Kai Littmann
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Billet de blog 6 nov. 2019

(4) Les 30 ans de la chute du Mur – 30 Jahre Mauerfall

Les photos d’événements historiques montrent toujours de courts instants isolés de l'Histoire. Mais est-ce que ce ne sont pas ces instants qui forment ce qui deviendra plus tard l'Histoire ?

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Trois questions ouvertes... ou plus ? © (c) Michael Magercord / ROPI

(De / von Michael Magercord – KL / MC) – Des questions « ouvertes » posées lors d'une manifestation ? Ou une idée de l'époque qui allait suivre?

Nous ne savons pas quelles questions étaient ouvertes pour ces trois manifestants le 4 novembre 1989, questions représentées par trois points d'interrogation et nous ignorons également à qui ces questions ont bien pu s'adresser. Sur la photo, la deuxième moitié de la banderole n'est pas visible. Prenons donc la liberté d'interpréter ces trois points d'interrogation comme une idée de ce qui allait suivre. Et ce qui allait suivre, c'était une époque où on ne cherchait plus des réponses.

Et cette époque arrivait rapidement. On annonçait « la fin de l'histoire », comprendre : dans l'économie du marché sociale, libérale et démocratique, la mission historique de l'humanité s'est réalisée. Les manifestants dans les pays socialistes n'étaient donc ni plus et ni moins que des agents de cette mission de l'humanité. Les marxistes confirmés devraient connaître cette façon de penser – Hegel, le vieux Berlinois, voyait même un « esprit mondial » à l’œuvre qui devrait conduire l'humanité vers une forme d'organisation sociétale finale.

Mais ces trois points d'interrogation nous rappellent que les choses ont évolué différemment. Et pire : depuis, de nombreuses autres questions ouvertes se sont ajoutées, sans que nous n'ayons trouvé les réponses correspondantes. Nous sentons approcher de grands changements dans notre époque post-industrielle et numérisée. Quelques exemples pour d'autres points d'interrogation ? Les voici : environnement, sur-production, inégalités, surveillance totale. Toutefois, nous pouvons poser ces questions, nous sommes en droit de remettre en question notre époque et nous devrions commencer à notre propre niveau si nous souhaitons apporter ne serait-ce qu'une réponse à ces questions.

Ainsi, ce petit groupe de manifestants du 4 novembre 1989 nous rappelle que les sociétés ne peuvent perdurer qu'à condition de se remettre en question en permanence et qu'elles supportent d'être remises en question. Si cela devrait fonctionner, les trois manifestants avec leur banderole aurait, en ce 4 novembre 1989 sur la Marx-Engels-Platz à Berlin-Est, rempli leur mission historique personnelle.

Bilder von historischen Ereignissen zeigen immer kurze, einzelne Momente der Geschichte. Aber sind es nicht diese Momente, aus denen sich die Geschichte erst zusammenfügen lässt?

„Offene“ Fragen auf einer Demonstration? Oder eine Vorahnung auf die Zeit danach.

Wir wissen nicht mehr, welche Fragen für diese drei Demonstranten am 4. November 1989 die offenen Fragen waren, die ihre Fragezeichen andeuten, und an wen sie gerichtet wären. Auf dem Foto bleibt die zweite Hälfte seiner Banderole dem heutigen Betrachter verdeckt. Nehmen wir uns also die Freiheit und interpretieren die drei Fragezeichen als Vorahnung auf das Kommende. Auf die Zeit nämlich, in der gar keine Antworten mehr gesucht werden würden.

Und diese Zeit kam schnell. Das „Ende der Geschichte“ wurde verkündet, will sagen: in der liberalen, demokratisch verfassten sozialen Marktwirtschaft hat sich die historische Sendung der Menschheit erfüllt. Die Demonstranten in den sozialistischen Ländern waren nicht mehr, aber auch nicht weniger als die Erfüllungsgehilfen dieser Menschheitsmission. Geschulten Marxisten dürfte dieses Denken bekannt vorkommen – Hegel, der alte Berliner, sah sogar einen „Weltgeist“ walten, der uns Menschen schließlich zur finalen Gesellschaftsform führen würde.

Doch die drei Fragezeichen erinnern uns daran, dass es so nicht gekommen ist. Im Gegenteil: Seither sind noch viele offene Fragen hinzugekommen. Antworten haben wir darauf noch nicht gefunden. Wir ahnen nur, dass große Veränderungen in unserem postindustriellen und digitalisierten Zeitalter auf uns zukommen werden. Ein paar Fragezeichen gefällig: Umwelt, Ungleichheit, Überproduktion, Überwachung. Aber immerhin: Wir können Fragen stellen, wir dürfen das Bestehende infrage stellen, und wir müssen - soll auch nur eine dieser Frage beantwortet werden – damit bei uns selbst beginnen.

Und so könnte uns heute diese kleine Gruppe von Demonstranten daran erinnern, dass Gesellschaften nur dann Bestand haben, wenn sie sich unentwegt selbst befragen und hinterfragen lassen. Wenn ihr das gelänge, dann hätten diese drei Fragesteller mit ihrer Banderole an jenem 4. November vor dreißig Jahren auf dem Marx-Engels-Platz in Ostberlin bereits ihre historische Mission erfüllt.

Trois questions ouvertes... © (c) Michael Magercord / ROPI)

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