L’Abeille blanche, l’exposition qui fait du bien réouvre au centre d’art du Parvis

L’exposition dédiée aux abeilles du centre d’art contemporain du Parvis à Ibos rouvre ses portes jusqu’au 28 août avec une série de rencontres artistiques. Elle avait dû fermer mi-mars pour cause de covid. Préfiguration d’un centre d’art des abeilles à dimension écologique à Maubourguet sur le site de l’entreprise apicole Ballot-Flurin, elle met en valeur des ressources bigourdanes et régionales.

L’abeille fédère, affluence record à l’ouverture de l’exposition L’Abeille Blanche (Photo Parvis) L’abeille fédère, affluence record à l’ouverture de l’exposition L’Abeille Blanche (Photo Parvis)

Le monde des abeilles fascine et fédère un public de plus en plus nombreux. C’est ce que démontre le succès rencontré par l’exposition L’Abeille blanche proposée par le Musée de l'Invisible dès son ouverture. Succès qui s’est confirmé pendant plus d’un mois de très bonne fréquentation avec une belle participation aux ateliers, rencontres et autres rendez-vous pédagogiques. Certes l’abeille rassemble car elle incarne des enjeux très sensibles liés aux problématiques environnementales actuelles. Mais ce n’est pas la seule raison de l’empathie des humains pour les hyménoptères.

Pour une nouvelle collaboration avec les abeilles

 Le rôle fondamental des abeilles dans la pollinisation et l’entretien de la biodiversité́ est connu depuis toujours et commence à̀ intégrer les dispositifs légaux de protection de l’environnement. L’abeille représente en effet l’un des modèles les plus aboutis de réciprocité́ et de symbiose entre un organisme vivant et son biotope, dont il est important de s’inspirer.

Notre connaissance et notre vision des abeilles est en pleine évolution. Des chercheurs en intelligence animale ont attesté récemment que les abeilles pouvaient avoir des émotions allant plus vite que la vitesse de la lumière.

On remarque aussi depuis peu un regain d’intérêt des artistes contemporains pour les butineuses alors que des expositions commencent à leur être consacrées*. L’Abeille blanche participe de ce mouvement en proposant de restaurer et de renouveler le lien immémorial entre l’humanité́ et le monde des abeilles.

 Car ce lien avec les abeilles s’est distendu et abîmé ces dernières années avec les disparitions massives de colonies et d’essaims chez les apiculteurs.

Il y aurait deux raisons au moins à cela. La première est liée à l’utilisation massive des pesticides. La seconde, pour d‘aucuns encore plus dévastatrice, est due à la pollution électromagnétique des ondes des téléphones portables et autres relais. Ce qui ne va pas s’arranger avec l’épidémie de déploiements de technologie 5G depuis peu sur terre comme au ciel. Il y a réellement de quoi s’inquiéter pour les abeilles. Et pour les humains aussi d’ailleurs.

 Mais que faire pour enrayer ce mouvement dévastateur ? Sans doute est-il d’abord nécessaire de participer à une prise de conscience élargie. Avec toute une culture à réinventer. C’est l’objectif premier de L’Abeille blanche. Et c’est pourquoi les artistes invités ici incarnent à la fois les dimensions mythiques, technologiques, énergétiques, mais aussi politiques de ce lien. Un lien que cette exposition réactive en proposant de nouvelles formes d’interactions et de collaborations inter-espèce.

Olivier Raud, La chambre d’abeilles, 2020, sculpture en pin douglas, liège, tissus occultant, cadres de ruche, ruches, 300 x 300 cm, et Abraham Poincheval, Sans titre (ruche), dessin mural, 5m x 5m, 2020 (Photo Alain Alquier) Olivier Raud, La chambre d’abeilles, 2020, sculpture en pin douglas, liège, tissus occultant, cadres de ruche, ruches, 300 x 300 cm, et Abraham Poincheval, Sans titre (ruche), dessin mural, 5m x 5m, 2020 (Photo Alain Alquier)

L’un des projets emblématiques de cette idée de collaboration inter-espèce avec les abeilles dans cette exposition est proposé par Abraham Poincheval qui rêve depuis quelques années de vivre dans une ruche. Cet artiste de Marseille est déjà connu pour avoir séjourné dans un ours ou dans une pierre. Il a aussi couvé des œufs de poule pendant une semaine (cf. blog en Bigorre), alors que sa dernière œuvre a consisté à marcher sur les nuages. Le dessin mural qu’il a créé spécialement pour L’Abeille blanche annonce son nouveau projet qui va consister à vivre 13 jours confiné dans cette ruche au contact direct des abeilles. Ce projet magnifique pourra être réalisé en 2021 avec la collaboration de Olivier Raud et de la société Ballot-Flurin qui ont développé la Chambre d’abeilles. Le public pourra participer à cette performance en pénétrant lui-même dans la ruche pour expérimenter ce qui peut être assimilé à une forme de soin. 

Lionel Sabatté, Extension d'une reine, 2013, Abeille reine, ongles, peaux mortes, épingle et boîte à spécimen, 26 x 19,5 x 7 cm (Photo Lionel Sabatté) Lionel Sabatté, Extension d'une reine, 2013, Abeille reine, ongles, peaux mortes, épingle et boîte à spécimen, 26 x 19,5 x 7 cm (Photo Lionel Sabatté)

Les œuvres de Lionel Sabatté qui associent des fragments biologiques de corps d’abeilles et d’humain (peaux mortes, ongles), incarnent une forme d’hybridation entre abeilles et humains qui symbolise l’ère d’une nouvelle relation avec les abeilles et plus largement la nature, pour laquelle milite l’exposition.

 Une vision énergétique des abeilles

 Le projet de L’Abeille blanche se situe à la croisée de ces savoirs. Le but de l’exposition étant de faire ressentir ces réalités en donnant accès aux énergies sur lesquelles elles reposent. C’est-à-dire l’énergétique unique et si particulière des abeilles d’après ce qu’en disent ceux qui l’ont perçue, comme certains apiculteurs. Notamment à travers les sons, les vibrations et ou les fréquences que l’on peut percevoir à leur contact. Une fois que l’on a ressenti ces énergies, on ne voit plus les abeilles de la même façon. C’est alors tout un autre monde qui se révèle. Un monde où l’on devient plus sensible aux énergies naturelles et plus concerné par le destin des abeilles ou de la biodiversité, qui ne l’oublions pas, sont les gages de notre propre survie. Les artistes de l’exposition qui captent et restituent cela à travers leurs œuvres ont été invités à exprimer ces dimensions.

Le travail de Olivier Raud a grandement inspiré et instruit cette vision énergétique des abeilles. Olivier Raud qui vit en Bigorre à Lahitte-Toupière, est inventeur, designer et artiste dans le domaine des énergies naturelles et de la polarité électromagnétique. Notamment celle du bois. Il travaille depuis plusieurs années avec les abeilles et avec Catherine Flurin apicultrice à Maubourguet, qui lui ont inspiré de nouvelles créations. Comme la Chambre des abeilles, qui est présentée pour la première fois en exposition au Parvis. Il s’agit d’une architecture de ruche surdimensionnée de 3m x 3m en bois polarisé, dans laquelle le visiteur peut pénétrer et séjourner en s’allongeant sur des ruches vibrantes et vivantes. Il bénéficie alors de la double énergétique des abeilles et des arbres qui ont des vertus régénératrices pour l’organisme et la psyché. Plusieurs visites-atelier énergétique ont été proposées dans l’exposition pour faire ressentir au public concrètement de quoi il retourne.

Erik Samakh, Essaim n°1, Tronc d’arbre (frêne), système sonore, 2018 (Photo Luc Jennepin) Erik Samakh, Essaim n°1, Tronc d’arbre (frêne), système sonore, 2018 (Photo Luc Jennepin)

C’est le cas également d’Erik Samakh, artiste reconnu pour avoir été l’un des premiers dès les années 80, à s’intéresser à l’environnement et à la biodiversité en créant des œuvres sonores qui « collaborent » avec la nature. Il vit désormais entre Lourdes et Bagnères-en-Bigorre où il s’est converti à l’apiculture depuis peu. Pour L’Abeille blanche il a proposé plusieurs œuvres dont une sculpture réalisée à partir d’un tronc d’arbre sonorisé, comme s’il était colonisé par un essaim dont on peut entendre et ressentir la vibration à travers le bois. Une vibration qui travaille le corps jusqu’au plus profond de nos cellules. Une autre œuvre très simple et très forte d’Erik Samakh, est une vidéo en plan fixe sur un butinage de buisson de lierre, permet de s’immerger dans le vol bourdonnant des abeilles et de se connecter à leur énergétique. Avec ces deux œuvres, Erik Samakh a littéralement amené les abeilles et leur magnifique énergie dans l’exposition.

Jean-Luc Favero, Abeille vision, 2020 sculpture environnementale. Matériaux divers : grillage, squelette de chevreuil, herbes, plantes, pierres semi précieuses, 700 x 350 cm. (Photo Pascal Pique) Jean-Luc Favero, Abeille vision, 2020 sculpture environnementale. Matériaux divers : grillage, squelette de chevreuil, herbes, plantes, pierres semi précieuses, 700 x 350 cm. (Photo Pascal Pique)

C’est grâce à ce type d’œuvre que l’on peut prendre la mesure de la dimension énergétique qui est en jeu avec les abeilles. Une pure énergie de la nature et du vivant qu’il est possible de ressentir, de visualiser et même de travailler. C’est ce que propose Jean-Luc Favero, artiste vivant dans le Tarn, avec une sculpture environnementale qui semble avoir poussé dans l’espace comme un arbre, ou comme un nuage. Cette œuvre est à voir comme une sorte de paysage énergétique de l’abeille qui mêle les dimensions végétales, minérales et animales. L’artiste explique : « C’est une évocation de la grande « machine » nature, avec la relation entre toutes les formes de vie, visualisées à travers la plastique du grillage alvéolé qui symbolise également les liens que tisse l’abeille à travers son vol entre les différents éléments qui compose ce paysage abeille ». Dans la lumière, le moirage que produit la superposition des différentes trames hexagonales créé une vibration qui imprègne le visiteur dans ses déplacements à travers le nuage.

Art Orienté Objet, L’abeille blanche : nature au carré, 2020, dessin prépratoire pour une mosaïque, tirage photo sur dibond, 100 x 150 cm (Photo AOO) Art Orienté Objet, L’abeille blanche : nature au carré, 2020, dessin prépratoire pour une mosaïque, tirage photo sur dibond, 100 x 150 cm (Photo AOO)

L’image d’abeille pixellisée quasi abstraite de Art Orienté Objet est particulièrement emblématique de la question des fréquences visuelles qui viennent seulement d’être attestées par des scientifiques de la cognition (février 2020). Cette image est aussi la maquette d’un projet de mosaïque dédiée à l’abeille blanche. Il s’agit d’une photographie d’abeille en train de butiner qui a été totalement retravaillée par les artistes qui ont recomposé et resculpté chaque pixel de la source numérique. Ce qui produit une sorte d’effet 3D et une forme de bourdonnement visuel qui renvoie à la fréquence des abeilles. Cette vision synesthésique de l’abeille produit une étonnante vibration qui émane de l’image et que l’on peut ressentir à la fois visuellement et physiologiquement. Comme si l’abeille était réellement présente dans l’espace de l’exposition.

Une exposition qui soigne

La médecine conventionnelle redécouvre actuellement les vertus antiseptiques et curatives du miel ou de la propolis, qu’elle réintroduit dans certains de ses protocoles. Avec la crise du covid d’aucuns ont utilisé les vertus de la propolis qui l’un des rares antiviraux naturels. Son association avec de la gelée royale a permis de renforcer bien des organismes de manière significative.

Erik Samakh, édition avec vase de cristal et miel de ses ruches Erik Samakh, édition avec vase de cristal et miel de ses ruches

Telle une recette alchimique, l’exposition au centre d’art contemporain du Parvis est une tentative de sublimer ces dimensions à partir du travail d’artistes sensibles à ces questions. Notamment sur le plan énergétique comme on l’a vu. C’est pourquoi il ne s’agit pas ici de simplement illustrer ou représenter des abeilles. Les œuvres sont plutôt envisagées comme les catalyseurs et les transmetteurs de ces énergies si particulières auprès du public le plus large. Comme pour un vaste soin.

Vidya Gastaldon, Queen bee (healing painting), 2016. Huile sur tableau trouvé, 34,5 x 27,5 cm Vidya Gastaldon, Queen bee (healing painting), 2016. Huile sur tableau trouvé, 34,5 x 27,5 cm

Dès l’entrée de l’exposition un petit tableau de Vidya Gastaldon intitulé Queen bee (La reine des abeilles), introduit la dimension du soin. Elle appartient à la série des healing painting ou « peinture de soin » réalisées à partir de peintures retrouvées dans les greniers ou les brocantes. L’artiste renvoie ainsi à la dimension vibratoire et potentiellement curative de la pratique artistique, qui a probablement été à l’origine de l’art. Fonction qui perdure curieusement chez certains artistes contemporains. Au sujet de Queen bee, l’artiste précise : « Je crois que l’abeille est venue toute seule se poser sur cette toile. C’est peut-être une communication de la personne qui avait peint la toile avant moi, c’était un paysage que l’on devine encore dans l’autre sens. C’est en tout cas une Reine des abeilles ! qui porte en gestation des autres êtres, abeilles, qui sont aussi des vibrations. Je crois qu’elle sourit d’un rire cosmique acide, comme souvent dans mes œuvres, avec ce rire qui dit : je suis toujours là même si je meurs. En d’autres mots elle dit ce que krishna déclare a arjuna : « Je suis la mort qui tout dévore, et aussi la source de tout ce qui est à venir. […]».

Laurie Dall’Ava, Figuration d’esprit, 2020, animation vidéo sur tablette numériques et documents iconographiques Laurie Dall’Ava, Figuration d’esprit, 2020, animation vidéo sur tablette numériques et documents iconographiques

La question du soin à travers l’anthropologie des cultures chamaniques passionne l’artiste Laurie Dall’Ava, originaire du Gers, qui s’intéresse aux cultures de l’invisible et à leur dimension réparatrice. Elle présente ici un projet de sculpture de buste inspiré d’un essaim de guêpes. Ce travail qui hybride la dimension humaine à celle des hyménoptères est accompagné d’images d’archives montrant différentes pratiques rituelles que l’artiste réveille parfois dans ses expositions sous forme d’images, d’objets ou de performances.

Art Orienté Objet, Monsanto (Les tambours apotropaïques ou la machine à retarder la fin d’un monde), 1994-2019, matériaux mixtes, tambours de bois, tissu, broderie, dispositif lumineux, Ø 30 cm Art Orienté Objet, Monsanto (Les tambours apotropaïques ou la machine à retarder la fin d’un monde), 1994-2019, matériaux mixtes, tambours de bois, tissu, broderie, dispositif lumineux, Ø 30 cm

La dimension anthropologique et même magique est également présente avec Art Orienté Objet et l’œuvre intitulée Monsanto qui a été placée à l’entrée de l’exposition. C’est un véritable ex-voto destiné « à retarder la fin du monde ». Cette œuvre à une double dimension. Elle est à la fois engagée et propitiatoire. C’est-à-dire qu’elle a été conçue et chargée comme un objet votif en reprenant une tradition chamanique issue d’une culture de l’Invisible : à savoir les broderies de protection de la tradition sorcière du mazzérisme corse à laquelle est affiliée Marion Laval-Jeantet par ses ancêtres. Cette œuvre réalisée il y a plusieurs années comme un cri d’alerte est toujours d’actualité en plein débat sur l’interdiction des néonicotinoïdes. Peut-être pour incarner une forme d’efficacité.

 Le manifeste de l’Abeille blanche

abeille-libre

Le titre de l’ex-voto de Art Orienté Objet, Monsanto, renvoie au problème crucial de l’inquiétante mortalité galopante des abeilles due aux insecticides distribués entre autres, par la célèbre firme américaine qui vient d’être absorbée par le géant chimique allemand Bayer. Curieusement, cet épisode a correspondu aux reculades récentes des administrations Européennes et Françaises sur l’interdiction des pesticides et la protection des abeilles.

Face à cette triste situation qu’elle dénonce, cette exposition est l’occasion de lancer le Manifeste de l’abeille blanche pour lutter contre l’extinction des abeilles. Ce manifeste existe d’abord de manière visuelle à travers des contributions d’artistes. C’est un manifeste évolutif appelé à se développer comme une sorte de cadavre exquis avec l’ajout progressif d’artistes et d’images qui pourront être éditées et diffusées sous formes d’affiches. Ce qui pourra donner lieu à des expositions ou à d’autres formes apparitions. Les premières contributions à ce manifeste proviennent d’artistes qui vivent différentes formes d’engagement.

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André Hemelrijk, artiste Hollandais installé dans le Gers, fait un travail remarquable sur et pour les arbres à partir d’un procédé de photographie en infra rouge. Pour le Manifeste de L’Abeille blanche, il a proposé une image recomposée sur le principe des fractales à partir de ramifications d’arbre qu’il identifie à  La reine des abeilles. Cette image a elle-même généré une structure et des motifs qui renvoient curieusement au dessin de l’anatomie de l’abeille et de son système nerveux. Comme si la trame et l’énergétique des arbres était proche de celle des hyménoptères. Il est vrai que l’arbre et l’abeille ont en commun une véritable alchimie de la lumière qu’ils cristallisent chacun à leur manière ? L’un dans la photosynthèse, l’autre dans la transformation des pollens en miel.

couto

Antonio Couto est apithérapeute à Lisbonne. Il soigne à partir des produits de l’abeille comme le miel, la propolis, la gelée royale ou le venin. En particulier à partir de la piqure d’abeille dans une forme d’api-puncture dont l’usage provient de différente culture anciennes (Chine notamment). L’œuvre proposée par Antonio Couto pour le Manifeste de l’abeille blanche est un dessin au trait qui renvoie au fameux pentacle de Léonard de Vinci. Sauf que l’humain de Leonardo est remplacé ici par une abeille. Cette image très forte est emblématique du changement de paradigme auquel l’humanité va devoir s’atteler en quittant la place dominante et centrale qu’elle s’est octroyée dans le règne du vivant au détriment des autres espèces.

 

Myriam Mechita, L’or perlé de tes doigts, douce amie, m’a fait creuser le sol jusqu’au bleu (mes jambes se sont dérobées), 2020, dessin, 60 x 40 cm (Photo PP) Myriam Mechita, L’or perlé de tes doigts, douce amie, m’a fait creuser le sol jusqu’au bleu (mes jambes se sont dérobées), 2020, dessin, 60 x 40 cm (Photo PP)

Myriam Mechita a proposé une image onirique très puissante d’un corps féminin à quatre bras, ou quatre ailes qui résulte d‘une vision inspirée par les abeilles. L’artiste précise « …. J'ai vu cette image de corps avec quatre mains, flottant dans le noir, sorte de reine renversée. Elle a renversé le soleil qu'elle idéalise en une lune parce que la nuit recouvre ces temps difficiles. Mais la lumière vient du corps, sorte d'apparition dans la forêt, tel un monstre qui marche à quatre pattes.  Elle annonce les mutations à venir… ».

 

Charley Case, L’Abelium almanach, 2020,  gravure sur bois, 120 x 80 cm Charley Case, L’Abelium almanach, 2020, gravure sur bois, 120 x 80 cm

La contribution de Charley Case au Manifeste de l’abeille blanche est une gravure issue d’une série réalisée récemment avec un véritable pacte que l’artiste propose de signer pour l’abeille. Parmi les dispositions envisagées par ce pacte il y a la lutte contre les pesticides et la pollution invisible des ondes des téléphones portables et de la 5G.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/07/15/protection-des-abeilles-la-commission-europeenne-est-engagee-dans-une-reculade-siderante_5489682_3232.html https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/07/15/protection-des-abeilles-la-commission-europeenne-est-engagee-dans-une-reculade-siderante_5489682_3232.html

Le manifeste de l’abeille blanche peut être constitué d’autres apports qu’artistiques. Comme ceux du député européen français Eric Andrieu qui est l’un des fers de lance de la lutte contre les pesticides à Bruxelles. Il a été invité à témoigner dans l’exposition à travers divers documents qu’il a bien voulu fournir comme des rapports, des articles ou des projets de résolution qui font état de la situation à l’égard des abeilles. Des avancées sont effectivement en cours mais elles ne sont pas à la hauteur de la situation. Le rôle néfaste des lobbies n’est vraiment pas une légende.

Petr Davydchenko lors de sa performance inaugurale de l'exposition L'Abeille blanche Petr Davydchenko lors de sa performance inaugurale de l'exposition L'Abeille blanche

Dès lors que faire ? N’y-a-t-il pas une forme spécifique à trouver. Une forme d’activisme citoyen entre art, politique et performance. C’est ce qu’a proposé Petr Davydchenko le jour de l’inauguration de l’exposition avec une performance dinatoire sous forme d’un banquet au miel dédiée aux abeilles où il a été aussi question de covid 19. Sans doute l’une des premières évocations artistiques de l’épidémie, qui dès le 30 janvier 2020 nous a alerté sur la situation dramatique qui allait se développer très peu de temps après.

 Les messages de l’abeille blanche

Mais qui est L’Abeille blanche plus exactement ? On pourrait dire que L’Abeille blanche est une sorte d’entité à la fois mythique et mystique. Mythique car elle trouve ses racines et son origine dans le fonds commun des mythologies et des légendes de l’abeille, dont beaucoup sont associées à la célébration de la lumière et du soleil. En fait du vivant. Dans certains récits l’abeille aurait même pour capacité de synthétiser et de se dissoudre dans la lumière pour disparaître et se recomposer à son gré.

Ce qui nous renvoie aux cultures de l’invisible, aux mystiques et aux dimensions cosmogoniques de la lumière qui ont été, et restent pour beaucoup, des voies d’accès importantes aux énergies de la nature. C’est peut-être d’abord ce que symbolise l’abeille. C’est pourquoi il peut être utile de revisiter ces dimensions aujourd’hui pour retrouver certains réflexes et certaines textures d’une culture plus osmotique avec l’environnement. Et plus respectueuses du vivant.

Cette position à l’égard des cultures de l’invisible qu’explore le Musée de l’Invisible est encore peu répandue en France et l’est beaucoup plus dans les pays anglo-saxons ou le monde extra occidental. Notamment chez les universitaires, les chercheurs et les scientifiques qui travaillent à des modèles alternatifs. Parler d’une mystique de l’Abeille blanche peut sembler anachronique et inapproprié à notre époque moderne, qui plus est dans le domaine de la culture et de l’art contemporain français qui reste particulièrement rationalisant.  Avec toutefois des évolutions et des ouvertures notables. Il est temps car c’est l’un des moyens à ne plus négliger, certes à réinventer, pour faire face à la crise de civilisation que nous traversons.

Charley Case, L’abeille Blanche, dessin mural à la propolis, 6 m x 4,5 m, et Ruche de cuir, 2015, 80 cm x 24 x 67 cm Charley Case, L’abeille Blanche, dessin mural à la propolis, 6 m x 4,5 m, et Ruche de cuir, 2015, 80 cm x 24 x 67 cm

La grande abeille peinte directement sur le mur à la propolis par Charley Case incarne elle aussi une forme de vibration mythique assez étonnante. Cette abeille est constituée d’une foultitude de volutes et de petite calligraphie dont certaines ressemblent à des silhouettes humaines. Pour l’artiste l’abeille est ici à la fois une matrice et un véritable véhicule qui voyage l’humanité. Jusque dans des dimensions extra-terrestres et cosmiques figurées dans le motif du vortex au centre de l’abeille. Cette œuvre monumentale est associée à une ruche en cuir dans laquelle on peut faire l’expérience d’une sorte d’apesanteur et d’une peinture sur soie dédiée au mythe d’Icare, présentée sous la forme de puit de lumière cylindrique dans lequel on peut pénétrer pour prendre une douche de lumière.

Philppe Deloison, L’abeille blanche, 2019, dessin et écriture médiumnique automatique sur papier, 34 cm x 24 cm x 3. Philppe Deloison, L’abeille blanche, 2019, dessin et écriture médiumnique automatique sur papier, 34 cm x 24 cm x 3.

La dimension extra sensorielle et surnaturelle est également présente dans l’exposition avec les trois dessins médiumniques réalisés spécialement pour l’occasion par Philippe Deloison qui a invoqué l’esprit de l’abeille blanche. Ancien joailler de renom de la place Vendôme, Philippe Deloison pratique la méditation zazen qui est une forme de méditation très poussée. Les trois dessins médiumniques sont aussi des dessins automatiques où il laisse libre cours à la vision, une vision qui prend ici aussi la forme à de mots et de messages que le médium a perçus.

Le premier dessin montre une structure de ruche avec deux émanations latérales et une centrale en forme de chœur qui peut faire penser à un double flux sanguin, avec le texte suivant « elles donnent leur vie sans compter ». L’image de droite est saturée d’une sorte de tourbillon ou de vortex avec un axe traversant son centre et la phrase « L’abeille blanche est un ange ». Alors que le dessin central décrit un être ailé un genou à terre (ce qui renvoie curieusement ces jours-ci à une certaine actualité), avec le texte précisant « cet ange te gardera à tout jamais ». Tel serait le message principal de l’abeille blanche à l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée.

Préfiguration d’un centre d’art des abeilles

L’Abeille Blanche, salle des projets, préfiguration du centre d’art des abeilles à Maubourguet L’Abeille Blanche, salle des projets, préfiguration du centre d’art des abeilles à Maubourguet

Cette exposition signale également le lancement d’un projet artistique d’une nouvelle génération : L’Abeille blanche, centre d’art des abeilles, en partenariat avec l’entreprise apicole Ballot-Flurin à Maubourguet dans les Hautes-Pyrénées, qui développe déjà̀ des commandes artistiques sur le site même de ses activités. Plusieurs œuvres présentées au Parvis ont été réalisées à partir de ce contexte. D’autres œuvres présentées ici préfigurent des projets qui pourront s’y développer in situ.

En fait ce centre d’art existe déjà depuis quatre ans. Il s’est en quelque sorte créé de lui-même à l’occasion d’une session de yoga des Abeille que Catherine Flurin propose à ses apiculteurs pour renouer le contact avec leurs abeilles. C’est à cette occasion que plusieurs artistes, dont Charley Case, Jean-Luc Favéro ainsi que la danseuse et chorégraphe Camille Renarhd, ont engagé une aventure avec les abeilles.

C’est d’ailleurs le film de Charley Case intitulé L’Abeille blanche qui retrace cette expérience,  qui a donné le titre de l’exposition. Dans de film présenté en permanence dans la seconde partie de l’exposition, Catherine Flurin, apicultrice et pédégère de l’entreprise Ballot-Flurin évoque l’abeille blanche. Elle parle d’une énergie particulière qui s’est développée pour elle au fil des année au contact des abeilles. Une énergie qui l’a accompagnée et qui l’a guidée dans le développement depuis près de quarante ans, d’une apiculture douce et bio dont elle est l’une des pionnières visionnaires sur le plan national et international. Jusqu’à devenir l’une des premières entreprises apicoles avec un rôle très important aussi pour le secteur de Maubourguet.

Projet de village des abeilles à Lahitte-Toupière Projet de village des abeilles à Lahitte-Toupière

Cette histoire hors du commun est évoquée dans la seconde partie de l’exposition à travers divers documents, plans, photographies, où sont mentionnés certains projets comme la création d’un village des abeilles à Lahitte-Toupière à côté de Maubourguet, ou d’un projet associant abeilles et eaux thermales à Cauterets.

L’Abeille blanche, c’est donc aussi l’histoire d’une aventure qui associe créativité humaine, art, économie, et créativité naturelle. Un modèle d’avenir s’il en est. Mais le futur n’attend plus. Il faut le réinventer sans plus tarder, ici et maintenant en Bigorre avec L’Abeille blanche.

Pascal Pique
Le Musée de l’Invisible
commissaire de l’exposition L’Abeille blanche

 

Rencontres avec les artistes
de L’abeille blanche

Afin de célébrer la réouverture de L’Abeille blanche, et de renouer avec les œuvres et les artistes de l'exposition, le Parvis et le Musée de l’Invisible proposent un programme de rencontres hebdomadaires jusqu’au 16 juillet. Ces rencontres se déroulent au centre d’art tous les jeudis à 19 h dans la limite de 10 personnes maximum dans l’espace. Réservation obligatoire à : centredart@parvis.net

  

Jeudi 11 juin à 19h
Parcours énergétique et Chambre des abeilles
avec Olivier Raud

Olivier Raud Olivier Raud
Conférence au contact direct des œuvres sous la forme d’un parcours énergétique de l’exposition conduit par Olivier Raud, artiste et designer, et Pascal Pique, commissaire de l’exposition l’Abeille Blanche.  Où il est proposé d’expérimenter une approche sensible des œuvres à partir de leurs dimensions énergétiques. Ce parcours se terminera par une démonstration du fonctionnement de la polarité et de de la chambre des abeilles.

Jeudi 18 juin à 19h
Contact avec les arbres de André Hemelrjirk

André Hemelrijk André Hemelrijk
Le photographe André Hemelrijk développe depuis 2014 un travail dédié aux arbres : L’arbre en lumière. Avec la technique de la photographie infra rouge, l’artiste montre la beauté de la terre et capte l’énergie rayonnante des arbres qu’il considère comme des antennes et des transmetteurs. Energie qui passe à travers ses images comme il a pu le remarquer et l’expérimenter à plusieurs reprises.

 Jeudi 25 juin à 19h 
Rencontre avec l’artiste Laurie Dall’Ava

Laurie Dall'Ava Laurie Dall'Ava
Née en 1982 Laurie Dall’Ava vient de l’image et de la photographie. Son travail consiste à développer une sorte d’anthropologie des images à partir de laquelle elle expérimente des formes de transmission, notamment avec les savoirs associés aux cultures de l’invisible et au non-humain, qu’elle invite souvent dans ses œuvres. Elle a déjà réalisé plusieurs œuvres dédiées à la relation entre l’humain et les abeilles.

 Jeudi 2 juillet à 19h
« Je veux vivre dans une ruche »
Conférence de l’artiste Abraham Poincheval

Abraham Poincheval Abraham Poincheval
Intervention de Abraham Poincheval sur son prochain projet de performance, « je veux vivre dans une ruche » qui sera l’une des premières propositions du centre d’art des abeilles à Maubourguet en 2021. L’artiste revient en Bigorre pour préparer son projet et réaliser plusieurs expériences au contact direct des abeilles.

 Jeudi 10 juillet à 19h 
 Les abeilles de l’Invisible et le chamanisme apicole
Conférence de 
Pascal Pique
 

Pascal Pique Pascal Pique
Pascal Pique abordera les mythologies et les mystiques de l’abeille dans les cultures chamaniques et les cultures de l’Invisible pour questionner leurs résurgences dans la création contemporaine et leurs incidences sur l’énergétique des œuvres d’art, tout en les replaçant dans le cadre de ses recherches de doctorat en sciences de l’art/esthétique à Paris 1 Panthéon Sorbonne associé aux activités du Musée de l'Invisible.

Jeudi 16 juillet à 19h 
Rencontre avec Erik Samakh

Erik Samakh Erik Samakh
L’œuvre entier d'Erik Samakh naît d'un dialogue constant entre l'homme et la nature. Attentif à ses bruits et à ses sons, à ses couleurs comme à ses différents règnes, il agit en arpenteur. Depuis quelque 35 ans, il capte, enregistre, et restitue dans l'espace d’exposition ce qui constitue pour lui une véritable matière plastique qu'il installe et diffuse en autant de lieux propres à la découverte. Erik Samakh n'est pas tant un acousticien qu'un artiste du temps présent, attaché à offrir de possibles expériences et sensations au-delà du visible. Depuis peu Erik Samakh est un artiste apiculteur qui associe les abeilles à son art.

Jeudi 27 août à 19h (à confirmer)
 Être abeille
Conférence de 
Myriam Lefebvre
 

Photo Myriam Lefebvre Photo Myriam Lefebvre
Myriam Lefebvre a voulu voir le monde des abeilles autrement qu'à travers son regard de biologiste. Elle a donc troqué sa blouse de chercheuse pour un objectif macro, s'est installée devant l'entrée des ruches. Peu à peu, elle a été le témoin de manières d'être et de faire plus individuelles, comme si les abeilles sortaient finalement de l'anonymat que l'être humain a imposé comme une évidence à tous les insectes sociaux. Imperceptiblement, Myriam Lefebvre s'est intégrée à leur monde.  Lors de cette conférence, Myriam Lefebvre exposera sa réflexion sur la nature de la conscience, ainsi que sa manière d'observer et d'entrer en relation avec le monde des animaux, celui de l’abeille en particulier !

 

 Vendredi 28 août (à confirmer)
Inauguration du centre d’art L’Abeille Blanche
A Maubourguet

Site de l'entreprise Ballot-Flurin à Maubourguet avec fresque réalisée in situ par Charley Case Site de l'entreprise Ballot-Flurin à Maubourguet avec fresque réalisée in situ par Charley Case

Pour son finissage, l’exposition de L’Abeille blanche du Parvis passe le témoin à L’Abeille blanche à Maubourguet avec l’ouverture au public du premier centre d’art dédié aux abeilles sur le site de l’entreprise Ballot-Flurin, en partenariat avec le Musée de l’Invisible. Avec un parcours d’œuvres de Charley Case, Jean-Luc Favero, Abraham Poincheval et Olivier Raud dans différents espaces de l’entreprise. L’occasion de d’expérimenter le yoga des abeilles ou le contact à l’arbre. Dates et programme à confirmer.

 

L’abeille blanche, ouvert jusqu’au 29 aout
du mardi au samedi de 11h30 à 17h30 non-stop !
Les visites libres sont maintenues dans la limite des places disponibles.
Les visites de groupes constitués se font uniquement l’après-midi et sur réservations : centredart@parvis.net

Public maximum dans l’espace : 10 personnes. Port du masque obligatoire.

Guide de visite de l’exposition l’Abeille Blanche téléchargeable en cliquant ici : http://www.parvis.net/media/tarbes/144425-guide_de_visite_l_abeille_blanche.pdf

 Attention fermeture exceptionnelle du centre d’art ce vendredi 12 juin !

Avec les œuvres de Art Orienté Objet (Marion Laval-Jeantet & Benoit Mangin), Charley Case,
Laurie Dall’Ava, Philippe Deloison, Jean-Luc Favero, Vidya Galstaldon, Abraham Poincheval, Olivier Raud, Lionel Sabatté, Erik Samakh, avec la contribution de Catherine Flurin. Et pour le Lancement du Manifeste de l’Abeille Blanche Petr Davydtchenko, André Hemelrijk, Myriam Mechita, Antonio Couto (apithérapeute), Eric Andrieu (député européen).

* signalons l’exposition « des artistes et des abeilles » réalisée par l’artiste Martine Mougin et la commissaire d’exposition Karin Haddad fin 2017 à l’espace Topographie de l’art à Paris. Une reprise de l’exposition est actuellement visible à l’atelier blanc à Saint Rémy (12), jusqu’au 4 août avec Michel Aubry, Elise Bergamini, Céline Cléron, Evelyne Coutas, Neil Lang, Martine Mougin, Olivier Perrot, Emma Picard, Jean-Claude Ruggirello, Laure Tixier et la participation de Maewenn Bourcelot. 

 

 

 

 

 

 

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