De Pogba, du bras, des doigts, et de l'honneur dans le foot

Paul Pogba a ainsi commis la faute que tous les détracteurs professionnels de l'équipe de France attendait. Un bras d'honneur, en loucedé, même pas assumé. Mais par son geste technique, il a juste inscrit son nom dans le panthéon footeux majestueux de la grossièreté enfantine.

Une polémique ? Mais quelle polémique ? Le “bras d'honneur-sarabande” de Paul Pogba, après le second but français contre l'Albanie, a agité les médias et ceux qui ont un avis sur tout, après que les images censurées par Bein Sport pour cause de patriotisme (?) ont fuité chez les confrères belges de la RTBF.

Assisterions-nous au retour des “sales gosses”, des “racailles”, des “millionaires qui ne savent pas se tenir et font honte au maillot”, etc. ? Hélas pour les contempteurs Bien sûr que non. Juste l'usage par le milieu de la Juventus Turin d'un geste technique aussi vieux que le foot, pour qui l'a pratiqué jeune et insouciant des “qu'en-dira-t-on”.

Feyenoord's boy Feyenoord's boy
Un geste technique qui illustre bien la continuité dans le monde professionnel d'une grossièreté enfantine, qu'il convient de resituer dans la longue histoire des pétages de plombs que l'adrénaline peut parfois provoquer. Alors que Paul Pogba a bien failli clôre lui-même, via sa frappe canon dimanche soir contre la Suisse (la barre en résonne encore), le chapitre d'une polémique qui est finalement resté cantonnée aux salons médiatico-footix, on a jugé bon de prendre un peu de recul et de mettre en perspective un dérapage émotionnel qui est évidemment constitutif du jeu de ballon, au même titre que la mauvaise foi, la simulation et autres excès de la nature humaine confrontés à la “vérité du terrain”.

Il est d'ailleurs bon de souligner que la pratique n'est guère propre au football, le vainqueur du dernier tour de France Chris Froome en sait quelque chose…


 

Niveau exemplarité, le meilleur exemple se trouve aussi chez nos parlementaires…

A l'assemblée nationale, ils sont nombreux à être de grands enfants A l'assemblée nationale, ils sont nombreux à être de grands enfants
 

Comme il est évidemment hors de question d'alimenter de vains débats qui n'en sont pas sur l'exemplarité, le respect du maillot, et autres fadaises, nous préférons rendre hommage à Paulo Pogba en lui érigeant un panthéon à sa mesure, où il cotoiera les plus grands. Alors oui, on a élargi le code d'honneur du geste d'humeur au doigt. Ça permet de ne pas jouer petit bras, et d'enrichir la liste fort longue des emballements gestuels sur le pré. On s'est limité à ces deux gestes grossiers universels, en ignorant volontairement les signes d'égorgement ou les coutumes gestuelles locales. Ce qui n'empêche pas tous les continents d'être représentés dans ce “Hall of shame” gentillet.

On trouve de tout dans nos recherches sur la typologie des doigts et bras d'honneur sur le pré. Des entraîneurs plus ou moins classes et plus ou moins âgés, des joueurs plus ou moins célèbres, qui assument diversement leur outrance. Des destinataires divers aussi, du public adverse à son propre public ou son propre gardien, de l'arbitre aux journalistes. Des sanctions aléatoires enfin, de l'impunité à l'indignité nationale, en passant par le carton jaune ou rouge, s'en suivant de plusieurs matchs de suspension ou d'un départ du club. Et parfois des excuses foireuses, du genre «Ce geste est pour moi. J'étais frustré de ne plus marquer. C'est juste de la frustration qui est sortie» (Hamdi Harbaoui, l'attaquant tunisien de Lokeren après son triple bras d'honneur de célébration d'un but contre le Standart Liège -voir ici-).

Les sanguins qui s'en prennent aux supporters adverses

Hasard ou signe d'un surcroît d'assurance par rapport à leurs joueurs, on retrouve beaucoup d'entraîneur dans cette catégorie. Peut-être parce qu'ils osent enfin faire ce qu'ils se sont toujours retenu de faire quand ils étaient joueurs… Au gré de nos recherches, on a ainsi remarqué Ibrahim Hassan (ici), Maher Kanzari (ici), Ottmar Hitzfeld (ici)… Ou Jose Mourinho, en version déconne, lors d'un premier tour de coupe anglaise…

En plus énérvé, l'entraîneur de l'Inter Milan Roberto Mancini, pour saluer les fans de l'AC, à l'issue d'un derby houleux

L'instant René Girard

René Girard, lalala, lalala… René Girard, lalala, lalala…

Arrêts de jeu d'un match de poule de ligue des champions. Shalke 04 est sur le point de remporter la partie à domicile, face à Montpellier. Et puis non, but de Souleymane Camara“dona” sur une impeccable frappe de loin. Sur le banc de touche, René Girard bouillait, s'engrénait depuis de longues minutes avec l'entraîneur allemand. A la gardoise, il a la joie modeste et respectueuse. Et adresse un doigt d'honneur hargneux à son homologue. Hélas, toutes les vidéos du moment ont été supprimées de l'internet mondial. Le lendemain, Girard dira simplement: «Il est venu tellement naturellement que je n'ai pas pu me retenir. J'étais dans un contexte particulier, d'euphorie...» Juste après le match, en conférence de presse, il gratifiera l'assistance d'un magnifique silence (ici en vidéo). Il sera suspendu un match par l'Uefa.

Ceux qui s'en prennent à leur propre public

Le héros de cette sous-catégorie est incontestablement Bruno Germain. Après un bras d'honneur contre le public de Mayol, le Toulonnais signe sa mise en rade définitive, avant que Bernard Tapie ne le recrute à l'OM. Hélas encore, on ne retrouve malheureusement pas les images, et à en croire mon collègue Michaël H., qui se souvient ainsi très bien de la séquence passée sur téléfoot un dimanche matin de 1988, et qui rejoue la scène de façon aussi prometteuse que frustrante, on en est vraiment désolé.

Alors qu'on trouve nettement moins de gestes d'humeur à l'encontre du public adverse dans l'histoire récente, les exemples d'un joueur qui se retourne contre son propre public sont multiples. Klasnic à Nantes, Fabricio à Porto Alegre, Feghouli à Grenoble, Mexès au Milan AC, Beckham sous le maillot anglais. Ou Paulo Machado, au Dinamo Zagreb (qui lui fit quitter le club la semaine d'après)…

L'arbitre, comme cible principale

Elle est la cible évidente, et voit les auteurs de “gestes d'honneur” biaiser avec ce symbole de l'autorité, façon hussard/home en noir de l'impartialité. Ainsi le Portugais Raul Meireles attend que le prof ait le dos tourné vers son tableau pour faire son intéressant…

La version Diego Simeone n'est pas mal non plus…

Autre joueur de premier plan, l'attaquant  français Didier Six, gloire globbe-trotteuse et multi-buteuse des années 1980, fait lui dans la saute d'humeur, le petit bras d'honneur incontrôlé, bisque et rage, râlant contre le juge de touche et son hors-jeu il est vrai limite. Jaune, puis rouge, et montre tes doigts pour le coup de règle, Didier…

Cela dit, le manquement aux convenances n'est pas l'apanage des seuls joueurs et entraîneurs. Les hommes en noir ont aussi leur caractère. Massimo Busacca en est l'un des exemples. En septembre 2009, alors qu'il arbitre une rencontre de Coupe de Suisse, il livre un doigt d'honneur majestueux à l'attention des supporters des Young Boys de Berne qui l'insultent. Trois matchs de suspension.

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Le bonus “barcelonais”

La geste triviale à l'encontre de l'ennemi madrilène est une spécialité barcelonaise. Ainsi l'immense Bernd Schuster avait-il gratifié la défense merengue d'une sublime salve de bras d'honneur rageux, après le but de son coéquipier blaugrana Marcos offrant in extremis la coupe d'Espagne 1983. C'est aussi furtif que jouissif, surtout de la part d'un ange blond qui fera par la suite les belles heures du Real, et ça se délecte sans fin sur cette vidéo…

Plus récemment, le Brésilien Giovanni a lui aussi fait connaître les tréfonds de son âme à l'adversaire madridiste, en 1997. Un triple bras d'honneur plein de conviction là encore…

Même les anciens blaugrana conservent le goût de la provocation anti-Real des années après leur passage à Barcelone. Ainsi le Hollandais Van Bommel en 2007, lors d'un huitième de finale houleux entre le Bayern Munich et le Real Madrid, avait dégainé son double bras d'honneur devant le public du stade Santiago Bernabeu.

Le super bonus Lukasz Sapola

Il n'y a presque rien à ajouter, si ce n'est que de préciser qu'il s'agit d'un gardien polonais lors du championnat d'Azerbaïdjan. Ce qui n'enlève rien à la perfection de l'enchaînement “arrêt de péno/bras d'honneur/carton rouge” de la saynète…

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