Kai Littmann
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Eurojournalist(e)

Suivi par 181 abonnés

Billet de blog 6 avr. 2015

Ambiance de pogrom à Tröglitz

Néonazis et ultra-xénophobes prennent les commandes dans la petite ville de Tröglitz - en semant la terreur et en risquant des vies humaines.

Kai Littmann
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L'apparence paisible de Tröglitz est trompeuse... © 

Néonazis et ultra-xénophobes prennent les commandes dans la petite ville de Tröglitz - en semant la terreur et en risquant des vies humaines.

Il ne se passe jamais rien dans le petit bourg de Tröglitz en Saxe-Anhalt. A vrai dire, jusqu’au mois de mars, même les Allemands ignoraient l’existence de ce bled perdu dans l’est de l’Allemagne comptant 2700 habitants - jusqu’à ce que des groupes de néonazis et ultra-xénophobes y prennent les commandes dans la rue.

Tout partait sur une décision de l’administration régionale qui avait décidé que Tröglitz, comme d’autres villes et villages, devrait accueillir 40 réfugiés. Le maire de la petite ville, Markus Nierth (SE), s’est alors mis à organiser l’accueil de ces réfugiés prévu au mois de mai, mais les ultra-xénophobes et néonazis en Saxe-Anhalt n’étaient pas d’accord. Le maire, après avoir reçu des menaces contre lui et sa famille, jeta alors l’éponge, mais le cauchemar ne faisait que commencer.

Les manifestations, concertées entre autres par un haut fonctionnaire du NPD (parti à droite de l’extrême-droite faisant actuellement l’objet d’une procédure d’interdiction), Steffen Thiel, devenaient insupportables. On y entendait des paroles d’une haine, stupidité et agressivité exceptionnelles, avant que les choses ne s’empiraient davantage ces derniers jours.

Le centre d’accueil prévu pour les 40 réfugiés partait en flammes, sans doute l’œuvre de ces néonazis qui se fichaient pas mal du fait qu’au moment de l’incendie, deux habitants de l’immeuble s’y trouvaient encore - heureusement, les habitants ont pu évacuer le bâtiment qui lui, est devenu inhabitable. Personne ne doute que cet attentat visait à empêcher l’accueil de ces 40 réfugiés.

Pour le Landrat (chef de l’administration locale) Götz Ulrich (CDU), il est hors de question de céder sous la pression des néonazis dans la rue. «Quoiqu‘il arrive, Tröglitz sera obligé d‘accueillir ces 40 réfugiés», a-t-il déclaré, ce qui lui a valu également des menaces de mort. Assez précises, d’ailleurs, en lui annonçant «qu‘il allait être décapité». Götz Ulrich a du être mis sous protection rapprochée, les autorités craignant autant pour sa sécurité que pour celle de l’ancien maire.

Quelques 300 manifestants avaient beau manifester samedi contre ces agissements des néonazis en Saxe-Anhalt, le mal est fait. On commence à se rendre compte du mal que le mouvement «Pegida» a fait dans l’est du pays et on comprend l’ancien maire Markus Nierth qui s’est montré indigné par «le silence du centre de la société».

L’Allemagne, millésime 2015, devient un pays de plus en plus moche. La dédiabolisation de cette ultra-droite qui se présente publiquement et en toute impunité avec des slogans qui dégoulinent de haine et de stupidité énormes, ouvre la voie à une évolution comparable à celle qui secouait l’Allemagne pendant la «République de Weimar». Quand on entend des cranes rasés à la limite de la débilité qui scandent que «le bateau est plein», qui se mettent à incendier les centres d’accueil pour réfugiés, force est de constater qu’en Allemagne, la bête n’est pas morte.

Bien entendu, la majorité des Allemands est choquée par ces actes de haine, mais cette ultra-droite est en train, du moins dans l’est du pays sinistré économiquement, de prendre le pouvoir dans la rue. Voilà ce qui arrive lorsque l’ultra-droite est considérée comme un mouvement politique aux positions que l’on peut discuter. On ne peut pas discuter des positions xénophobes et néonazies, on ne peut que les combattre.

On aimerait bien se consoler en pensant qu’il s’agit d’actes isolés commis par des idiots, mais les chiffres parlent une autre langue. Entre 2013 et 2014, le nombre d’attentats xénophobes et néonazis a triplé en Allemagne. Et ce phénomène qui crée maintenant une ambiance de pogrome au pays, ne se limite pas au seul Est de l’Allemagne. Même dans la région du Rhin Supérieur, berceau de l’humanisme rhénan, de tels incidents sont à déplorer - début mars, à Malterdingen près de Freiburg, des inconnus avaient inondé un centre d’accueil pour réfugiés en le rendant également inutilisable.

Cette évolution mène forcément à un «remake» des années 20 et 30 du siècle dernier en Allemagne, lorsque des groupes de l’ultra-droite se sont livrés des batailles sanglantes avec des groupes de l’extrême-gauche dans les rues des grandes villes. A un moment où cette ultra-droite tente d’imposer sa loi dans la rue, commettant des actes criminels et barbares, il faudra s’attendre à une réaction aussi violente. Former des chaines humaines devant les braises des centres d’accueil détruits, cela ne sert malheureusement pas à grande chose.

Il convient maintenant de soutenir des responsables comme Ulrich Götz qui se comportent de manière réellement responsable en refusant de se mettre à genou devant des criminels au crane rasé et creux. Et l’Allemagne aura intérêt à trouver rapidement une autre attitude vis-à-vis des réfugiés qui, après avoir fui les horreurs de la guerre dans leurs pays d’origine, retrouvent en Allemagne une seule chose - l’enfer.

Crédit photo : Elsteraue / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
En Pologne, le calvaire des exilés
Dans notre émission ce soir, reportage aux portes de l'Union européenne, où des migrants et des migrantes sont toujours retenus dans des conditions inhumaines. En plateau : Anaïs Vogel, qui a fait cinq semaines de grève de la faim pour dénoncer le traitement des exilés à Calais, et Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche émérite au CNRS. 
par à l’air libre
Journal — France
La candidature de Zemmour prend une mauvaise tournure
L’ancien éditorialiste de CNews et du Figaro a officialisé, mardi, sa candidature à l’élection présidentielle dans un clip reprenant toutes ses obsessions identitaires. Sur le terrain, sa campagne est devenue particulièrement compliquée.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Pour Pécresse et Bertrand, une campagne aux airs de pénitence
Après avoir claqué la porte du parti Les Républicains, ils ont repris leur carte pour obtenir l’investiture présidentielle. Pendant des mois, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ont remis les mains dans le cambouis partisan et arpenté les routes de France pour convaincre.
par Ilyes Ramdani
Journal — France
Les macronistes s’offrent un rassemblement de façade
Divisée avant d’être officiellement unie, la majorité présidentielle s’est retrouvée, lundi soir, pour tresser des louanges à Emmanuel Macron et taper sur ses adversaires. Un exercice poussif qui ne risque pas de « marquer l’histoire ».
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
La nullité pollue
Il y a peu, vautré devant un énième naufrage filmique d’une plateforme de streaming, j'ai réalisé que ces plateformes avaient entrainé une multiplication délirante des navets qui tachent à gros budget. Fort bien. Mais quand va-t-on enfin parler de l’empreinte écologique démente de ce cinéma, cet impensé dont on ne parle jamais ? Ne peut-on imaginer des films plus sobres -tels ceux de Carpenter ?
par Mačko Dràgàn
Billet de blog
« Ailleurs, partout » : d’autres images des migrations
« Ailleurs, partout », d’Isabelle Ingold & Vivianne Perelmuter, sort le 1er décembre. Le documentaire offre une passionnante réflexion sur les paradoxes de la géographie contemporaine, entre fausse ubiquité du cyberespace et vrais obstacles aux migrations. Rencontre avec les deux réalisatrices. (Entretien avec Nashidil Rouiaï & Manouk Borzakian)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Get Back !!!
Huit heures de documentaire sur les Beatles enregistrant « Let it Be », leur douzième et dernier album avant séparation, peuvent sembler excessives, même montées par Peter Jackson, mais il est absolument passionnant de voir le travail à l'œuvre, un « work in progress » exceptionnel où la personnalité de chacun des quatre musiciens apparaît au fil des jours...
par Jean-Jacques Birgé
Billet de blog
Les Œillades d'Albi : « Retour à Reims (fragments) » de Jean-Gabriel Périot
Autour de l’adaptation du livre autobiographique du sociologue Didier Éribon « Retour à Reims », Jean-Gabriel Périot avec l’appui de nombreuses archives audiovisuelles retrace l’histoire de la classe ouvrière de 1950 à nos jours.
par Cédric Lépine