beaumonde organise 3 jours de festival en continu. Avec des soirées à la découverte du loup ou d’observation des étoiles, des jeux de pistage et des dégustations de sève de bouleau, des veillées intimes, des repas partagés et des spectacles déambulatoires, les  2-3-4 juillet

Dans la forêt du Mas d’Azil (09), située dans le Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises, un bivouac expérimental et artistique est proposé par la résidence d’artistes Caza d’Oro et vous guidera à travers une expérience sensible visant à ressentir les différentes étapes du crépuscule et de l’aurore, mesurer les changements d’atmosphère, de son et de lumière, entendre le bruit de la nuit et sentir l’évolution des odeurs, l’humidité nocturne, ceci la  nuit du 3 au 4 juillet

Les lucioles d’Erik Samakh
Dans la forêt de Fontainebleau

Artiste vivant en haute Bigorre depuis quelques années, Erik Samakh est l’un des pionniers de l’art associant nature, technologie et paysage. Depuis plus de trente ans, il capte, enregistres, collecte des sons et des perceptions qui constituent sa matière artistique qu’il restitue dans des installations diurnes ou nocturnes. Se définissant lui-même comme artiste chasseur-cueilleur, Erik Samakh a développé un travail remarquable d’acuité et de sensibilité, qui parle de la déconnexion de l’homme moderne à la nature tout en la réparant avec ses œuvres. Un artiste guérisseur en quelque sorte puisqu’il a restauré des biotopes dévastés comme sur l’île de Vassivière dans le Limousin. Il développe actuellement des « zones de bruit » qui consistent à reconstituer des biotopes natifs en rachetant des parcelles maltraitées pour les sanctuariser. Pour les nuits des forêts il s’est transporté de son ateliers de vingt hectares de forêt dans les Hautes-Pyrénées à celle de Fontainebleau où il réinterprète l’une de ses œuvres les plus enchanteresse avec « Les lucioles »,  qui traite de disparition et d’apparition et nous fait retrouver la lumière en pleine nuit. Ce qui n’est pas qu’une métaphore de la situation actuelle. 

Les lucioles de Erik Samakh, œuvre enchanteresse s'il en est Les lucioles de Erik Samakh, œuvre enchanteresse s'il en est

 Réenchanter la forêt

 Réenchanter la forêt est le mot d’ordre du festival. Avec l’idée de transmettre une connaissance élémentaire de la forêt par les professionnels eux-mêmes associés à des acteurs culturels. Même si le constat que l’on peut faire face à l’état de la forêt est loin d’être enchanteur l’état d’esprit des Nuits des forêts n’est pas celui du bilan polémique ou de l’accablement, ce qui malgré tout reste bien à l'arrière-plan. Ici l’état d’esprit à la fois pragmatique et festif. Le réenchantement est associé à un gros travail de fond qui consiste à « générer des engagements collectifs ». Mais aussi des engagements personnels : « En réenchantant les forêts le temps d’un festival, nous souhaitons générer des engagements individuels et collectifs de long-terme, mais aussi des sentiments joyeux et optimistes. Réveiller notre responsabilité profonde en même temps que notre nature sauvage... ». Ajoutons que réenchanter la forêt passe aussi, et par définition, par une reprise en compte des cultures de l’Invisible qui littéralement sont des cultures de l’enchantement. Pas seulement au niveau du langage et du récits mais par les énergétiques qu’elles gardent en mémoire. Et sont prêtes à restituer.  Et dans lesquelles il sera important aussi d’aller puiser pour trouver l’énergie nécessaire à surmonter ce qui arrive. 

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 Vers une nouvelle culture de l’arbre

Le but du festival est de générer une connaissance et une conscience propice à l’émergence d’une nouvelle culture de l’arbre et de la forêt. Il participe des actions de plus en plus nombreuses qui sont en train d’installer un nouveau paradigme sur l’arbre et par extension sur notre rapport au vivant et au non-humain.

Par exemple dans le monde éditorial aussi avec de plusieurs publications consacrées à l’arbre dont le fameux best-seller du forestier allemand, Peter Wohlleben « La vie secrète des arbres » paru en 2015 qui se fonde sur une approche à la fois scientifique et empathique. Il a été suivi de peu par un travail remarquable de longue haleine de Ernst Zurcher, ingénieur forestier suisse qui va plus loin dans l’exploration des différents aspects de la nouvelle culture de l’arbre qui est en train d’advenir avec son très bel ouvrage intitulé « les arbres entre visibles et invisible ». L’intérêt et l’importance de ce livre est que Ernst Zurcher s’appuie autant sur un invisible scientifique qui se dévoile progressivement que sur l’Invisible des cultures premières.

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A noter que le livre de Ernst Zurcher comprend des images du photographe André Hemelrijk qui a inventé un procédé de prise de vue en infra rouge qui permet de capter et de restituer à la fois la lumière mais aussi l’énergétique des arbres. André Hemelrijk étant par ailleurs un artiste d’Occitanie et du Gers qui collabore régulièrement avec le Musée de l’Invisible et Olivier Raud.

 Il y aurait foule d’exemples encore, comme l’exposition « Nous les arbres » à la Fondation Cartier à Paris en 2019 avec la participation de Francis Hallé qui a initié le magnifique projet de reconstitution d’une forêt primaire en Europe. Mais tout cela ne semble pas encore suffire pour que les pouvoirs publics agissent en conséquence.   

Pas un mot sur l’arbre dans la loi climat !

 Alors que l’on constante un engouement croissant et salutaire des populations, dont Les nuits des forêts témoignent fortement, les mesures ne suivent pas. Une vraie culture de l’arbre fait encore défaut aujourd’hui. Et ce n’est pas faute de gestes d’alertes de toute part. Que ce soit au niveau des instances internationales comme le Giec qui alarme sur la situation de la forêt depuis des années que d’une conscience globale qui va en s’accroissant.
Le meilleur exemple est la non prise en compte pure et simple des préconisations de la convention citoyenne pour le climat par le président de la république française et son gouvernement dans la nouvelle loi climat et résilience. Pas un mot sur l’arbre et la forêt.

Lo logo de la loi ronflante dite "climat et résilience" avec l'arbre absent des textes de loi alors que la France ne cesse d'être épinglée pour l'insuffisance de ses efforts. Lo logo de la loi ronflante dite "climat et résilience" avec l'arbre absent des textes de loi alors que la France ne cesse d'être épinglée pour l'insuffisance de ses efforts.

 Cela même alors qu’il est prouvé désormais que l’arbre est l’une des premières solutions pour contrer les effets du réchauffement climatique en piégeant le carbonne. Et qu’il a bien d’autres qualités comme l’ont rappelé les membres de la convention dans leur rapport. Il y a celle de régulateur thermique, notamment en contexte urbain. La forêt est aussi une réserve et une ressource de biodiversité unique. Sans parler de ses qualités et usages multiples en termes de matériaux. Et maintenant les bénéfices en termes de santé et de bien être avec les bains de forêt et plus globalement la sylvothérapie avec le contact à l’arbre.

 Rien dans le projet de loi alors que l’on retrouve certaines propositions pour l’arbre dans le programme du parti présidentiel LREM sous le titre aux « Aux arbres citoyens » Le cynisme et la vulgarité politique de certains est bien sans limites. A part celle que la population pourra donner en sanctionnant dans les urnes ces comportements dévastateurs.

 La forêt va mal
et nous avec

 Car l’état de la forêt, notamment française n’est pas si reluisant. D’aucuns mettent en avant l’augmentation du couvert forestier qui est effectivement une réalité. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt des problématiques qui font mal. Même très mal. Comme la l’exploitation du bois en l’absence d’une politique massive de reforestation.

 Il y a aussi le soutien des pouvoirs publics à des entreprises de déforestation massive. Comme le projet de prélèvement assorti à l’installation d’une méga-scierie dans les Pyrénées avec un programme d’extraction ahurissant qui fait plus que doubler l’extraction annuelle des hêtres. Ceci alors que les Pyrénées connaissent un réchauffement spectaculaire depuis quelques années. Un moratoire a pu être obtenu de justesse grâce à la mobilisation du collectif Touche pas à ma forêt.

slogan du collectif Touche pas à ma forêt pour les journée de mobilisation contre le projet de méga-scierie Florian à Lannemezan les 29 et 30 mai 2021 slogan du collectif Touche pas à ma forêt pour les journée de mobilisation contre le projet de méga-scierie Florian à Lannemezan les 29 et 30 mai 2021

Rappelons que le drame de Sivens en 2014 s’est cristallisé lors de manifestation contre l’abatage des bois que nécessitait l’installation d’une retenue d’eau et d’un barrage. Il serait inadmissible que cela se reproduise.

 Ajoutons à cela la profonde crise que traversent les Eaux et forêt et les gardes forestiers en proie eux-aussi à un suicide endémique. Ils sont clairement ciblés par une politique de démantèlement de leur corps, de rentabilité et de privatisation. Alors qu’il faut sanctuariser, replanter, laisser pousser et effectivement concevoir une exploitation raisonnée qui n’est loin d’être appliquée.

 Aujourd’hui même, encore un exemple de la crise du climat venant du Canada avec un « dôme de chaleur » de près de 50 degrés qui fait des centaines de morts montre que le feu est bel et bien là. La crise sanitaire du covid en est d’ailleurs le résultat direct. Au quotidien on voit encore beaucoup trop d’arbres tomber sans nécessité. Beaucoup trop de haies disparaître.  

Mais ne gâchons pas la fête. A elles seules Les nuits des forêts remettent du baume au cœur … de l’arbre.

 

Pascal Pique
Pour le Manifeste de l’arbre
http://lemuseedelinvisible.org/

Ces trois journée de contact à l'arbre sont dédié à Naziha Mestaoui qui. aparticipe au lancement du Manifeste de l'arbre à Salvador de Bahia en 2014. Disparue prématurément en 2020 Naziha a été, et reste, une artiste visionnaire qui s'est engagée pleinement pour la  cause de l'arbre à travers le monde. Ces trois journée de contact à l'arbre sont dédié à Naziha Mestaoui qui. aparticipe au lancement du Manifeste de l'arbre à Salvador de Bahia en 2014. Disparue prématurément en 2020 Naziha a été, et reste, une artiste visionnaire qui s'est engagée pleinement pour la cause de l'arbre à travers le monde.

 

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