En Allemagne, les perdants pansent leurs plaies

Le lendemain des élections en Allemagne, les perdants ont commencé à panser leurs plaies. Et puisque seule la CDU a remporté un succès de taille, l’ensemble des partis a commencé à réagir à ces résultats. Choquée, la direction du FDP a déclaré sa démission – en désignant Christian Lindner comme nouveau chef du parti libéral.


Le lendemain des élections en Allemagne, les perdants ont commencé à panser leurs plaies. Et puisque seule la CDU a remporté un succès de taille, l’ensemble des partis a commencé à réagir à ces résultats. Choquée, la direction du FDP a déclaré sa démission – en désignant Christian Lindner comme nouveau chef du parti libéral. Mais est-ce que le retrait du duo Rösler / Brüderle pourra encore sauver le FDP, condamné à accepter désormais une existence parmi les parti «autres» ?

Peer Steinbrück - visiblement marqué par son échec. © KL Peer Steinbrück - visiblement marqué par son échec. © KL

Il est vrai que Angela Merkel doit maintenant trouver un partenaire de coalition – elle ne pourra pas gouverner seule, il manque une poignée de sièges au Bundestag. Ce qui a incité le nouvel homme fort du SPD, Sigmar Gabriel, à se faire désirer. «Il n’y a pas d’automatisme pour une Grande Coalition», a-t-il déclaré aux côtés du candidat échoué Peer Steinbrück, «c’est à Angela Merkel de trouver sa majorité et de nous faire des propositions.» Steinbrück, lui, devrait jouer désormais «un rôle» important dans le SPD, mais son lot de consolation ne sera que son mandat de simple député – il n’y aura plus de place pour celui qui aura perdu ces élections. Mais l’attitude affichée hier au Willy-Brandt-Haus par Sigmar Gabriel ressemble à un enfant qui siffle dans la cave. Pour jouer une partie de poker avec la chancelière, tout le monde sait qu’il ne peut que bluffer – si jamais la CDU n’allait pas trouver de partenaire, cela pourrait conduire à des élections anticipées, ce que les partis de gauche devraient actuellement craindre plus que quatre ans sur les bancs de l’opposition. Car des élections anticipées pourrait conférer à Angela Merkel dans la situation actuelle, une majorité encore plus confortable – la Grande Coalition reste la seule option pour le SPD pour sauver au moins quelques miettes de la social-démocratie dans le nouveau gouvernement.

Les chefs des Verts ont proposé, tout comme le FDP, la démission de la direction. On assiste donc à un changement de génération des Verts – l’époque des Claudia Roth, Jürgen Trittin ou Renate Künast est terminée et les écologistes auront besoin des quatre ans à venir pour se réinventer. Donc, la possibilité mathématique d’une coalition CDU – Verts reste purement théorique, les Verts n’étant pas du tout prêts à assumer un rôle dans une coalition compliquée.

Die Linke, avec 8,6% des votes troisième force politique en Allemagne, continue à faire des appels de pied aux deux autres formations dites «de gauche». Après tout, il existe une majorité à gauche de la CDU qui permettrait dans la théorie de former un nouvel gouvernement et de renverser la chancelière. «Il serait bien que les autres partis apprennent de respecter les majorités», a déclaré Gregor Gysi, le chef des Die Linke. Selon lui, le fait que le SPD et les Verts aient catégoriquement exclu toute coopération avec Die Linke pendant la campagne, leur aura coûté bon nombre de votes. Il est vrai que pour les électeurs du SPD, il doit être difficile d’admettre que leur vote pour le SPD soit en même temps un vote pour la chancelière Angela Merkel.

Mais la coalition rouge-rouge-verte relève du domaine de la théorie. Aucun des trois partis n’est préparé pour une telle option et là, on retrouve l’aspect psychologique de la politique allemande. Angela Merkel a gagné le statut du «sur-père» qui rassure, même l’adversaire politique. On a l’impression que le SPD se sentirait plus rassuré par Angela Merkel que par l’option d’assumer le pouvoir partagé avec d’autres partis de la gauche.

Force est de constater que l’Allemagne est devenue depuis dimanche soir le «Merkelland». Dès lors, même ses adversaires politiques la soutiendront, lui permettront de garder le pouvoir et craignent visiblement leurs collègues de la gauche plus qu’une chancelière de la droite. Mais le fait que l’homme fort de la politique s’appelle Angela Merkel ne rassure pas tout le monde. Un tel trop plein de pouvoir entre les mains d’une seule personne n’a jamais engendré de la sérénité politique ou quelque chose de bon.

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