Ce que les lieux de naissance des joueurs de l'Euro racontent de l'Europe

Les 552 footballeurs en compétition dans l'Euro 2016 ne sont pas tous nés dans le pays dont ils portent les couleurs. Revue d'effectifs.

Pour les amateurs de football, d'histoire et de géographie (ce n'est pas incompatible), nos confrères allemands du Bayerischer Rundfunk, la télévision et radio publique bavaroise, ont mené une enquête absolument passionnante sur les lieux de naissance des joueurs sélectionnés pour l'Euro 2016. Et en ont tiré, groupe par groupe, plusieurs enseignements.

La carte qui a servi de base à l'enquête (en allemand). © BR

Groupe A

L'Albanie, qui participe au championnat d'Europe pour la première fois depuis 1964, compte dans sa sélection seulement onze joueurs (sur vingt-trois) nés sur le territoire albanais. Cinq ont vu le jour au Kosovo et cinq en Suisse, un haut-lieu de la diaspora albanaise - les deux équipes s'affronteront d'ailleurs en phase de poules, samedi 11 juin. Dans l'équipe suisse, huit joueurs ont éclos à l'étranger, dont quatre, nés en Macédoine et au Kosovo, portent des noms albanais. Les frères Xhaka, nés à Bâle, joueront même l'un contre l'autre : Granit porte les couleurs de la Suisse, Taulant celles de l'Albanie.

Groupe B

Les îles britanniques sont particulièrement bien représentées dans cette édition 2016 : outre l'Angleterre et le Pays de Galles, l'Irlande et l'Irlande du Nord se sont également qualifiées pour le tournoi. Le Pays de Galles compte neuf natifs d'Angleterre dans son équipe, l'Irlande et l'Irlande du Nord, cinq chacune. Au total, quarante-et-un participants à l'Euro sont nés dans le pays où est né le football. Presque assez pour composer deux sélections entières.

Groupe C

Même si beaucoup de joueurs de la sélection de Joachim Löw ont des backgrounds étrangers, un seul est né en dehors du territoire national : Lukas Podolski, qui a vu le jour à Gliwice, en Pologne. Une grande majorité des joueurs allemands sont nés dans les régions de l'ouest et du sud de l'Allemagne, Ruhr, Baden-Württemberg ou Bavière. Un seul, Toni Kroos, est issu de l'ancienne Allemagne de l'Est. Dans le reste des équipes en compétition, neuf joueurs sont nés en Allemagne mais portent les couleurs d'autres nations : Turquie, Autriche, Portugal et Albanie.

Groupe D

L'histoire des migrations entre la Turquie et l'Allemagne se reflète également dans le football : six joueurs de la sélection anatolienne sont nés en Allemagne. Les plus connus sont Nuri Şahin et Hakan Çalhanoğlu, originaires de Lüdenscheid et Mannheim. Emre Mor (né au Danemark) et Oğuzhan Özyakup (né aux Pays-Bas) sont eux aussi des fils de travailleurs immigrés. A noter qu'Oğuzhan Özyakup est le seul joueur de cet Euro né aux Pays-Bas - les Oranje ne sont en effet pas qualifiés.

Groupe E

En dehors de l'Irlande, les trois autres équipes du Groupe E ont chacune exactement deux joueurs nés à l'étranger. Les deux Belges sont originaires de l'ancienne colonie belge du Congo (les deux Christian, Benteke et Kabasele) ; les Suédois Emir Kusovic et Erkan Zengin sont nés au Monténégro et en Turquie, deux pays plutôt représentatifs de la population immigrée du pays scandinave ; les Italiens Éder Citadin Martins et Thiago Motta ont été tous les deux mis au monde et élevés au Brésil mais, grâce à leurs ancêtres italiens, peuvent jouer pour la Squadra Azzurra.

Groupe F

Le cas du Portugal illustre toute la dimension de l'histoire migratoire d'un pays. D'une part, son passé colonial : cinq joueurs de la Seleçao sont nés dans les anciennes colonies d'Afrique et d'Amérique du Sud, la Guinée-Bissau, l'Angola, le Brésil et le Cap-Vert ; d'autre part, l'émigration portugaise des années 60, quand le pays souffrait de la pauvreté et de la dictature : trois joueurs sont nés en France, dont Raphaël Guerreiro, qui est par ailleurs le seul représentant du FC Lorient à participer à la compétition.

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