Bon, ben, faisons la guerre alors...


Que serait l'Europe sans ses lobbys... Que serait l'Europe sans ses lobbys...

Le Président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, propose la mise en place d'une armée européenne. A-t-il eu cette idée tout seul ?

(KL) - «Sur le plan de la politique étrangère, il semble à ce qu'on ne nous prenne pas au sérieux», s'est lamenté le président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker et – il a bien évalué la situation. Avec sa «ministre des affaires européennes», l'invisible Italienne Federica Mogherini, l'Union Européenne est devenue la risée politique du monde entier. L'Union, considérée comme une machine technocratique s'occupant exclusivement des intérêts des marchés financiers, poussant une large partie de sa population dans une pauvreté «faite maison», a perdu son standing comme «défenseur des Droits de l'Homme». A vrai dire, le monde se fiche pas mal de ce que l'Europe puisse penser ou souhaiter. Pour changer cela, Juncker propose la mise en place d'une armée européenne. Une mesure qui, une fois de plus, ne fait que traduire l'impuissance absolue de l'Union Européenne face aux dossiers brûlants de notre époque. En l'absence d'idées et d'orientations, l'UE cède ainsi à un vieux reflèxe - «si nous ne savons pas quoi faire, préparons donc la guerre».

L'humanité n'a pas progressé d'un jota depuis les grandes guerres du siècle dernier. Hormis les promesses mutuelles, qui se matérialisent tous les ans par des manifestations de commémorations que visiblement, les responsables politiques honorent de leur présence sans pour autant comprendre pourquoi on commémore ces dates, nos élus retombent dans un comportement conditionné qui n'est autre que l'expression d'une désolation politique. Comme après les attentats de Paris où la seule réaction dont les états étaient capables, était l'augmentation des effectifs et des budgets censés nous miroiter une augmentation de la sécurité dans nos pays.

Est-ce que Jean-Claude Juncker pense réellement que les problèmes dans le monde puissent être réglés par une guerre? Une guerre qui opposerait qui alors ? Dans le passé, la propagande dans les différents pays avait une mission facile – partager le monde en «bons» et «mauvais», les «bons» étant nous, les «mauvais» étant les autres. Mais cette vision du monde en noir et blanc est autant dépassée que l'idée d'un affrontement sur le champs de bataille – la guerre millésime 2015 a pris un autre format, elle est devenue surtout économique et technologiqu et ne se déroule plus dans un «format classique», sauf dans des endroits où l'économie n'est pas assez forte pour faire valoir ses prétendus droits. Là, on pointe des armes sur les autres et on tue et on se fait tuer.

Concernant Jean-Claude Juncker, on peut avoir des doutes. Est-ce que celui qui était, avec son gouvernement, à la base du plus grand scandale fiscal jamais connu en Europe, exonérant dans les faits les plus grandes multinationales de payer des impôts sur leurs bénéfices faramineux dans les pays européens, occasionnant ainsi des non-recettes fiscales à hauteur de milliards d'euros aux pays qui souffrent aujourd'hui de la crise, est-ce que cet homme est assez crédible pour qu'on n'arrive pas à la conclusion qu'une nouvelle fois, il n'agisse que pour le compte des lobbys puissantes de l'industrie de l'armement ? Entendons-nous le discours d'une marionette commandée par les intérêts financiers, les mêmes qui ont déjà profité des deux dernières grandes guerres en Europe ?

«Une armée européenne pourrait réagir de manière crédible aux menaces de la paix dans un pays-membre de l'Union ou dans un pays voisin», a déclaré Juncker dans une interview accordée à «Die Welt», élargissant ainsi le périmètre d'intervention d'une telle armée au-delà de ce que fait l'OTAN. Tout en relativisant étrangement ses propos : «Ce n'est pas pour avoir une armée qui interviendrait immédiatement, mais une telle armée donnerait l'impression à la Russie que nous sommes sérieux lorsqu'il s'agit de défendre les valeurs de l'Union Européenne». Quelles valeurs ? Les défendre contre la Russie ? Sur les champs de bataille en Europe Centrale ?

A Juncker de s'exprimer aussi sur le fond de sa pensée - «une telle armée européenne pourrait réaliser de grandes économies en achetant son matériel ensemble», a-t-il dit. Ah oui, on y vient. On équipe une telle nouvelle armée, ce qui pourrait générer des carnets de commande débordants pour l'industrie d'armement européenne. Car il faudra tout acheter en neuf. Chic – on joue avec le feu et on crée de nouveaux marchés pour les armes que nous vendons normalement dans les zones de conflit du monde entier.

Euh, on a fait quoi, au juste, lors des élections européennes au mois de mai l'année dernière ?

Crédit photo : Kiwiev / Wikimedia Commons / CC0

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