Sommet des Peuples : la convergence des luttes contre l'extractivisme

Par Fanny SIMON - AITEC

Quatre jours après l'ouverture du Sommet des peuples, les activités sur les luttes contre l'extractivisme occupent une place centrale parmi les 600 activités autogérées déposées au Sommet des Peuples : témoignages des communautés affectées par les activités des entreprises minières, en particulier la Vale élue en janvier dernier la pire société de la planète par les Public Eyes awards, dénonciation des politiques néo-extractivistes, analyse des causes structurelles de cette fuite en avant dans l'extractivisme affranchie des limites de la planète, décryptage des fausses solutions proposées par les gouvernements… Au travers de ce foisonnement d'activités, il s'agit pour les mouvements sociaux d'une part d'identifier les points de convergence entre les luttes notamment via le décryptage des logiques qui sous-tendent la course à l'extractivisme, et d'autre part de mettre l'accent sur les propositions alternatives... Parmi les fausses solutions, l'activité minière dite « durable » promue lors de la dernière conférence du Sommet de la Terre Rio+10, qui s'est tenue à Johannesburg en 2002 et qui voudrait nous faire croire qu'il n'y a qu'à « responsabiliser » les entreprises minières pour réconcilier extraction des ressources et limites de la planète.... C'est oublier bien vite l'impact de ces activités pour les communautés locales qui se voient privées de leurs terres ou de l'accès aux ressources locales du fait de la pollution provoquée par ces activités. C'est oublier bien vite les graves violations aux droits humains que commettent ces entreprises minières nullement inquiétées d'une quelconque poursuite devant les tribunaux. C'est oublier bien vite le rapport de force qui opposent ces entreprises minières à des communautés locales criminalisées pour leur contestation à ces projets. … Et c'est surtout oublier bien vite la logique qui sous-tend le modèle capitaliste productiviste reposant sur l'intensification de l'extraction des ressources pour nourrir une croissance exponentielle au service de l'accumulation du capital. Alors leur « durabilité », bien loin d'intégrer les limites de la planète, se résume non pas à la durabilité des sociétés, mais à la durabilité du modèle actuel reposant sur l'accaparement des ressources au service d'une minorité et au détriment de la satisfaction des besoins fondamentaux de la majorité de la population. Cela n'a rien d'étonnant lorsque l'on sait le poids des lobbies des entreprises multinationales – au 1er rang desquelles les entreprises minières – dans les processus de décisions tant nationaux qu'internationaux (voir ici). Il n'y a qu'à penser à la nouvelle course aux énergies fossiles non conventionnelles (telles que l'exploitation des gaz et huile de schistes, les sables bitumineux, …) ; les limites des ressources sont repoussées toujours plus loin au déni de l'opposition des populations locales. Et qu'importe que celles-ci aggravent le changement climatique, les nouvelles technologies, et leur projets les plus fous (voir notamment les projets de géo-ingénierie) seront là pour trouver la solution.... Bref, on aménage les contraintes que voudrait nous imposer la planète, on étouffe les contestations locales, et surtout on ne change rien des fondements du système ….

C'est cette logique et leurs fausses solutions que dénonce l'ensemble des mouvements réunis lors de la plénière de convergence dédiée aux questions extractivistes et énergétiques qui s'est tenue les 17 et 18 juin. Ils y opposent un véritable changement de paradigme de société reposant sur la satisfaction des besoins fondamentaux, la protection des biens communs, la recherche du bien vivre, le contrôle des populations sur l'accès aux ressources, le choix de technologies socialement utiles, et plus globalement sur l'ensemble des processus de décision… C'est cet autre futur que nos mouvements veulent et non celui d'un modèle basé sur la marchandisation de la vie et de la nature. Et comme le disait un représentant du Salvador : « Il n'y a pas à avoir peur de l'échec. La seule lutte que nous sommes sûrs de perdre c'est celle que nous ne menons pas. Notre futur est plein de victoires ! »

 

 

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