Vive les Anglais bannis!

Les Hooligans anglais (avec plein d'autres) sont de retour, et l'Uefa menace de sanctions s'ils continuent à faire régner le désordre. Ce serait le meilleur service à leur rendre que de les laisser seuls sur leur île. La preuve avec l'âge d'or british de 1985-90.

Avec le recul, ça fait drôle de voir le retour des “hools” dans l'actualité. Et même s'ils sont aujourd'hui de tous pays, ça fait comme un pincement au cœur malsain de voir les maîtres en la matière anglais encore incarner une référence dans la violence footballistique, au point que celle-ci est contestée par une nouvelle génération de slaves dont la détermination risque hélas de ne pas être entravée par les interdictions de vente d'alcool (lire ici l'édifiant entretien du Russe Vladimir, participant aux violences marseillaises, par l'AFP).

Oui, bien sûr, les mecs sont pathétiques, avinés, bovins, sans doute racistes et plus encore, mais on ne parvient pas à réprimer un sentiment d'injustice de voir ces bourrins anglais, même débiles, se faire castagner par les Russes au mépris des règles du “fight” (combat à mains nues, on ne frappe pas à terre, on s'interrompt quand le sang coule…). Et en même temps, quand on en voit certains s'amuser à jeter des centimes à des enfants roms dans les rues de Lille (ici, vous n'êtes pas obligés), le Brexit footballistique ne souffre d'aucune hésitation… 

Qu'on ne se méprenne pas, même si on fait une nette différence avec les ultras (qui mettent de l'ambiance dans un stade, et n'ont avec la violence qu'un rapport ponctuel dicté par les circonstances), pas question de donner dans la glorification du hooliganisme, façon fascination pour la violence. Car plutôt que les causes, ce sont les conséquences de tels actes qui excitent la curiosité nostalgique de l'auteur de ces lignes, lui-même éveillé au ballon à la mi-temps des années 1980. 

Le crazy gang de Wimbledon, vue de dos Le crazy gang de Wimbledon, vue de dos
Aujourd'hui, le championnat de foot anglais est le plus argenté, croulant sous les millions de droits TV mirifiques, les moindres clubs de seconde zone peuvent rivaliser en matière d'effectifs avec la quasi-totalité du continent, et l'on y voit un jeu léché se déployer, animé par les plus grandes stars internationales. Mais son équipe nationale est toujours aussi décourageante, incapable de tenir un résultat jusqu'à la fin, même face à une faible Russie.

Dès lors, ainsi que l'agite l'Uefa, rien ne vaudrait une bonne sanction! Une comme celle qui avait suivi le drame du Heysel, où pour punir la folie meurtrière des hooligans de Liverpool, puis les débordements lors de l'euro 88, tous les clubs anglais avait été interdits cinq ans durant de compétitions européennes.

1985-1990: cinq années de repli isolationniste forcé, pour les inventeurs d'un sport qui ne voulait plus d'eux. Ou comment se regénérer en revenant aux fondamentaux du jeu, et faire émerger l'une des plus belle génération footeuse de l'histoire d'Albion, celle qui échoua aux pénos en demi-finale de la coupe du monde 1990, contre l'Allemagne. Alors qu'on peine à reconnaître la moindre identité dans le jeu britton depuis, ne faudrait-il pas renouer avec la folie douce des “crazy eighties” (sur le terrain, précisons-le encore), qui a engendré tant de personnages atypiques et de délicieux moments? C'est un peu de ce souvenir qu'on a d'ailleurs retrouvé dans le titre surprise de Leicester cette saison en Premier League.

Alors, profitons de l'imbécilité de quelques uns pour se régaler la chique d'un âge d'or solitaire désormais bien lointain, avec un panthéon forcément très subjectif de joueurs sales, moches ou méchants, mais aussi géniaux et tellement british…

Le “Crazy gang” de Wimbledon

Les onze salopards, version football vrai. L'histoire de Wimbledon synthétise la complexité attachante du foot anglais (lire l'histoire ici). Une bande de bad boys violents et immatures qui gagne la Cup en finale face à Liverpool, en 1987. Un concentré de tacles aux genoux, d'insultes et d'arrachages de testicules, où l'on croise des poètes du rang de Vinnie Jones (tellement méchant qu'il incarnera ensuite les rôles les plus caricaturaux du genre à Hollywood) ou du Denis Wise des débuts (avant de devenir un esthète de la mauvaiseté au Chelsea des années 1990). Et pourtant, on a le souvenir d'avoir vu cette finale à la télé à l'époque, et d'avoir ressenti un plaisir un brin malsain (surtout quand on a même pas dix ans) à voir non pas le petit, mais le méchant poucet, l'emporter face au grand Liverpool. Hélas pas de best-of en vidéo des meilleurs coups bas du “Crazy gang”, mais un long documentaire en V.O qui vaut le coup, où l'on en voit le meilleur…

Paul Gascoigne, l'impatient anglais

Tout a déjà été écrit sur la vie aussi triste que sublime de “Gazza”, façon Verlaine du ballon, rongé par les addictions au point qu'il faille admettre qu'elles ont forcément participé aussi de son talent. Passé par Tottenham après avoir débuté à Newcastle, avant de se perdre brillament ensuite dans ses choix de clubs biens mais pas top (Lazio Rome, Glasgow Rangers, Middlesborough), Gascoigne sera à chaque fois une idole. Certes au discernement altéré, mais une idole quand même. Un Maradona anglais. La bière de dieu.

 

Hoddle et Waddle, les diamants qui chantent faux

Aussi classieux sur le pré qu'affligeants au micro. Si le duo Glenn Hoddle/Chris Waddle a complètement raté son single (Diamond Light) en 1987, ces deux-là ont squatté les charts anglais de la Premier league, jouant ensemble à Tottenham entre 1985 et 1987, avant de briller de mille feux sous le soleil de la Côte-d'Azur (le premier à Monaco en 1988, le second à Marseille un an plus tard).

Sous la pluie brittone, Glenn Hoddle est un meneur de jeu expérimenté et reconnu, figure des Spurs depuis 1975, a remporté plusieurs Cup (1981, 1982) et une coupe UEFA (1984) et fait vibrer les stades de sa crinière rebelle, de ses frappes de loin, de ses ouvertures, de sa vista so british.

 

Chris Waddle a commencé sa carrière à Newcastle, où il commence à perdre ses premières finales de coupe (il ne fit quasiment que ça tout au long de sa carrière, à Tottenham puis à Marseille -où il claquera tout de même trois titres de champion de France- et à Sheffield). Trimballant sa carcasse dégingandée et ses accélérations le nez fixé sur le ballon, Waddle n'a finalement jamais été aimé dans son pays, qui lui reproche son dilettantisme en équipe nationale, et surtout son tir au but sur la transversale contre l'Allemagne, en demi-finale du mondial 1990. Contrairement à son époque marseillaise, où il retentera le coup du single pourri qui vire au bide -cette fois-ci avec Basile Boli-, sa période anglaise est inexistante sur Youtube. Du coup, on se contentera d'un joli but avec l'Angleterre en 1985, contre la Turquie.

 

Les attaquants liverpudlians

Au sommet de l'Europe avant l'horreur du Heysel et la finale perdue face à la Juve en 1985, les Reds ont fourni à l'époque le jeu le plus léché de l'Angleterre bannie, grâce notamment à une pleïade de joueurs offensifs mythiques, une triplette magique arrivée en 1987, formée de Peter Beardsley (venu de Newcastle, il filera ensuite chez le rival honni Everton), John Barnes (arrivé de Watford) ou John Aldridge (en provenance d'Oxford)…

 

Comment oublier aussi Bruce Grobbelaar dans cet éloge des rouges de la Mersey. Même si le gardien zimbabwéen n'a jamais joué pour l'Angleterre, son style inimitable et son caractère de cochon, ses plongeons renversants et sa tenue immuable (moustache de policeman, short rouge, maillot vert) en ont fait l'un des grands gardiens de l'ère moderne. La séance de tirs au but de la coupe de champions 1984 face à l'AS Rome demeure dans les annales, notamment sa danse d'homme ivre (dite du “spaghetti legs”) avant un tir décisif et au-dessus, auquel rendra hommage vingt-et-un ans plus tard Jerzy Dudek, son lointain successeur tchèque, lors de la finale historique de 2005 contre Milan (avec le même succès)…

 

Clive Allen, ou l'importance d'être inconstant

L'homme pourrait incarner ce qu'est une carrière en dents de scie, enchaînant clubs de bas de tableaux (Queen's Park Rangers, Crystal Palace) et grands clubs (Arsenal, Tottenham) où il ne joue quasiment pas pour cause de blessure, sauf en 1987 où il est élu joueur de l'année outre-Manche, avant de filer à Bordeaux où il ne fera rien, puis de se finir lentement à Manchester City, Chelsea, West Ham puis Millwall. Pas grave, on gardera en mémoire cet enchaînement tout en râteaux-talonnades géniales, contre Aston Villa en 1984…

 

Gary Lineker

L'attaquant revendique deux titres de gloire essentiels, qui ont fondé sa légende malgré une carrière cahotique: avoir été meilleur marqueur du mondial 1986 et avoir été l'auteur d'une des définitions définitives sur le football (« Un sport inventé par les Anglais, qui se joue à onze, et où ce sont tooujours les Allemands qui gagnent à la fin). Dans la période 85-90, Gary Lineker aura surtout fait banquette ou infirmerie à Barcelone, mais l'attaquant formé à Leicester et depuis devenu l'un des consultants phares de la télévision britannique, aura quand même réussi à marquer le but du titre d'Everton face aux Reds, lors de la finale de la Cup fratricide entre gens de Liverpool, en 1986…

 

Stuart Pearce, pour l'amour du tacle

Le shérif de Nottingham Forest (où il fera le cœur de sa longue carrière de 1985 à 1997 et remportera deux coupe de la ligue -1989 et 1990). Stuart Pearce est un arrière latéral assez brutal, un joueur dur sans faille, du genre à faire en sorte que si le ballon passe, l'homme trépasse. Illustration lors d'un Forest-Leicester de 1988, où “Psycho” livre sa plus sûre définition de l'expulsion justifiée…

 

Terry “bloody shirt” Butcher

Pendant la période sombre de cette suspension anglaise, lui s'est expatriée en Ecosse, aux Glasgow Rangers (dont il est le seul Anglais à figurer au Hall of fame). Mais s'il figure dans ce panthéon du dark football anglais, c'est au titre d'un match de septembre 1989 sous le maillot anglais, face aux Suédois à Stockholm. En jeu, la qualif pour le mondial 90. Butcher le boucher décide de se saigner pour la Reine. Mal soigné d'une plaie au crâne en début de match, il traverse la partie tel un spectre rouge sang, aggravant sa blessure à force de dégager inlassablement les ballons aériens suédois. Mais contribuant à conserver le 0-0 nécessaire pour gagner son billet pour le mondial italien.

 

Le “Famous back four” d'Arsenal

C'est en 1986 que George Graham devient l'entraîneur des Gunners d'Arsenal. S'appuyant sur un capitaine de 21 ans, Tony Adams, et le recrutement de Lee Dixon, Steve Bould et Nigel Winterburn, il bâtit dès 1988 ceux qui vont devenir le “Famous back four”. Une défense passée maître dans l'art du hors-jeu, du tacle non-glissé et du dégagement au loin. L'attelage défensif perdurera plus d'une décennie, et contribuera à gagner les titres de l'ère Wenger (en 1998 et 2002) sous la férule permanente de Tony Adams, peu à peu devenu “Mister Arsenal”, mais il remporta aussi le titre dès 1989 (et aussi en 1991), à l'issue d'un dernier match décisif, gagné sur la pelouse d'Anfield Road à Liverpool. Un match suivi par plus d'un million de téléspectateurs, qui représente le début de la renaissance pour le foot anglais, bientôt au terme de sa mise au ban.

 

 

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