Angela Merkel roule des mécaniques

Depuis les élections législatives en Allemagne le 22 septembre dernier, on n'avait pas beaucoup entendu la chancelière Angela Merkel. A vrai dire, on ne l’a pas entendu du tout.

Depuis les élections législatives en Allemagne le 22 septembre dernier, on n'avait pas beaucoup entendu la chancelière Angela Merkel. A vrai dire, on ne l’a pas entendu du tout.

Sigmar Gabriel joue gros sur ce coup. © euroJournal / KL Sigmar Gabriel joue gros sur ce coup. © euroJournal / KL
Par contre, on a beaucoup entendu les perdants de ces élections, en première ligne le SPD et les Verts qui n'ont cessé de déclarer à quel point la chancelière serait sous pression et qu'elle devrait payer le prix fort pour négocier une nouvelle coalition gouvernementale. SPD et Verts étaient d'ailleurs d'avis que la chancelière ne devrait pas mener des négociations avec les deux partenaires potentiels en parallèle, mais qu’il convenait de sélectionner un partenaire potentiel pour ensuite négocier exclusivement avec lui. Maintenant, on entend Angela Merkel à nouveau. Elle a annoncé des négociations parallèles avec le SPD et les Verts et elle montre ainsi qu’elle n’entend pas du tout se laisser dicter sa façon de procéder par les perdants de ces élections.

Au niveau du SPD, le chef du parti Sigmar Gabriel a opté pour une option dangereuse en ce qui concerne sa carrière politique personnelle. Avec le bureau du parti, il a décidé de soumettre les résultats des négociations avec la CDU/CSU à un vote des adhérents, liant ainsi son destin politique à une sorte de «référendum SPD» - si jamais les adhérents refusent la coalition avec les conservateurs, l’époque des Gabriel, Steinmeier et Steinbrück touchera à sa fin. En vue des nombreuses réactions au niveau des adhérents, un aval pour cette Grande Coalition CDU/CSU-SPD n’est pas du tout certaine.

L’idée n’était pas mauvaise au départ. Soumettre la coalition avec la CDU/CSU à ce vote, cela signifiait une bonne position dans les négociations, avec l’argument «ça, nos adhérents n’accepterons jamais» - mais par l’annonce des négociations en parallèle avec les Verts, Angela Merkel coupe l’herbe sous les pieds des stratèges du SPD. Surtout dans la mesure où chez les Verts, il n’y a pas seulement eu des changements au niveau de la direction du parti, mais également en ce qui concerne une éventuelle coopération avec la CDU/CSU.

Le ministre-président du Bade-Wurtemberg Winfried Kretschmann, considéré comme le «Vert le plus noir», fera partie non seulement de la délégation qui menera les discussions avec la CDU/CSU, mais il a gagné un grand poids au sein des Verts. Entre temps, même la candidate Katrin Göring-Eckhardt demande «à ce que les négociations soient menées avec sérieux», probablement dans une dernière tentative de s’assurer un poste dans la nouvelle configuration du bureau des Verts. Peu avant les élections, Göring-Eckhardt avait encore exclu, dans une interview accordée à euroJournal, toute négociation avec la CDU/CSU après les élections...

Angela Merkel, elle, a le choix. C’est elle qui tient les ficelles, surtout dans une situation où la gauche allemande est en proie du doute et n’ose pas prendre le pouvoir, malgré une majorité mathématique au Bundestag et une courte majorité au Bundesrat. La chancelière peut choisir entre la Grande Coalition CDU/CSU-SPD, une coalition CDU/CSU-Verts et dispose toujours de l’atout «élections anticipées». Un sondage a démontré cette semaine qu’en cas d’élections aniticipées, les partis de gauche perdraient encore légèrement, que les eurosceptiques de l’AfD entreraient au Bundestag et que la CDU/CSU gagnerait encore davantage. Ces chiffres obligeront autant le SPD que les Verts à négocier, en effet, sérieusement avec la CDU/CSU pour éviter de prendre le risque de couler davantage lors d'élections anticipées.

Les négociations qui commencent cette semaine, pourront durer. Du moins aussi longtemps que la chancelière en aura envie. Après, elle prendra sa décision et les choses iront assez vite - il ne faut pas oublier que les électeurs allemands ont transformé l'Allemagne en «Merkelland»...

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