La mobilisation sociale des syndicats de la santé

Pénurie de personnel soignant, inquiétude sur l’avenir de l’hôpital, sentiment d’injustice face aux décisions du Ségur de la santé : tout ceci conduit les syndicats CGT 65 et SUD 65 à organiser un appel à la grève et au rassemblement jeudi 21 janvier à Tarbes devant l’Hôtel du Département.

Centre hospitalier de Tarbes © JF Courtille Centre hospitalier de Tarbes © JF Courtille

Après les applaudissements des citoyens le soir à 20h au printemps dernier et les promesses mirifiques du président Macron, la nuit du réel est retombée sur les personnels de santé. Dans les Hautes-Pyrénées comme ailleurs, la situation est dramatique. « J’ai consulté le 18 janvier les offres du site Pôle emploi dans notre département concernant les personnels de santé. Elles se passent de commentaire : 70 aides-soignants et 170 infirmiers sont recherchés ! », dévoile Wilfrid Zaparoli, agent de service hospitalier et secrétaire général de la CGT 65 Santé action sociale. « Cela montre la pénurie de personnel à laquelle nous sommes confrontés, alors que la crise sanitaire est loin d’être achevée. La pandémie a été un révélateur de l’état préoccupant de notre système de santé ».

Les ravages psychiques de la pandémie

Une situation aggravée par les conditions de travail toujours plus difficiles auxquelles les personnels de santé sont confrontés. « Pour prendre l’exemple de la psychiatrie, à l’hôpital de Lannemezan, nous voyons arriver de nombreux nouveaux patients en grande souffrance psychique. Des personnes parfois âgées de 50 à 55 ans inconnues de nos services auparavant. Les délais d’attente sont de plus en plus importants. Et nous n’avons pas à mon sens les moyens de les prendre en charge comme il le faudrait », confie Daniel Labarre, infirmier en psychiatrie et secrétaire général de Sud Santé Sociaux.

Polyclinique de l'Ormeau-Pyrénées © JF Courtille Polyclinique de l'Ormeau-Pyrénées © JF Courtille

A cela s’ajoute le sentiment d’injustice généré par les accords du Ségur de la Santé, qui ont exclu les personnels médico-sociaux. « Des salariés intervenant de chaque côté du lit d’un patient peuvent être, l’un bénéficiaire de la « prime » de 183 euros – un complément de traitement indiciaire - négociée lors du Ségur, et l’autre non, suivant leur statut. Cela décourage les bonnes volontés », ajoutent les deux responsables syndicaux.

La diminution programmée de l’offre hospitalière

Autre sujet d’inquiétude pour l’avenir du territoire : le projet d’hôpital unique à Lanne, avec un regroupement des hôpitaux actuels de Tarbes et Lourdes. « Ce projet va aboutir à une diminution du nombre de lits et à des suppressions de postes », assure Wilfrid Zaparoli. « Or, les personnels sont déjà en surcharge de travail. Le nombre de lits en réanimation avait déjà été réduit en 2015. Il a été augmenté à titre exceptionnel quand la pandémie s’est déclarée pour arriver à une disponibilité de 20 lits. Cela montre bien que cette capacité n’était pas du luxe. Elle pourrait encore s’avérer utile plus tard lors d’autres épisodes pandémiques. Ou pour des catastrophes naturelles possibles en montagne comme les avalanches et les séismes ».

L'Institut de Formation aux métiers de la santé à Tarbes © JF Courtille L'Institut de Formation aux métiers de la santé à Tarbes © JF Courtille

De son côté, Daniel Labarre évoque la rencontre des syndicats de la santé avec le représentant du Premier Ministre Castex lors de sa visite à Tarbes le 9 janvier. « On nous a bien fait comprendre que le principe du « quoi qu’il en coûte » appartenait déjà au passé, aussi bien pour les moyens humains ou matériels que pour la rémunération des personnels ».

Des propositions pour mieux affronter la pandémie

La CGT et SUD demandent en premier lieu la mise en œuvre d’un plan national de formation pour répondre au besoin de nouveaux personnels de santé et juguler la pénurie actuelle, dans les hôpitaux, les cliniques, les EHPAD et les autres établissements de santé. Ils demandent une hausse de 10% des effectifs de la santé en Hautes-Pyrénées, ce qui équivaudrait à 500 créations d’emploi. Un chiffre non négligeable alors que 25 300 demandeurs d’emploi étaient enregistrés à la fin du 3ème trimestre 2020 par le Pôle emploi du territoire.

Wilfrid Zaparoli et Daniel Labarre © JF Courtille Wilfrid Zaparoli et Daniel Labarre © JF Courtille

Les syndicats réclament un moratoire sur les fermetures de lits et les suppressions de poste, notamment celle qui découleraient de la création de l’hôpital unique à Lanne. Enfin, au nom de l’équité, ils réclament le versement de la « prime » de 183 euros aux personnels médico-sociaux. Un appel à la grève est lancé pour le jeudi 21 janvier dans les Hautes-Pyrénées. Un rassemblement aura lieu à 15h devant l’Hôtel du Département. Une délégation doit être reçue par les élus du territoire. Les syndicats espèrent trouver des oreilles attentives, contrairement à ce qui s’est passé lors du déplacement du Premier Ministre à Tarbes. « La santé de nos concitoyens et la dignité de nos métiers sont en jeu ».

Jean-François Courtille

 

 

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