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Billet de blog 4 févr. 2020

Mulhouse : la déontologie et La République en Marche

Quand Lara Million, la candidate de La République en Marche (LREM), décide elle-même quelles informations, dans la « Déclaration d'intérêts », sont destinées au public...

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Beaucoup de dossiers épineux dans la belle ville de Mulhouse... © MARTOUZET Grégoire / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

(KL) – On avait le cas Delevoye, qui avait « oublié » d'indiquer une bonne douzaine de ses activités (rémunérées ou non) dans cette « Déclaration d'intérêts » qu'en France, chaque élu doit soumettre à la « Haute Autorité pour la Transparence de la vie publique » ; on avait le cas de la Garde des Sceaux Nicole Belloubet, qui avait également été frappée d'une amnésie momentanée lorsqu'elle avait rempli sa déclaration de patrimoine, oubliant quelques biens immobiliers ; et maintenant, on a le cas de Lara Million, vice-présidente du Conseil Départemental du Haut-Rhin, élue municipale à Mulhouse et candidate de la République en marche (LREM) aux élections municipales à Mulhouse. Certes, son cas est un peu différent : Lara Million n'a pas « oublié » d'indiquer une activité professionnelle dans sa Déclaration d'intérêts, mais elle explique avoir estimé que cette information n'était pas assez importante pour regarder le public.

Donc, pas d'oubli. Inspectrice Divisionnaire des Finances Publiques où elle s'occupe de la communication, administratrice de l'organisme ALSABAIL, Vice-présidente de l'agglomération M2A, du Conseil Général du Haut-Rhin, Lara Million s'occupe aussi d'autres dossiers. Ainsi, le 6 Mars 2018, elle fait enregistrer sa société « Madame Lara Million » qui a pour objet « Conseil pour les affaires et autres conseils de gestion » – catégorie 7022Z). Mais cette société n'apparaît pas dans sa « Déclaration d'intérêts ».

Interrogée par Eurojournalist(e), la candidate LREM souligne que le cumul de ses activités a été autorisé par la Direction Générale « depuis plusieurs années » et également, par conséquent, la création de cette entreprise. Mais surprise : comme elle explique dans sa réponse à nos questions, cette société « Madame Lara Million » ne s'occupe pas, contrairement à l'objet de sa société enregistrée, du « Conseil pour les affaires et autres conseils de gestion », mais de la formation des membres de l'Association des Maires de France. Mais pourquoi, à ce moment-là, l'objet de sa société ne fait-il pas état de « formations », mais de « conseils pour les affaires » ?

Pour une élue, proposer des services de conseils en affaires, ça sent bizarre. En tant qu'élue, qui dispose de grands réseaux locaux et régionaux, proposer ce genre de service, c'est délicat, très délicat. Mais si la candidate Lara Million clame que cette société ne sert qu'à encaisser ses honoraires payés par l'Association des Maires de France, pourquoi ne pas l'avoir inscrit dans les objets de sa société ?

Sa Déclaration d'intérêts date de 2017, donc, du début de son mandat en cours ; mais les règles sont claires. « La Déclaration d’intérêts ne doit signaler que les modifications substantielles, à savoir une nouvelle activité professionnelle, des changements importants. » Donc, la création d'une société de conseil aux affaires n'est pas une « modification substantielle » ? Et peut, par conséquent, être omise dans la « Déclaration d'intérêts » ?

Dans une ville qui est actuellement la scène de bon nombre de dossiers épineux, la transparence aurait été de mise. Surtout dans la mesure où le « nouveau monde » de La République en Marche prône la transparence, l'éthique, l'exemplarité des élu.e.s. Mais le « nouveau monde » ne semble pas si nouveau que ça, les méthodes n'ont pas changé.

Le plus surprenant dans tout cela, c'est que la candidate Lara Million n'a même pas essayé la ligne de défense de Delevoye et de Belloubet, clamant un « oubli » et l'erreur humaine. Non, Lara Million réclame pour elle le droit de décider quelles informations elle estime assez importantes pour les partager avec la « Haute Autorité pour la Transparence de la vie publique » et donc, avec les Français et les Françaises.

A un moment où le sentiment du « tous pourris » se répand en France, à un moment où déjà, 16 membres du gouvernement ont évacué leurs sièges en seulement deux ans et demi, à un moment où la confiance des citoyens et citoyennes en leurs instances politiques baisse de plus en plus, l'idée de plus de transparence était bonne. En revanche, la transparence ne peut fonctionner qu'à condition qu'elle ne dépende pas du libre arbitre des élu.e.s qui, visiblement, peuvent décider des informations qu'ils ou elles partagent avec les Français et Françaises. Là, ça promet pour les élections municipales à venir...

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