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Billet de blog 28 nov. 2022

Pascal Pique
critique d'art
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Art environnement & choses publiques : une expo écocitoyenne à Vic-en-Bigorre

Visible jusqu’au 3 décembre, l’exposition « Art, environnement & choses publiques », première du genre à Vic-en-Bigorre à l’hôtel de Journet, est consacrée aux enjeux de l’art et de l’écologie dans l’espace urbain à l’heure de la transition environnementale. Elle participe du projet Elixirs, ART Ecologie en Val d’Adour.

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On sait bien que les problématiques environnementales seront particulièrement sensibles à vivre en contextes de villes ou d’agglomérations. Face à ce constat, comment la culture à travers l’art et la création contemporaine peut-elle participer à relever ce défi en impulsant une dynamique dans la cité ?

Cette question se pose du point de vue de l’embellissement et de l’esthétique. Mais aussi du point de vue citoyen et démocratique dans la perspective d’un mieux vivre ensemble. En particulier à travers une sensibilisation au développement de la nature dans le domaine urbain, de la végétalisation, ou de la gestion de l’eau et des énergies.

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L’art pour sensibiliser
à la transition écologique

C'est le projet que la commune de Vic-en-Bigorre souhaite porter et introduire auprès de ses habitants sous la forme d’une exposition de préfiguration qui présentera des positionnements d’artistes dans l’espace public sous forme d’œuvres, de maquettes et de documents.

La question de la végétalisation y est centrale à travers le fil rouge de l’arbre. Les œuvres de Teruhisa Suzuki, Michel Blazy, Jean-Luc Favero, José Le Piez, Charley Case ou Jacques Vieille expérimentent à cet égard une nouvelle culture de l’arbre. Elles sont associées à des créations qui s’intéressent aux flux et à l’organicité des énergies naturelles, de Magali Daniaux et Cédric Pigot deux artistes qui viennent de s’installer à Villecomtal, ou Olivier Raud.

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Des ateliers participatifs

Cette exposition, l’une des premières à présenter de l’art contemporain à Vic-en-Bigorre, portera une attention particulière aux publics avec un accueil guidé et des possibilités d’ateliers. En particulier avec les « arbrassons » du sculpteur-musicien José Le Piez qui va développer une résidence de territoire « Elixirs », en collaboration avec le réseau des médiathèques et la Communauté de communes Adour-Madiran.

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Des ateliers Arbrassons conduits par José le Piez et Patricia Chatelain ont été mis en place avec le réseau des médiathèques Adour-Madiran, le centre de loisirs de Vic-en-Bigorre, l’école des Petits bois, la MJC et le Lycées professionnel agricole et forestier de Vic, ainsi que la médiathèque de Maubourguet

 Un projet à long terme

Cette exposition est également pour la municipalité de Vic-en-Bigorre, l’occasion de présenter un projet à plus long terme de développement d’œuvres dans l’espace public. Par exemple sous la forme un prix « art contemporain » de Vic-en-Bigorre destiné à méliorer l’environnement par des créations artistiques associées aux prochains chantiers de la municipalité. Un projet auquel les populations pourront participer à différents niveaux. Ce projet est une proposition et une contribution significative de Vic-en-Bigorre au projet Élixirs ART Écologie en Val d’Adour.

D’ici là il reste quelques jours pour visiter l’exposition qui est en accès libre et gratuit, du mardi au samedi de 14 h à 18 h à l’hôtel de Journet. Entrée avenue Jacques Fourcade en face du secours populaire. Avec des œuvres de : Michel Blazy, Charley Case, Magali Daniaux & Cédric Pigot, Jean-Luc Favero, Teruhisa Suzuki, José Le Piez, Olivier Raud, Jacques Vieille.

 Les œuvres de l’exposition

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Le Palmier-observatoire combine plusieurs de préoccupations du sculpteur japonais Teruhisa Suzuki : la survie de l’arbre, le rapport à la nature et le sténopé. Ici l’humain entre littéralement dans l’arbre, dont le tronc a été augmenté pour devenir une sorte de chambre noire, ou de camera obscura. La maquette de cette œuvre qui a déjà été réalisée à Sao Paulo au Brésil, a été choisie comme emblème de l’exposition « Art, environnement & choses publiques » car elle symbolise un nouvel esprit de collaboration entre l’humain et la nature qui sera déterminant pour les processus de transition écologique.

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« Living sculpture » (sculpture vivante), de l’artiste français Michel Blazy est constituée d‘un arbre dont le tronc a été recouvert de feuilles d’or. Cette œuvre participe d’un protocole en plusieurs étapes. D’abord recueillir et parfois même sauver un jeune arbre délaissé ou voué à la disparition. Ensuite le soigner et le célébrer par la pratique de la dorure à la feuille (qui n’affecte en rien le vécu de la plante), et par son exposition même.

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 Le tore en cuivre de Olivier Raud positionné sur le plan de Vic-en-Bigorre a pour fonction d’harmoniser l’énergétique des lieux. Le tore est placé sur le plan de Vic au carrefour des réseaux de l’eau non loin de l’ancien cloître. Il est relié au grand cèdre bien connu des vicois avec une proposition d’activation de l’arbre comme instance de reconnexion aux forces naturelles sous forme de performance concert, mais aussi de nouveau site culturel.

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 Le jardin des Moires et des abeilles de Jean-Luc Favero est un projet d’œuvre extérieure qui permet de se connecter au « grand rythme » de la nature.  Il est inspiré par la construction en alvéoles que pratiquent les abeilles dans les ruches et l’énergétique très particulière de leur vibration transposée ici en pulsation visuelle. C’est pourquoi l’artiste utilise des superpositions de grillage alvéolaire (dit grillage à poules), qui produisent des effets de chatoiement dans le déplacement.

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 Les Arbrassons de José Le Piez sont des sculptures sonores qui donnent à entendre la voix des arbres par la simple caresse de la main sur le bois. Ce procédé acoustique unique  par sa simplicité porte la beauté d’un geste premier qui réconcilie le primitif et le moderne. Leur originalité en fait un instrument universel qui interpelle l’essence de notre relation à l’arbre. L’Arborarium en forme de maison est réalisé avec le cœur du tronc d’un pin douglas de 1854 dont il célèbre la mémoire sous la forme d‘un petit temple ou d’un petit autel. Faire chanter l’Arborarium avec les mains revient à célébrer le douglas et tous les arbres.

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 Les Herbes BPM de Magali Daniaux et Cédric Pigot réalisées en céramique traduisent le rapport paradoxal que nous entretenons à la nature et au vivant. Nous voulons les conserver et les célébrer en même temps que nous les détruisons. Organisées en vaste parterres à l’extérieur, comme autour de l’étang de l’Olivier à Istres, ces herbes figées dans le gré n’en traduisent pas moins la dynamique du vivant à travers l’onde qui semble les parcourir. A l’image d’un banc d’algues sous-marines balayées par la houle.

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 Le projet de l’artiste Jacques Vielle intitulé « La forêt », prévu pour la place de l’Union des Banques Suisses à Genève dans les années 80, critique et réhabilite la place de l’arbre dans la ville. Ce projet visionnaire des nouvelles forêts urbaines consiste à planter des arbres à la cime des fûts de poteaux d’éclairage qui ont souvent remplacé ceux des troncs dans nos paysages urbains et ruraux. Cette œuvre envisagée comme un jardin suspendu dans lequel on peut déambuler et séjourner, incarne une forêt paradoxale qui renvoie autant à la modernité outrancière des plantations industrielles, qu’à la structure d’un vaste temple (fûts de colonnes) dédié à l’arbre au cœur de la ville.

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 L’arche végétale de Charley Case, est un projet pour l’espace public qui consiste à transformer une barque en jardinière. La barque est réalisée à partir d’une embarcation recyclée ou d’un tronc évidé. Elle est préparée de manière à recueillir des végétaux : arbres, plantes grasses, herbes médicinales, pour créer un petit écosystème à l’image d’une mini jungle.  La coque du bateau est tatouée de corps allongés dans le sens du bois de manière à figurer l’écorce de l’arbre. Une fresque associée à la sculpture donne la clef de lecture. Elle montre une tempête avec des vagues déferlantes remplies de silhouettes évoquant des âmes errantes. Ce sont celle des migrants refoulés par les vagues qui se jettent à l’eau pour trouver une vie meilleure en Europe.

Illustration 13

« Art, environnement & choses publiques »
du 8 novembre au 3 décembre
ouvert du lundi au vendredi de 14 h à 18 h
Hôtel de Journet, 2 rue Pierre Trouille, 65500 Vic-en-Bigorre

Avec les œuvres de : Michel Blazy, Charley Case, Magali Daniaux et Cédric Pigot, Jean-Luc Favero, Teruhisa Suzuki, José Le Piez, Olivier Raud, Jacques Vieille.

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