Euro de Football: attention au délire patriotique

La France est en finale du Championnat d’Europe des Nations de football organisée sur son territoire. Cela après avoir battu "l’ennemi éternel allemand". Marseillaise, drapeaux tricolores, patriotisme fier sont de sortie dans tout le pays.

Les klaxons ont sonné de Paris à Marseille, de Nantes à Strasbourg, pour saluer la victoire de la "France". "On" a gagné. "On" est en finale. La France Eternelle est réunie. Le drapeau et les chants guerriers sont à l’honneur. Les pires travers germanophobes ont été entendus. Mais le foot dans l’histoire, on en parle ?

J’ai regardé le match comme des millions de personnes. Je suis depuis l’enfance fan de football. J’y ai joué plus de 10 ans et suis toujours très au fait des informations footballistiques. J’ai baigné dans cette culture du football. Mes parents sont ardennais, et mon père "rouge et vert" m’a transmis l’amour des sangliers des Ardennes, du CS Sedan Ardennes. Le club d’une région ouvrière, où le football populaire est célébré, où la sortie culturelle du weekend est d’aller au stade.

Je n’ai de ce fait aucun mépris pour le football. Dans la gauche, et dans la gauche révolutionnaire encore plus, il y a un mépris vis-à-vis de ce sport. Ce mépris est parfois fondé, j’y reviendrai, mais il relève aussi souvent de préjugés et met en avant une fracture culturelle "classiste".

Car à la base, le football est un sport comme un autre. On y joue à 11 contre 11, il y a des règles, et c’est celui qui marque le plus de buts qui gagne. Ok, cette définition est légère, je souhaite simplement sortir de l’essentialisation : foot = caca.

Ce qui pose problème dans le foot n’est ni plus ni moins qu’il reflète la société en accentuant ses méfaits : nationalisme, homophobie, sexisme, esprit guerrier, dépenses d’argent démesurées. Ce sont ces fléaux là qu’il faut combattre.

A ce titre, rappelons à ces millions de "français", fiers des bleus, qui klaxonnent dans les rues du pays, qui pestent contre ceux qui ne chantent pas la Marseillaise, qui sont racistes, qu’ils sont utilisés par le pouvoir qui ne cherche, avec ce genre d’événement, qu’à créer les conditions de l’union d’un peuple imaginaire (cf. l’alliance du patron et de l’ouvrier, du raciste et de l’immigré, derrière le drapeau bleu-blanc-rouge), ce qui évite de parler des vrais problèmes, comme la loi travail.

Si vous voulez aider le football, allez voir des matchs de club près de chez vous. Intégrez ces clubs d’ailleurs, et défendez-y une autre vision du sport : égalitaire, antiraciste, mixte, sans autant de pognon. Défendez-y l’idée que les joueurs gays puissent dire qu’ils le sont sans se faire lyncher. Que des femmes puissent jouer avec des hommes. Qu’elles puissent les entraîner aussi. Créons un climat d’épanouissement. Faisons du football un engagement militant.

Et, sinon, Griezmann, bravo pour ce magnifique match... Mais maintenant, tu ne veux pas annoncer ton soutien à la mobilisation contre la loi travail ? Tu ne veux pas dire qu’il faut régulariser tous les sans-papiers ? Sinon, au fond, à quoi vous servez, toi et tes camarades ? Juste à nous faire oublier de lutter ?

Alexandre Raguet

 

 

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