Le péage viendra en Allemagne – «Big Brother» sera du voyage

Après les protestations musclées des responsables des régions frontalières en Allemagne, le ministre fédéral des transports a revu sa copie. En y ajoutant le scandale suivant.

Autoroute allemande. © TSGT Boyd Belcher / Wikimedia Autoroute allemande. © TSGT Boyd Belcher / Wikimedia
Après les protestations musclées des responsables des régions frontalières en Allemagne, le ministre fédéral des transports a revu sa copie. En y ajoutant le scandale suivant.

(KL) – Après les protestations massives venant des régions frontalières allemandes, le ministre fédéral des transports Alexander Dobrindt a proposé une nouvelle version de son projet «péage». Cette nouvelle proposition limiterait le droit de péage aux seules autoroutes allemandes, ce qui veut dire que la circulation transfrontalière ne serait pas soumise à cette nouvelle taxe routière. En revanche, il n’est pas acquis que cette proposition soit acceptée au niveau européen, car elle représente toujours une discrimination des automobilistes européens – les voitures immatriculées en Allemagne seraient, dans les faits, exemptes de ce droit de péage qui serait «neutralisée» par la taxe automobile que payent les automobilistes allemands. Mais cette potentielle incompatibilité avec le droit européen n’est pas le seul problème.

Avant l’introduction de cette taxe routière en Allemagne le 1er Janvier 2016, Alexander Dobrindt doit d’abord passer par la caisse. La mise en place du nouveau système de péage coutera 337 millions d’euros et suscite immédiatement des critiques. Car ce système se veut totalement automatisé, scannant les plaques d’immatriculation des voitures pour collecter les sommes dues par la suite. Ce qui veut dire que l’ensemble de la circulation en Allemagne serait alors surveillé et plus personne ne pourra se déplacer en voiture sans laisser de traces chez les suspects habituels – BND, NSA & Cie.

Du moins, c‘est-ce que demande le chef du „Bundeskriminalamt“ Jörg Zierke – en ajoutant «seulement en cas de recherches criminelles». C‘est cela même. En plein milieu du scandale de la NSA, sans que le rôle des services secrets allemands et européens ne soit élucidé, les citoyens auront du mal à croire en les affirmations du ministre : «aucun citoyen ne doit craindre que ses données soient transmises à d‘autres administrations». Il suffit d‘y croire.

Le ministère ne semble pas encore avoir mesuré l‘impact sur la sécurité des données des usagers de la route. Techniquement, il serait alors possible de dresser des profiles de tous les mouvements des automobilistes et ces informations seraient difficile à protéger. «Google dispose certainement de plus de données sur les automobilistes que nous», veut rassurer le ministère. Mais cette déclaration ne rassure en rien. Au contraire. Considérant que les services allemands ont fourni des données aux collègues de la NSA pendant des années, il est difficile de croire que dans ce système, la protection des données personnelles soit respectée.

Parfois, on se pose la question si Alexander Dobrindt présente ses plans peu murs et très imparfaits exprès – pour rester sur le devant de la scène politique berlinoise. Prochaine étape – dès la présentation officielle du projet, différents pays européens (dont l‘Autriche et les Pays-Bas), saisiront la Cour Européenne pour déterminer la conformité de ce projet avec le droit européen. A suivre.

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