Art & covid : le vaccin anti Big-Pharma de l’artiste Petr Davydtchenko

L’artiste Petr Davydtchenko, basé à Maubourguet dans les Hautes-Pyrénées, vient d’ouvrir une exposition personnelle au musée du Palazzo Lucarini à Trevi en Italie où il propose un double vaccin anti covid et anti cupidité. Il dénonce ainsi les dérives de la Big Pharma mondiale auxquelles on assiste médusés depuis des mois. Jusqu’à croquer une chauve-souris vivante devant le parlement Italien.

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Tout a commencé en mars dernier. Pris d’une grosse fatigue Petr Davydtchenko craint d’avoir contracté le virus du covid. Mais pas moyen de vérifier par un test, ni d’avoir accès au moindre traitement. Lui vient alors l’idée de fabriquer lui-même ses propres anticorps. N’ayant pas de pangolin sous la main il se tourne vers la chauve-souris. Au même moment il prépare son exposition au Palazzo Lucarini à Trevi au nord de Rome où il a été invité par le conservateur Maurizio Coccia pour la deuxième année consécutive à concevoir une exposition personnelle. Il se décide alors à consacrer son projet à la problématique du covid.

Pour son exposition, Petr Davydtchenko a transformé le musée en labo pharmaceutique tout en déployant une esthétique froide et clinique. D’une salle à l’autre le visiteur déambule dans un univers fait de paillasses en inox, de cornues en verre, de combinaisons protectrices et autres ustensiles. Pour arriver au point fort de l’exposition, une vidéo en plan fixe montrant l’artiste en train de croquer une chauve-souris vivante. Il arbore un tatouage qu’il s’est fait faire spécialement pour l’occasion au-dessus de son œil gauche à la marque Pfizer. Pfizer étant l’un des leaders mondiaux de la Big Pharma créé en 1849 aux États-Unis, qui a fait fortune avec le Viagra avec un chiffre d’affaire de 51,8 milliards de dollars den 2013.

 L’artiste a également repris et détourné le graphisme médical des labos et de leurs emballages. Notamment avec le slogan qu’ouvre l’exposition « before it became a medecine, it was an idea » : « avant que cela devienne une médecine cela a été une idée ». Une idée ou un concept plus commercial qu’autre chose s’entend.

 La raideur et la froideur de ces partis pris, digne des formes les plus radicales d’art conceptuel, a pour fonction de nous renvoyer au message de l’artiste et à son action. D’où l’importance du « « statement » ou de la déclaration qui font œuvre ici à travers les propos de l’artiste.

Vue de l'exposition Petr Davydtchenko au Palazzo Lucarini à Trevi jusqu'au 30 août 2020 (photo © Dusan Josip Smodej Vue de l'exposition Petr Davydtchenko au Palazzo Lucarini à Trevi jusqu'au 30 août 2020 (photo © Dusan Josip Smodej

 « le covid a renforcé les inégalités
de la société libérale capitaliste »

 Le texte du communiqué de presse peut être considéré comme faisant partie prenante du projet en tant que déclaration d’intention et prise de position de l’artiste :

 « La crise mondiale liée à la pandémie de Covid 19 a mis à nu les inégalités de la société libérale capitaliste – les minorités raciales et les plus pauvres sont plus exposés à la contagion et touchées de manière disproportionnées par la maladie, tandis que les plus riches multiplient leurs richesses.

 Les gouvernements du monde entier ont promis des centaines de millions de l’argent des contribuables pour trouver un remède au covid 19. Mais malgré cela, des entreprises telles que Pfizer et GSK ont refusé de participer à une proposition de l’Organisation Mondiale de la Santé qui garantirait que tout médicament serait sans brevet et distribué équitablement à ceux qui en ont besoin.

 Le PDG de Pfizer, Albert Bourla a qualifié cette initiative de « non-sens ». Les gouvernements britanniques et américain ont également rejeté les tentatives de l’OMS de créer un « pool de brevets » mondial qui, selon le directeur général de l’OMS, « fournirait un accès équitable aux technologies vitales dans le monde »

 © Pascal Pique © Pascal Pique

 L’artiste en lanceur d’alerte

 Petr Davydtchenko nous renvoie ainsi au débat sur les labos et les grandes manœuvres mondiales avec les études biaisées, les mensonges et les interdictions qui ont frappé par exemple le traitement à l’hydroxycloroquine. Sans parler des conflits d’intérêt qui semblent avoir interféré avec certains choix de politique de santé publique. L’artiste se faisant en quelque sorte le relais de l’action des docteurs Raoult, Douste-Blazy ou Perronne qui ont dénoncé ces manipulations ahurissantes alors que des milliers de personnes mourraient du covid.

 Autant de questionnements et de débats qui ont disparu comme par enchantement de la scène médiatique française et internationale depuis des semaines pour laisser place nette à l’adoption de nouvelles molécules aux performances incertaines comme le fameux Remdesivir du laboratoire Gilead.

 Mais quelques artistes prennent la relève. C’est le cas de Petr Davydtchenko qui prend position dans plusieurs déclarations mises en scène dans l’exposition. L’artiste n’a pas fait que reprendre l’esthétique du labo. Il fait de l’exposition elle-même le laboratoire d’une prise de conscience salutaire et d’une contestation citoyenne.

 D’ailleurs, le titre même de l’exposition « Perftoran » renvoie à l’un des épisodes les plus tragiques et cyniques de la nouvelle santé mondiale avec la commercialisation récente du « sang bleu » par la Russie. Ce sang artificiel a été mis au point à la fin des années 70 par un scientifique soviétique Félix Beloyartsev disparu lors d’un mystérieux suicide après avoir été perquisitionné et menacé. Le produit ne sera commercialisé que bien plus tard à des tarifs inaccessibles pour la plupart des hôpitaux russes.

Un double vaccin anti covid
et anti-cupidité

 Mais l’artiste ne fait pas que dénoncer. Il propose aussi des solutions sous la forme d’un double vaccin pouvant immuniser à la fois contre le covid 19 et contre la cupidité de l’industrie pharmaceutique mondiale. Tout en justifiant le fait qu’il a croqué dans une chauve-souris vivante :

 « Je mange une chauve-souris vivante pour détruire le pouvoir des grandes sociétés pharmaceutiques. En ingérant le sang de l’animal qui est devenu le symbole de l’origine du covid 19, je cherche à créer mon propre vaccin contre la maladie, et à me faire vacciner non seulement contre le coronavirus, mais contre la cupidité des entreprises régissant les actions des grands groupes pharmaceutiques. Le virus a infecté plus de 7 millions de personnes, et en tuant plus de 400 000 à travers le monde. Il a été déployé sur le champ de bataille géopolitique en tant qu’arme biologique pour déstabiliser les économies. Un vaccin est notre seul espoir. Mais alors que les sociétés pharmaceutiques travaillent sans relâche pour trouver le remède, le bien-être futur de la population mondiale reste entre les mains de ces sociétés à but lucratif qui font chanter la civilisation pour obtenir des profits d’une ampleur sans précédent. »

Performance de Petr Davydtchenko devant le parlement italien © Dusan Josip Smodej Performance de Petr Davydtchenko devant le parlement italien © Dusan Josip Smodej

 Une adresse au gouvernement italien

Petr Davydtchenko va même faire de l’exposition le support d’une proposition au gouvernement italien à partir d’une performance crée spécialement pour le contexte de l’Italie. Pendant l’exposition il a filmé une action qu’il a réalisée devant la parlement Italien où il mange une chauve-souris vivante. La vidéo est diffusée dans l’exposition avec le propos suivant :

« Il s’agit d’une proposition au gouvernement italien. Ils doivent écouter le peuple italien pour trouver une solution alternative aux problèmes économiques et sociaux causés par le covid-19. Je propose un médicament à portée de main dans toutes les provinces italiennes. Je mange une chauve-souris vivante devant le bâtiment du parlement italien pour demander du changement. En ingérant le sang de l’animal qui est devenu un symbole de l’origine du covid-19, je cherche à créer mon propre vaccin …  Veuillez m’appeler au 0797473497 pour plus d’informations. Des images et des vidéos seront publiées dans les prochains jours. »

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 Un art politique et engagé

 On l’aura compris, Petr Davydtchenko est de ces artistes dont l’œuvre a une dimension politique et engagée. Il a d’ailleurs participé récemment à plusieurs projets du collectif « A political » qui rassemble ponctuellement pour des expositions comme « Us or Chaos » au centre d’art BPS 22 à Charleroi en Belgique, des grands noms de la scène artistique contemporaine comme Teresa Margoles, Erik Bulatov, Santiago Sierra, Nancy Spero, Andres Serrano, Kendell Geers,  Petr Pavlensky ou Andrei Molodkin.

 Petr Davydtchenko fait aussi partie avec Andrei Molodkin du collectif de La Fonderie à Maubourguet, sorte d’atelier résidence d’artiste qui reçoit la visite des plus grands artistes et musées du monde entier. Certains conservateurs, critiques d’art et autres observateurs de l’art contemporain sont attentifs à cet art hors-normes qui se préoccupe de l’état du monde en dénonçant ses dérives politiques, économiques et sociétales.

 Certes parfois au risque de provoquer, de choquer, où en adoptant les modus de certaines outrances consuméristes comme la stratégie du buzz.  

 C’est ce qui vient d’arriver à Petr Davydtchenko sur la Platform YouTube qui a supprimé toutes ses vidéos du projet pour « non-respect des règles pour contenu choquant ou violent ».

Des vidéos que l’on peut consulter aux adresses suivantes , https://perftoran.livehttps://innovativehealth.uk

En France, l’on est plus trop habitué à ce type d‘art. En témoigne l’épisode récent où Petr Pavlensky est intervenu dans le cours de la campagne municipale de Paris devant une presse interloquée qui n’a pas manqué de remettre en cause la dimension artistique de son action.

 

Animal écrasé recueilli par Petr Davydtchenko © Petr Davydtchenko Animal écrasé recueilli par Petr Davydtchenko © Petr Davydtchenko

De l’art ou du cochon ?

Petr Davydtchenko tient une place particulière dans ce paysage car il a su inventer un positionnement spécifique tournée vers le vivant et le soin. En témoigne son travail précédent dédié aux animaux morts écrasés par les humains.

Pendant près de deux années, il s’est nourri exclusivement de ces animaux morts trouvés au bord des routes des Hautes-Pyrénées.  Dénonçant par-là certains de nos comportements dévastateurs à l’égard de la nature et de l’environnement. En particulier au regard du monde animal.

Ce travail a consisté à recueillir les animaux écrasés (chats, chiens, ragondins, sangliers, belettes, écureuils, renards, et même un âne), et à les préparer dans un atelier spécialement conçu pour dépecer, tanner, et cuisiner.

L’artiste a également constitué toute une archive consacrée à ces animaux et réalisé plusieurs vidéos dont un film aux accents survivalistes intitulé « Autonomous ». Plusieurs expositions ont montré ce travail sous forme d’installations où l’artiste déplaçait des éléments de son atelier pour faire partager son expérience, et parfois quelques plats avec le public.

Après le travail sur les animaux écrasés, Petr Davydtchenko à engagé un nouveau chantier en s’octroyant le statut de « chef cuisinier ». Sa dernière performance avant celle de la chauve-souris ayant consisté à préparer un repas performatif avec une recette de cochon/agneau préparé au miel.

Distribution des vaccins © Dusan Josip Smodej Distribution des vaccins © Dusan Josip Smodej

Résultats encourageants mais censures

 Aux dernières nouvelles, l’exposition dédié au covd à Trevi se passe plutôt bien avec un accueil favorable du public dans un pays qui a particulièrement tété ouché pas la pandémie.

 L’artiste précise : « Il y a un grand intérêt pour la vaccination. Nous avons testé le vaccin de chauve-souris sur plusieurs volontaires qui avaient des symptômes. Les résultats ont permis d’obeserver l’apparition d’anticorps. Nous avons engagé la jeunesse locale pour trouver et attraper des chauves-souris dans la région de Pérouse pour une récompense généreuse de 50 € par chauve-souris. Nous avons soumis des échantillons aux hôpitaux des régions les plus touchées d’Italie, dont celui de Bergame. Toutes mes vidéos ont été censurées sur les plateformes comme YouTube. La raison est qu’elles proposent un traitement alternatif contre le SRAS-COV-2. Toutes les propositions alternatives sont censurées par les gouvernements, les plateformes sociales et Big-Pharma. »

 Fallait-il croquer
dans la chauve-souris ?

 Mais fallait-il nécessairement croquer dans une chauve-souris vivante ? C’est une question que l’on peut se poser.  Rappelons que la chauve-souris est une espèce protégée en France où ses taux de reproduction sont trop faibles du fait de la disparition de leurs espaces de nidation, des pesticides et de bien d’autres causes encore. Et qu’adviendra-t-il des chauve-souris si le protocole de l’artiste fonctionne ?

 Gageons que Petr Davydtchenko ne tombera pas dans les travers d’une Big-Pharma qu’il dénonce. Alors que son art pose une question cruciale : est-il même possible de lutter contre les dérives de ce monde sans en produire de nouvelles ?

 © Dusan Josip Smodej © Dusan Josip Smodej

 En son temps le philosophe Bernard Stiegler qui vient malheureusement de disparaître a répondu à ce dilemne en reprenant la théorie du « pharmakon ». A savoir que pour lutter contre les toxicités de ce monde, comme le capitalisme outrancier, ou certains usages de la technologie, il faut faire l’apprentissage de cette toxicité. Stiegler qui déclarait peut de temps avant de mourir au sujet des technologies toxiques et du covid :

 « Rien n’est plus effrayant aujourd’hui que la gouvernementalité algorithmique et cependant je pense que l’humanité ne peut pas éviter de développer des moyens qui passent par la cybernétique. Je pense qu’il ne faut pas rejeter ces techniques mais il faut les critiquer, ce qui ne veut pas dire simplement les dénoncer mais les transformer. "Stopcovid" est une application qui pose beaucoup de problèmes, et m’en pose à moi aussi… Quand on veut combattre le côté toxique d’une technologie, il faut commencer par se l’approprier…                        

C’est en effet le principe même du vaccin ou de l’homéopathie qui consiste à soigner le mal par le mal. Ou à combattre le mal avec les mêmes armes qu’il utilise. Quitte à l’entretenir et à le reconduire.

La transgression de cette ambivalence est l’un des défis que les humains en général et les artistes en particulier devront relever sans trop tarder A moins que l’apocalypse et le collapse annoncé, qui est le sujet premier de Petr Davydtchenko, ne nous en laisse même pas le temps.

 Ce serait dommage, car il semble que la nature ait développé d’autres stratégie dont nous pourrions nous inspirer. Là est sans doute aussi le futur de la lutte contre le covid. Pas nécessairement sous la forme de vaccin.

 

 Pascal Pique

 

 

 

 

 

 

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