Billet de blog 18 oct. 2010

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Comment la terminologie déforme le débat

Par un statisticien du CDSP

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Moderniser l’administration est un programme qui pourrait paraître défendable et mettre tout le monde d’accord, usagers et agents de la fonction publique, même si cela se discute. Mais ce qu’on nomme actuellement « modernisation » de l’administration n’a pas grand chose à voir avec ce que l’acception première suggérerait. En réalité, il s’agit essentiellement d’une purge inédite des effectifs publics qu’on a habilement dissimulée derrière un label trompeur parce qu’il appelle moins à la discussion que la réalité qu’il dissimule.

Et si on « modernise » l’administration, c’est en cohérence avec l’objectif de « maîtrise » de la dépense publique. Car, de la même façon, cette terminologie n’a rien à voir avec l’idée d’une bonne gestion des deniers publics, opérée de façon responsable et sans gaspillage. Non, la « maîtrise » de la dépense publique concerne, de façon pour le moins euphémique, sa réduction, drastique là encore.

Voila comment en utilisant, couramment et sans vergogne, une terminologie tout à fait trompeuse, on parvient à maquiller, voire à escamoter, les enjeux réels d’un débat qui devrait être public. L’astuce n’est peut-être pas nouvelle, mais elle semble récurrente en cette époque d’intense communication politique. Par exemple, le gouvernement affirme que sa réforme des retraites est « juste » et « efficace ». En qualifiant ainsi sa réforme, le gouvernement tente d’inverser la charge de la preuve et il reviendrait ainsi à ceux qui ne seraient pas d’accord de démontrer pour quelles raisons cette réforme ne serait ni juste ni efficace. La terminologie peut être une arme sournoise.

L’Insee n’échappe pas à cette pratique de la terminologie. La direction de l’Institut a en effet décidé de baptiser « Ambition » 2015 son projet de moyen terme. Or, ce projet n’est autre que la transposition, dans le contexte de « modernisation » imposé par la Révision générale des politiques publiques (RGPP), du non-remplacement systématique d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Avec la conséquence pour l’Insee de perdre 1 000 emplois (sur un effectif total de 6 000 !) d’ici 2015. Quant à la « maîtrise » des dépenses, elle a déjà opéré en 2010 une coupe de 25 % du budget de fonctionnement de l’Institut. Ajoutez à cela une délocalisation à Metz de 500 postes et vous mesurerez l’ « ambition » inédite du chantier qui attend l’Insee d’ici 2015.

Car dans le même temps, il va s’agir pour l’Insee de répondre à des sollicitations nouvelles (environnement, développement durable, mondialisation…) et de satisfaire des demandes de plus en plus hétérogènes. En effet, alors que ses partenaires européens attendent de l’Insee qu’il produise des données normées et parfaitement comparables, de nombreux utilisateurs demandent des statistiques différenciées, rendant compte de leurs singularités.

En somme, c’est une équation qui paraît objectivement difficile à résoudre… même si on y met beaucoup d’ « ambition »...

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