Du mouvement dans les cimetières en France

Les Jean Jaurès, Léon Blum, Guy Mollet ou Michel Rocard doivent être en train de se retourner dans leurs tombes respectives en voyant leurs successeurs ruiner le socialisme en France.

Actuellement, ce n'est pas la fête au PS... © Eurojournalist(e) / CC-BY-SA 4.0int Actuellement, ce n'est pas la fête au PS... © Eurojournalist(e) / CC-BY-SA 4.0int
(KL) – Les sondages sont cruels – la liste du PS, ou plutôt la liste de « Place Publique » et « Nouvelle donne » sur laquelle le patron du PS Olivier Faure a réussi à glisser quelques potes, se situe à environ 4% des intentions de vote. Cette liste risque fort d’échouer sur la barre des 5%, ce qui voudrait dire qu’aucun député socialiste ne siégerait au prochain Parlement Européen. Le socialisme français, un socialisme qui navigue depuis ses tout débuts en 1831 toujours entre un socialisme-communisme et une social-démocratie plutôt centre-gauche, semble être arrivé en bout de course. Pour la France, il s’agit d’une petite catastrophe – au moment où le pays aurait le plus besoin de ce socialisme démocratique à la Michel Rocard, le socialisme français s’effondre.

Le spectacle que propose le PS à l’occasion de l’élection européenne, s’apparente à un dépôt de bilan politique. La liste que propose le PS n’est même plus une liste « PS », mais l’appellation officielle est « Envie d’Europe – Place Publique – Parti Socialiste ». Depuis quand est-ce qu’un mouvement politique dont les racines remontent à bientôt 200 ans, doit se soumettre à une association, une sorte de think tank animé par un « fils de… » sans aucun cursus européen ? Enlisé dans ses manœuvres politiciennes, la direction du PS autour d’Olivier Faure est en train d’enterrer l’une des mouvances politiques les plus importantes depuis le dernier empereur français.

Pourtant, le PS disposait de compétences européennes impressionnantes. – A commencer par son équipe sortante, où seule la vice-présidente du Parlement Européen, Sylvie Guillaume, a « survécu » aux manœuvres fauriennes. Où sont les Christine Revault-D’Allonnes-Bonnefoy ou Karine Gloanec-Maurin qui avaient fourni un excellent travail au Parlement Européen pendant la dernière mandature ? Et où est Bernard Cazeneuve, ancien ministre des Affaires européennes et l’un des rares responsables politiques dont personne ne doute des convictions politiques de gauche, ni de la fidélité à la République ? Il y a de grands talents politiques parmi les jeunes Socialistes – et le PS confie les clés de son propre avenir à des amateurs parisiens ?

Pour être réaliste, le PS ne doit plus tellement songer à des places « éligibles » (et personne ne comprend pourquoi la seule candidate socialiste du Grand Est, Pernelle Richardot, a été rétrogradée de sa 8e place sur la liste à une 12e place et ce, au tout dernier moment), car il n’est pas exclu que même la première place de cette liste ne vaudra un siège au Parlement Européen. A 4,99%, Olivier Faure et Raphaël Glucksmann devront se consoler mutuellement : au moins, les frais de campagne seraient remboursés. Ce qui constituerait déjà un succès par les temps qui courent.

Mais comment le socialisme français en est-il arrivé là ? – Quand on pense aux débuts radicalement à gauche de ce mouvement… quand un Jules Guesde présentait un « programme minimal » rédigée en partie par – Karl Marx (!), quand on pense aux rôles qu’ont joué les Jean Jaurès et Léon Blum pour la France, quand on pense à cette énergie qui traversait toute la France en 1981, quand on pense à tous ces moments dans l’Histoire de la France où les socialistes et social-démocrates ont contribué à la sécurité, la prospérité et l’orientation de la France, cette implosion d’un ancien « parti populaire » ne peut réjouir personne.

A un moment où la France est déchirée entre un néo-nationalisme inquiétant, un néo-libéralisme néfaste et des mouvances violentes, la social-démocratie française a failli. Aveuglé par des vanités personnelles, le PS a longtemps cru que son élection était une sorte d’automatisme sous la Ve République. Mais aujourd’hui, à l’aune de cette Ve République, qui devra bientôt laisser sa place à une organisation sociale et politique plus en phase avec un monde post-révolution-technologique, cet automatisme, qui avait fonctionné pendant des décennies, n’existe plus.

Est-ce qu’une idée comme le socialisme français peut périr ? – Disparaître ? Non, les idées socialistes ne pourront pas disparaître, mais aujourd’hui, il est facile d’en récupérer les morceaux intéressants et des les intégrer dans sa propre démarche politique – tous les partis le font. La vague promesse d’une plus grande justice sociale, fonds de commerce des socialistes depuis 200 ans, ne suffit plus. La dernière chance pour retrouver la bonne voie a été gâchée sous François Hollande, quand les socialistes étaient tellement affairés à se partager le gâteau qu’il en avaient oublié de mener une politique socialiste digne de ce nom. Les grands dossiers politiques portés pendant cette dernière période du pouvoir non-partagé du PS (une présidence accompagnée par une majorité dans les organes législatifs) ont été « bâclés ». Un ministre nommé Macron distribuait déjà des milliards d’euros aux entreprises du CAC40 dans l’espoir que cette manne pourrait se transformer en emplois, la réforme territoriale (censée, les anciens s’en souviendront, permettre des économies de 50 milliards d’euros par une efficacité accrue des administrations – au lieu de cela, on a simplement rajouté une couche au mille-feuille administratif) était un échec cuisant ; et sous ce dernier quinquennat PS, on a assisté, impuissant, à la dégringolade de l’Union Européenne.

Pourtant, ce ne sont pas les dossiers qui manquaient pour que le PS brille ces dernières années. Changement climatique, inégalités sociales, questions sécuritaires, migration, protection de l’environnement – c’est sur ces questions-là qu’on attendait le PS. En vain.

Le plus désolant dans cette évolution, c’est que le PS abandonne la France à un moment où le pays aurait besoin d’une alternative crédible. Ce n’est pas pour rien que les dernières grandes figures du PS quittent un à un ce bateau qui lui, a déjà quitté son port de toujours Rue Solférino – le PS est en chute libre. Et ce n’est pas avec « Envie d’Europe » qu’il pourra actionner son parachute. Car il a oublié d’en amener un sur ce dernier grand vol…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.