Vaincre le signe indien

Jeudi à Marseille, l'équipe de France de football va-t-elle interrompre sa série noire face à l'Allemagne? Après avoir dynamité le bloc de glace islandais, endormi le volcan viking en quart de finale, les Bleus espèrent conjurer le sort, inverser le cours de l'histoire, 58 ans après leur dernière victoire face à la Mannschaft dans une compétition officielle et envoyer prématurément en vacances les hommes de Joachim Löw.

Il faut une fin à tout. Y'en a marre de cette saillie d'esprit du footballeur anglais Gary Lineker  qu'on nous sert à satiété : « Le football est un sport qui se joue à onze contre onze, mais à la fin c’est toujours l’Allemagne qui gagne ». Depuis la très large victoire (6 à 3) du 28 juin 1958 pour la troisième place de la coupe du monde en Suède face à l'ogre allemand, les Français enfilent des décennies de disette. De désillusion et de confrontations dramatiques. Jusqu'à cet ultime face à face au stade de France en ce 13 novembre 2015 qui comptera pour du beurre. En ce soir de chaos, la Mannschaft va gagner 2 à 0 mais le coeur n'y est pas. La France est à feu et à sang... Ce jeudi 7 juillet, les aigles et les coqs se retrouvent sous le soleil phocéen. Le rapace symbole de ce maillot frappé de quatre étoiles de champion du monde reste favori. Comme d'hab'. Pourtant Deschamps et ses boys peuvent bouter hors de France les coéquipiers de Neuer. Gommer les statistiques et déjouer les pronostics.

Dans le pur état d'esprit français, on entretient avec la bande à DD un je t'aime moi non plus. C'est comme cela, ici on fait et défait, brûle ses idoles après les avoir encensés. Deschamps, roi de la langue de bois, formaté pour être chef dès ses classes à Nantes, possède un palmarès à faire pâlir, une aura naturelle et des mentors. De Coco Suaudeau à Aimé Jacquet, le Basque s'est forgé un caractère de leader. Pas gâté particulièrement par la nature, il a su dépasser ses limites à force de sérieux et travail pour rafler les plus grands titres et s'imposer comme un sélectionneur qui ne badine pas avec le résultat. Face à l'Islande, il a trouvé la martingale et répondu à toutes les interrogations voire affirmations des mauvais coucheurs qui voyaient les Bleus incapables de mettre le feu pour faire fondre la glace. Face aux "teutons flingueurs" auteurs d'un quart de finale mi figue mi raisin qui ont gagné leur billet pour les demi mais perdu dans la bataille des joueurs clé, le sélectionneur tricolore a tout prévu et anticipé. L'équipe d'Allemagne sera amputée: Hummels l'auteur du but contre la France lors de la demi-finale de coupe du monde en 2014 au Brésil sera suspendu au Vélodrome, Gomez seule vraie pointe de l'attaque de la Deutsche Fußballnationalmannschaft et Khédira piston indispensable du milieu de terrain seront forfaits sur blessure. Des absences qui peuvent à terme devenir préjudiciables face à une formation française au complet.

1958 : le triplé de Just Fontaine

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Le 28 juin 1958 quand la France rencontre l'Allemagne en match de classement de la coupe du monde en Suède, la Constitution de la Ve République n'a pas été encore adoptée par le Peuple français par le référendum du 28 septembre 1958. Avant ce match pour la troisième place, le sélectionneur de l'époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, un certain Paul Nicolas, met les choses au point :
«Nous alignerons pour ce dernier match la meilleure équipe possible parce que, je vous rappelle, seuls les noms de trois premiers pays figurent au palmarès de la Coupe du Monde...» Résultat, ce succès reste le dernier de Français sur des Allemands en compet officielle. Les Bleus écrasent leurs adversaires dans une rencontre sans défense. Just Fontaine inscrit un triplé et devient, pour le rester encore aujourd'hui, le meilleur buteur avec 13 réalisations sur une coupe du monde.

1982 : une tragédie à Séville

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8 juillet, Séville : nous sommes sous l'ère Platini avec Hidalgo aux commandes d'une équipe de France favorite sur le papier. Rien ne semble s'opposer à une qualification des tricolores en finale. Rien sauf une RFA aux couleurs du drapeau de la Prusse du 19e siècle (maillot blanc, short noir, chaussettes blanches) jamais battue, un Harald Schumacher auteur d'un attentat sur Battiston et une séance de tirs aux buts cauchemardesque. L'équipe de France, composée autour du trio magique Platini-Giresse-Tigana, va à jamais marquer l'histoire. Et laisser plus qu'un goût amer dans la bouche de tous les footeux tricolores. Première image forte, l'agression avant l'heure de jeu de Schumacher lancé comme un obus qui vient sciemment percuter de plein fouet Battiston seul devant lui. Le lob finit sa course à côté du but allemand et l'arrière latéral transformé milieu de terrain inconscient termine sur une civière. L'arbitre M. Corver ordonne une remise en jeu en faveur de la Mannschaft, ce qui sera considéré par tout le monde du ballon rond comme une des pires décisions d'arbitrage et une des plus grandes injustices de l'histoire de la Coupe du monde. La suite dans un esprit vengeur, la France croit avoir fait un pas définitif vers la finale. Mais en 6 minutes, les coéquipiers de Paul Breitner arrachent le nul et les tirs au but. Six et Bossis loupent le cadre et la France abandonne la victoire et une place en finale face à l'Italie.

1986 : Platini ou le chant du cygne

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Au Mexique, 4 ans plus tard, on prend les mêmes. Capitaine Platini joue une de ses dernières partitions. Mais une fois encore, la France tombe sous les coups d'une RFA certes pas géniale mais toujours présente dans les grandes occasions. Brehme puis Völler ruinent tous les espoirs des Français qui ratent une occasion historique d'accéder à la finale. C'est la fin d'une génération dorée championne d'Europe en 84 au Parc des Princes, Giresse rend son tablier imité peu temps après par Platoche.

2014 : une sortie sans fanfare en quart

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Il y a deux ans, dans le mythique stade Maracana de Rio de Janeiro, l'Allemagne -future championne du monde- se débarrasse d'une France complexée, en quart de finale de la compétition. Le défenseur de Dortmund Hummels inscrit à la 13e minute l'unique mais suffisant but du match à la réception d'un coup franc indirect de Toni Kroos. Les Lloris, Koscielny, Evra, Pogba, Cabaye, Matuidi, Giroud et Griezmann font déjà partie de l'aventure côté tricolore. Les Neuer, Boateng, Hummels, Howedes, Schweinsteiger, Khedira, Kroos, Özil, Götze, Schürrle et Müller sont là côté allemand. Et à la baguette Deschamps d'un côté, Löw de l'autre.

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