Une cigogne raciste…

L’eurodéputée d’extrême-droite Beatrix von Storch a trébuché sur ses posts racistes et une nouvelle loi qui venait d’entrer en vigueur quelques heures après son dernier post odieux.

Elle ne cherche pas à plaire - et réussit à merveille : Beatrix von Storch © Superbass / CC-BY-SA 4.0int via Wikimedia Commons Elle ne cherche pas à plaire - et réussit à merveille : Beatrix von Storch © Superbass / CC-BY-SA 4.0int via Wikimedia Commons

 (KL/AK) – L’eurodéputée AfD Beatrix von Storch (nom qui signifie « cigogne » en langue de Goethe) n’a jamais cherché à plaire dans son travail politique, et elle a parfaitement réussi. L’année dernière, cette ultranationaliste avait proposé que les gardes-frontière allemands tirent sur des réfugiés qui tenteraient de franchir clandestinement la frontière allemande, « y compris femmes et enfants ». Juste avant le Nouvel An, elle avait posté un commentaire haineux sur le fait que la Police à Cologne ait publié des recommandations de comportement pour la nuit de la Saint-Sylvestre avec une traduction en langue arabe. Sa réaction raciste lui a valu plusieurs centaines de plaintes pour « incitation à la haine » (dont une déposée par la Police de Cologne), la suppression de ses posts sur Twitter et Facebook et le blocage de son compte Twitter pendant douze heures. Car la nouvelle loi « Netzwerkdurchsetzungsgesetz » (qui fera un tabac au Scrabble…) prévoit de genre de mesures à l’encontre de personnes qui sont à l’origine de publications haineuses et racistes et ce, depuis le 1er Janvier 2018.

« Mais diable, que se passe-t-il dans ce pays ? Pourquoi la police publie-t-elle ses messages officiels en arabe ? », s’est indignée Beatrix von Storch, qui s’explique ainsi : « Est-ce qu’elle [la police] cherche à amadouer ainsi les hordes d’hommes barbares, musulmans et violeurs ? ». En faisant référence à la nuit de la Saint Sylvestre à Cologne il y a deux ans, marquée par des violences sexuelles de masse commises par des groupes d’individus majoritairement issues de l’immigration, Beatrix von Storch a une nouvelle fois dépassé toutes les bornes.

Ces « hordes barbares » menacent pourtant moins la société allemande que le danger représenté par 94 députés AfD (moins les dissidents) au Parlement. L’AfD tente de profiter de l’application de cette nouvelle loi pour se positionner en victime. Ainsi, le coprésident du parti Alexander Gauland (celui qui, le soir des élections, avait annoncé une « chasse sur Angela Merkel ») a qualifié la suppression de ces messages honteux ainsi que le blocage temporaire des comptes de von Storch de « méthodes de la Stasi » sans aucun mot d’excuse pour ce nouveau dérapage de l’extrémiste.

Dans les zones où l’extrême-droite est particulièrement forte, le discours de haine de l’AfD constitue une sorte de « justification » aux d’actes criminels visant des personnes issues de la migration. Lorsqu’on connaît la proximité entre l’AfD et le mouvement de rue « Pegida », véritable vivier de groupuscules d’extrême-droite et néofascistes, la présence de l’AfD au Bundestag est plus qu’une nuisance. Le néonationalisme, l’autoritarisme et la haine institutionnalisée ont fait leur entrée dans le corps législatif allemand. Là, on ne rigole plus.

Heureusement, les autorités ont réagi en appliquant la nouvelle loi (décriée par l’AfD comme « liberticide ») et en sanctionnant l’eurodéputée. Elles ont montré que le discours de haine ne sera plus toléré, même en venant de la part d’une haute responsable politique. Le parquet de Cologne s’est également saisi de l’affaire et demandera certainement la levée de l’immunité parlementaire de Beatrix von Storch pour ouvrir une procédure.

Il convient de rester très vigilant. La bête n’est pas morte, elle vient de se réveiller…

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