Diversités et inégalités dans le grand sommet des peuples de Rio

Quand j'ai débarqué au sommet des peuples de Rio, j'ai d'abord été ébloui par le spectacle des couleurs et de la diversité du peuple brésilien. Déjà dans le métro, la rencontre de cortèges d'indiens en pagne, tatoués et portant des casques à plumes, répétant des slogans dans leurs langues indigènes et les accompagnant de chants rythmés par des tambours ou autres percussions, est pour le moins surprenante. La foule bigarrée de torses noirs ou métis déclinant toutes les couleurs, de jeunes enthousiastes et de plus âgés grisonnants, est elle aussi très vivante et donne une image de grande tolérance.

Une autre multiplicité est aussi très apparente, celle des religions et des croyances. Beaucoup portent de grandes croix en bandoulière. Nous avons rencontré aussi des bouddhistes dans leur costume traditionnel et des adeptes de religions indigènes.

Mais derrière cette harmonie apparente des différences, je n'ai pu m'empêcher de constater de grandes différences. D'abord de fortes inégalités dans les moyens qui sont donnés aux uns et aux autres intervenants du sommet des peuples. Si tous disposent d'une infrastructure minimum, à savoir une tente faisant en gros 10 m sur 10 m, avec un grand mur en toile et une cinquantaine de chaises en plastique, nous avons constaté que certains ont droit en plus à des cabines d'interprétation, à des grands écrans, à un jeu de haut-parleurs et de micro, et à des dispositifs de projection sophistiqués, le tout dans des tentes de 5 à 10 fois plus grandes.

Nous avons ainsi demandé des moyens de projection. Une responsable des infrastructures nous a donné très gentiment une série de numéros de téléphone. Mais, en même temps, elle nous a dit avec un grand sourire qu'il faudrait payer pour en disposer. Après deux trois coups de fil en portugais ou en anglais, nous avons appris que, hélas, il n'était pas possible de disposer d'écran d'une largeur supérieure à 2 mètres. Et puis nous avons fini par savoir qu'il fallait donner en gros 400 Réals (soit en gros 200 euros) pour disposer d'un projecteur. En marchandant j'ai réussi à faire descendre le prix à 300 Réals. Mais, pour la petite organisation que je représente, cet investissement nous a paru trop important. Nous nous sommes accommodés de cette privation en nous disant que, compte tenu de la grande luminosité prévisible, il aurait été difficile de voir vraiment ce qu'il y a sur l'écran.

Ces inégalités semblent exprimer les très fortes différences également présentes entre le tout venant des tentes militantes et les somptueuses tentes des entreprises "partenaires", lesquelles financent une grande partie des frais de ce Sommet des peuples. Une grande banque brésilienne, Caixa, est omniprésente dans les affiches, tout comme des filiales du trust pétrolier brésilien Petrobraz qui, au Pérou ou en Bolivie, est considéré comme une entreprise impérialiste.

Autre manifestation du climat ambiant de violence, j'ai constaté aussi que la police et les soldats sont partout présents dans le long parc qui s'étale le long de la Baie, derrière une espèce de périphérique et un grand boulevard au trafic incessant. Car d'ordinaire cet endroit est très peu sûr. Et une brésilienne m'a raconté que les cariocas, les habitants de Rio, ont été très heureux de retrouver la disposition de ces jardins publics dans lesquels ils n'osaient plus se promener après 4 h du soir.

Inégalités, violence mais aussi cohabitation sans problème des différences, voilà quelques très rapides images de ce Sommet des peuples qui expriment un peu la réalité de l'immense Brésil

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