murmures et chuchotements.

Madame Taubira vient donc de faire paraitre son avis sur la déchéance de la nationalité dans un livre écrit depuis un mois. On peut regretter la lenteur de son chuchotement, parce qu'en effet le débat aurait pu changer de nature. Il ne s'agirait plus de discuter sur l'extension éventuelle de la déchéance de nationalité, mais plus simplement de la légitimité républicaine d'une telle mesure.

C'est ce paragraphe de "son murmure" qui  situe la question.

« Osons le dire : un pays doit être capable de se débrouiller avec ses nationaux. Que serait le monde si chaque pays expulsait ses nationaux de naissance considérés comme indésirables ? Faudrait-il imaginer une terre-déchetterie où ils seraient regroupés », demande l’ex-garde des sceaux qui, au passage, voit dans le risque de créer des apatrides une « dérobade morale et politique »
"En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/01/31/le-requisitoire-de-christiane-taubira-contre-la-decheance-de-nationalite_4856833_823448.html#CWu0lTtEPKTsikfR.99".

 "L'ex-Ministre la justice " signifie donc que la mesure qui consisterait à déchoir un national de sa nationalité  heurte sa conscience, sa morale et son éthique politique. Elle ne peut être inscrite dans la constitution. Bien sûr la mention, "des nationaux de naissance", dans la phrase qui suit, laisse la porte ouverte à de nouvelles polémiques. Et ceci est regrettable en raison du principe même de l'égalité républicaine. 

En effet, il ne peut y avoir d'inégalité entre les nationaux. Donc quel que soit  le mode d'acquisition de la nationalité, les nationaux ont les mêmes droits et la même protection.  Et la République doit assumer ses responsabilités vis a vis de ses nationaux.  L'État français est responsable de leur dérive, personne d'autre. Ainsi, il doit assumer. Le Droit et la justice sont là pour poursuivre les criminels, les terroristes, pour les arrêter, les empêcher de nuire,  pour les juger, les condamner, etc...

Madame Taubira semble vouloir dire qu'un Etat ne peut déchoir un de ses nationaux. Elle rejoindrait ainsi la position de Marc Trevidic.

  • "Le sous-texte de cette mesure (la déchéance de la nationalité) revient à dire : « C’est tellement dégueu ce qu’ils ont fait, ils ne peuvent pas être français. » Or, ils le sont. Et puis, qu’on y réfléchisse une minute, que se passera-t-il si les autres pays commencent à faire la même chose ? On commencera alors à se refiler les djihadistes d’un pays à l’autre ? Cela n’a aucun sens. C’est le complexe de Guantanamo : une fois que l’on s’engage sur cette voie, il est très difficile d’en revenir. Les débats sur cette question sont une perte de temps… La question est de savoir comment un Français peut arriver à commettre des actes de terrorisme et à tel point détester la France. Ça, c’est une question fondamentale, qu’on ne résoudra pas en disant : « C’est pas grave, il n’est plus français. » (interview sur l'humanité .fr.)  http://www.humanite.fr/marc-trevidic-une-ideologie-ne-se-combat-pas-par-le-code-penal-597507 .

La seule manière de perdre une nationalité serait alors le reniement personnel.

Ainsi soit le débat est placé à ce niveau là, et il faut être clair, soit le murmure de Madame Taubira est un nouvel enfumage.

Je voulais aussi signaler qu'il y a quelque temps était paru un article sur Médiapart sur cette question  : le voici ;  https://blogs.mediapart.fr/hedy-belhassine/blog/180116/renier-ou-etre-dechu  

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