"Le livre est une arme pour affronter nos difficultés"

René Trusses, président de la Ligue de l’Enseignement des Hautes-Pyrénées, évoque les combats de son association pour la culture, pour la liberté d'expression, ainsi que l’avenir du festival Contes en Hiver et du Mai du Livre.

Votre association est depuis toujours attachée à la liberté d’expression, et vous avez notamment été marqué par l’assassinat du professeur Samuel Paty cet automne. Vous avez décidé de mettre en œuvre une action à destination des écoles. De quoi s’agit-il ?

 Nous avons été frappés par cet assassinat, et nous pensons que c’est l’assassinat de la connaissance, une chose essentielle et élémentaire. Nous défendons le droit d’expression. La Ligue nationale de l’Enseignement, avec l’éditeur Milan, a édité une grande planche illustrée intitulée « C’est quoi la liberté d’expression ? ». Cette planche est composée de dessins très subtils et de textes essentiels. Nous pensons que la jeunesse peut y trouver des outils pour réfléchir. Nous avons envoyé ces planches dans tous les collèges et les lycées. Ce sont aussi des outils qui peuvent aider les enseignants pour s’adresser, en toute liberté et toute responsabilité, aux jeunes.

René Trusses et Damien Barthélémy présentent la planche sur la liberté d'expression © JF Courtille René Trusses et Damien Barthélémy présentent la planche sur la liberté d'expression © JF Courtille

 La Ligue de l’Enseignement des Hautes-Pyrénées organise chaque année deux festivals importants : Contes en hiver et le Mai du Livre. Comment envisagez-vous la mise en œuvre de ces festivals, dans le contexte de la pandémie que nous vivons depuis plusieurs mois ? Ont-ils une chance d’avoir lieu et sous quelle forme ?

 Nous sommes dans le doute car les nouvelles nous arrivent de manière souvent contradictoire et nous ne maîtrisons rien. Mais à la Ligue, nous avons comme parti pris de ne pas abandonner. Nous étudions la mise en place de programmes minimums, et aussi la possibilité de repousser les projets dans le temps. C’est difficile, car il faut faire, défaire, puis refaire. Concernant le festival Contes en hiver, nous avons tenu des visioconférences pour prendre tous les avis à ce sujet. La caractéristique de ce festival, c’est qu’il propose des rencontres culturelles dans les petites salles des petits villages. Mais pour le moment, ces salles sont fermées. Pour le Mai du Livre, nous n’abdiquons pas. Nous sommes en train de préparer une nouvelle programmation. Marie-Hélène Laffont qui a obtenu le prix Renaudot sera notre invitée d’honneur. Nous essayons de  construire un programme à tiroirs.

Présentation du festival Contes en Hiver 2020 par René Trusses et Rosa Rougeot © JF Courtille Présentation du festival Contes en Hiver 2020 par René Trusses et Rosa Rougeot © JF Courtille

 Vous avez aussi chaque année une programmation destinée au jeune public des écoles …

 Nous avons pu organiser le premier spectacle de l’année scolaire, mais nous avons dû annuler ceux qui étaient initialement prévus en décembre en janvier. Ceci dit, nous voulons être solidaires des écoles, dont beaucoup avaient inscrit des classes pour ces spectacles, et solidaires des compagnies. Récemment, une compagnie m’a appelé pour me confier qu’elle ne travaillait plus depuis six mois. Notre marque de solidarité consiste à signer tout de même le contrat, avec une clause qui leur permette de prouver auprès de l’Etat que le spectacle n’a pas pu avoir lieu, afin d’obtenir si nécessaire une aide financière.

Présentation du Mai du Livre en 2019 © JF Courtille Présentation du Mai du Livre en 2019 © JF Courtille

 Quelle importance a le livre selon vous dans l’époque singulière que nous traversons ?

 Se nourrir intellectuellement est une chose essentielle. Le livre est une arme pour nous aider à affronter ces difficultés collectives. La Ligue de l’Enseignement des Hautes-Pyrénées prête de nombreux coffrets de livres aux écoles, et les demandes sont toujours plus nombreuses. Les enseignants savent que le livre est un outil essentiel pour l’avenir.

Propos recueillis par Jean-François Courtille

 

En complément à cette interview, voici un communiqué de presse diffusé fin décembre 2020 par la Ligue nationale de l’Enseignement.

Les arts, la culture et La Ligue

de l’enseignement vont à l'essentiel

Confédération laïque regroupant, à travers 103 fédérations départementales, près de 25 000 associations locales présentes dans 24 000 communes et représentant près d’1,6 million d’adhérents, La Ligue de l’enseignement agit au quotidien pour une culture créative, curieuse, solidaire, fraternelle, exigeante, et s’adressant à tous.

Elle promeut et met en oeuvre un accompagnement des expériences artistiques et esthétiques dans tous les temps de la vie des adultes et des jeunes. Elle conjugue son engagement à développer une éducation artistique émancipatrice avec sa volonté de mettre au travail les droits culturels des personnes. Elle place ainsi au coeur de son projet d’Éducation Populaire, un compagnonnage à la fois fort et singulier avec les artistes. Face à la pandémie, La Ligue de l’enseignement assume, bien sûr, toutes ses responsabilités pour protéger les personnes et servir l’intérêt général. Elle interroge cependant la pertinence de mesures inégalitaires et inadaptées qui fragilisent toujours plus les arts et la culture. Tandis que la population est autorisée à fréquenter les temples de la consommation et les lieux de culte, les artistes et leurs oeuvres sont contraints à ne plus rencontrer leurs spectateurs. Les cinémas, les théâtres, les associations culturelles, les professionnels de la culture, déjà fragilisés par le premier confinement, sont ainsi gravement mis en danger, aujourd’hui et sans doute hélas pour l’avenir. La Ligue de l’enseignement, ses fédérations départementales, ses associations culturelles affiliées, sont touchées de plein fouet, à travers les actions qu’elles conduisent : gestion d’équipements culturels, de salles fixes et de circuits de cinéma itinérant, animation de réseaux de diffusion du spectacle vivant, pratiques en amateur et éducation artistique, promotion de la lecture...

Dans ce contexte, La ligue de l’enseignement affirme que les arts ne sauraient être réduits aux seuls « biens culturels », qu’ils nourrissent un imaginaire, divers, créatif, multiple, qu’ils tiennent ainsi à distance les risques de standardisation des esprits, et qu’ils contribuent, par là même, à faire reculer la fatalité sociale. La fonction émancipatrice des arts et de la culture est essentielle. Ceux qui la promeuvent et la servent ne le sont pas moins ! La ligue de l’enseignement leur apporte son total soutien, et réclame, d’un même mouvement, des mesures d’urgence, pour eux, et pour les associations, avec eux. Elle souhaite que dès janvier, les pouvoirs publics proposent une «réouverture maîtrisée » des salles, assortie de règles protocolaires aussi draconiennes que nécessaire, auxquelles la Ligue est prête à se conformer, comme l’ensemble des acteurs du monde de la culture.

 La Ligue

de l’enseignement

3, rue Juliette Récamier

75341 Paris cedex 07

www.laligue.org

 

 

 

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