Toxic tour à Santa Cruz

par Jacqueline Balvet, Attac // photos : © Jean de Peña / Collectif à-vif(s)

Samedi à midi un "toxic tour" a embarqué ses 30 passagers dans un bus en direction de la petite ville de Santa Cruz. "Toxic" car les organisateurs nous emmenaient rencontrer des communautés sur des sites très affectés par les pollutions industrielles. Le départ s’est fait symboliquement devant la Banque nationale de développement économique et social qui investit dans de grands projets désastreux pour les populations locales et pour l’environnement. 

Après une bonne heure de route, nous arrivons à Santa Cruz. Soudain, juste après des maisons, la route s’arrête, on se trouve face à une grille et à des policiers, un petit portail pour passer à pied ou en vélo, pas possible de passer en voiture. Pourquoi ? Nous sommes sur le site de l’usine qui s’est approprié la route, espace public, obligeant ainsi les habitants à faire un grand détour pour aller vers le village voisin. Là où la route s’arrête, l’histoire de la tragédie locale commence. C’est l’usine CSA (Compania Siderurgica de Atlantico), en fonctionnement depuis juin 2010 : elle appartient au groupe allemand Thyssen Krupp. Vale, une des premières industries minières du monde, est actionnaire à 30%. 

Les habitants nous ont reçu dans la salle communale, décorée avec leurs affiches et slogans tels que « nos poumons ne sont pas les filtres de la CSA, et les résidus où vont-ils ? ». Des échanges ont eu lieu en petits groupes entre les habitants, des pêcheurs, un professeur de l’université spécialiste des algues et les participants au toxic tour. Très rapidement, tous regroupés en cercle, les témoignages se croisent en brésilien, en anglais, en espagnol. Plusieurs habitants prennent la parole : contamination des poissons par les métaux lourds, maladies respiratoires, peu d'embaûche des habitants locaux,... Les habitants de Santa Cruz connaissent parfaitement la réponse à la question « à qui profite le développement du Brésil ? » certainement pas aux populations décimées par les grands projets industriels, certainement pas à la sauvegarde des activités vivrières locales, mais certainement aux actionnaires des grandes entreprises telles que Krupp, qui empochent de larges bénéfices sur le dos des travailleurs et de la population locale.

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