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Billet de blog 27 avr. 2020

Pascal Pique
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Art & confinement: «Je veux vivre dans une ruche», le projet d'Abraham Poincheval

Présenté actuellement au centre d’art contemporain du Parvis à Ibos dans l’exposition l’Abeille blanche, avec son projet « La ruche », le travail de Abraham Poincheval prend un sens particulier à l’heure du confinement. Étrangement prémonitoire, que dit cet art de la situation actuelle ? Et surtout, en quoi peut-il nous aider à renouer avec certaines énergies pour dépasser l’épreuve ?

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Etude pour vivre dans une ruche (détail), dessin mural de Abraham Poincheval à la craie de couleur, exposition l’Abeille blanche, Le Parvis/Musée de l’Invisible, Ibos, janvier 2020 (Photo Alain Alquier, détail).

 Abraham Poincheval est un véritable artiste du confinement. Et du déconfinement aussi. Dès 2011, il commence à expérimenter des situations extrêmes mettant en jeu son corps et sa psyché. Il a commencé par traverser les Alpes en poussant devant lui une sculpture habitacle circulaire sur 300 km, tel un Sisyphe des temps modernes. Après ce véritable voyage initiatique il a remonté la vallée du Rhône installé dans une bouteille géante. Il a également séjourné sur une plateforme à 12 m de hauteur pendant plusieurs jours et nuits sans redescendre. A l’image d’un Saint Siméon Stylite du désert.

 Mais Abraham Poincheval se fait surtout connaître du grand public en 2017 quand il s’enferme dans un bloc de pierre, en autarcie totale pendant une semaine au Palais de Tokyo à Paris. A la sortie de la pierre il couve des œufs de poule dans une cage en plexiglass, et va ainsi donner naissance à une dizaine de poussins. Il y a aussi son séjour mémorable dans un ours naturalisé au Musée de la nature et de la chasse en plein Paris.

Avec La bouteille, 2015-2016, Abraham Poincheval a remonté la vallée du Rhône jusqu’à sa source. Etape à Villeurbanne avec l’Institut d’art Contemporain-Frac Rhône-Alpes (Photo Blaise Adilon).

 Cet inventaire peut faire sourire. Même s’il ne manque ni d’humour ni d’humanité, l’artiste ne plaisante pas avec ses projets. Son art est d’un engagement physique et psychologique total et profond. Ces expériences limites font appel à nos capacités d’adaptation en conditions extrêmes. Et par là à des formes de résilience, c’est-à-dire de survie et de soin.

En avril 2014, pour L’ours, l’artiste passe 13 jours à l’intérieur d’un ours naturalisé dans une salle du Musée de la nature et de la chasse à Paris (Photo AP)

Un art de la survie

Originellement et fondamentalement, l’art a quelque chose à voir avec le confinement.  Que l’on songe seulement à l’art des grottes ornées de la préhistoire, où les femmes, les hommes et les enfants du paléolithique ont donné naissance à l’art et à l’image en s’isolant au plus profond de la montagne. Peut-être, pour communiquer avec les mondes invisibles et entretenir le cycle de la vie et des naissances, notamment d’animaux qu’ils font surgir du rocher et des outremondes.

En 1974 Joseph Beuys reste enfermé dans une galerie plusieurs jours avec un coyotte pour la performance « I Like Amerika, Amerika likes me. »

 Plus récemment des artistes contemporains reconnus ont travaillé à partir de diverses formes de confinement. Comme Joseph Beuys qui cohabita trois jours avec un coyote dans une galerie à New-York en 1974 pour dénoncer le génocide amérindien et la guerre du Vietnam.  On peut également penser au duo formé par Marina Abramowic et Ulay, qui n’a cessé de transcender ses limites physiologiques et mentales dans des performances extrêmes (Ulay vient de disparaître à l’âge de 76 ans). Sur un autre registre, les espaces confinés de la Japonaise Yayoi Kusama exposent également une 
forme de résilience où l’artiste apaise et soigne ses propres troubles obsessionnels du comportement. Et peut-être les nôtres.

Elle fait aussi écho aux nombreuses expériences d’art thérapie en rapport avec les troubles autistiques. Car l’art permet bien de rompre l’isolement et de supporter le confinement à la fois physique et mental. Ce qui tendrait à prouver que la création a quelque chose d’organique et de salvateur dont on ne saisit pas encore tous les bienfaits cognitifs et comportementaux. 

Ces phénomènes disent au moins une chose : l’art est intimement lié à la vie sinon à la survie !

« Infinity mirror room » de Yayoi Kusama (collection les Abattoirs-Frac Occitanie, Toulouse, Photo André Morin)

 L’artiste en moine-Sâdhu

 L’art de Abraham Poincheval s’inscrit dans cette continuité. Il développe même l’une des particularités que l’on devine chez Beuys ou Abramowic, quand il fusionne avec le monde dans une forme de transcendance naturelle. Une transcendance visionnaire aussi qui touche à l’essentiel de l’existence. Ce qui passe pour Abraham Poincheval par une immersion dans le « dur » des choses. A l’image de l’ascèse des moines-Sâdhu que l’on peut croiser en Inde, où ils sont des millions à déambuler nus recouverts de cendres. Ces vécus exorcisent aussi des problématiques personnelles ou sociétales en offrant leur destin à la conscience cosmique.

 Le parcours de Abraham Poincheval montre aussi une forme de polarisation entre le factuel et le spirituel. Il voyage entre le très bas et le très haut, entre le terrestre et le céleste, avec un goût certain pour l’élévation. En témoigne sa dernière création pour le Biennale de Lyon 2019 où il a présenté le film d’une marche sur les nuages. D’une très belle poétique, cette œuvre va bientôt être prolongée par un projet qui tient particulièrement à cœur à l’artiste où il est aussi question d’élévation, puisque l’idée est de vivre dans une ruche, au contact direct des abeilles.

 Ce projet qui verra le jour en 2020/21 est en phase d‘étude et de préparation qui a débuté avec l’exposition l’Abeille blanche au Parvis à Ibos, qui vient de fermer prématurément pour cause de … confinement. Mais l’Abeille blanche est aussi le nom d’un centre d’art consacré aux abeilles qui va prochainement s’ouvrir au public sur le site de l’entreprise apicole Ballot-Flurin à Maubourguet dans les Hautes-Pyrénées, en partenariat avec le Musée de l’Invisible.

Autoportrait de Abraham Poincheval pour la performance « 6048005 ». (Photo AP)

« Je veux vivre dans une ruche »

 Le prochain projet de Abraham Poincheval sera donc l’un des premiers rendez-vous de l’Abeille blanche.  Il sera réalisé avec la collaboration de Catherine Flurin apicultrice bio, pédégère de l’entreprise bigordanne, et Olivier Raud, designer énergétique. Tous deux ont inventé une ruche habitable qui sera spécialement adaptée pour la performance de l’artiste.

 D’une durée de 13 jours, cette performance digne d’une forme de chamanisme apicole est aussi envisagée comme un soin par l’artiste. Un soin double puisque l’architecture polarisée conçue par Olivier Raud et l’action des abeilles elles-mêmes à travers leurs fréquences, leurs ondes et leurs produits (miel, propolis), ont une action bénéfique sur nos organismes. Ne dit-on pas que la propolis est l’un des meilleurs antiviraux naturels ? C’est ce que va expérimenter l’artiste dont la performance à une véritable dimension exploratoire de ces domaines encore peu connus et appliqués. Ici l’avant-garde de l’art en rejoint une autre, celle d’un autre rapport à la nature, au vivant et au monde.

 Cette œuvre-expérience inédite pourra être vécue et partagée avec le public qui sera invité à pénétrer et séjourner en toute sécurité dans la ruche au contact de l’artiste et des abeilles. Dans une forme d’œuvre collective et de collaboration inter-espèces issue d’un double mouvement de confinement et d’ouverture à d’autres énergies.

Pascal Pique
Le Musée de l’Invisible

Vue de l’exposition L’Abeille blanche avec le dessin préparatoire de Abraham Poincheval (à droite) et la ruche polarisée de Olivier Raud.(Photo Alain Alquier).

 (1) L’exposition qui devait avoir lieu du 30 janvier au 28 mars a été fermée provisoirement suite aux mesures de confinement. Elle pourrait ré ouvrir de juillet à septembre selon les mesures de déconfinement.  Avec les œuvres de Art Orienté Objet (Marion Laval-Jeantet & Benoit Mangin), Charley Case, Laurie Dall’Ava, Philippe Deloison, Jean-Luc Favero, Vidya Galstaldon, Abraham Poincheval, Olivier Raud, Lionel Sabatté, Erik Samakh, Petr Davydtchenko, André Hemelrijk, Myriam Mechita, Antonio Couto (apithérapeute). Avec la contribution de Catherine Flurin et de Eric Andrieu, député européen. Sur une proposition du Musée de l’Invisible à l’invitation de Magali Gentet, directrice du Parvis, centre d'art contemporain.

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