Un procès qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses

La dernière survivante du trio de terroristes néo-nazis du « NSU », Beate Zschäpe, vient d’être condamnée à la perpétuité. Pourtant, ni le procès, ni le verdict ne semblent avoir apporté la lumière sur ce qui s’est réellement passé.

Cette stèle commémore les victimes du "NSU" à Dortmund. © Sebastian "sebrem" B... / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0 Cette stèle commémore les victimes du "NSU" à Dortmund. © Sebastian "sebrem" B... / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 3.0
(KL) – Entre 2000 et 2007, un trio de terroristes néo-nazis avait commis une série de 10 meurtres en Allemagne,, visant des ressortissants d’origine étrangère et, fait étrange, une jeune policière dans le Bade-Wurtemberg faisant partie du Ku-Klux-Klan (!) et dont les relations avec ce trio de terroristes n’a pas non plus été élucidée pendant ce procès. Si le Tribunal de Grande Instance de Munich a confirmé que le « NSU » était bel et bien une « organisation terroriste », si le tribunal a condamné Beate Zschäpe à la perpétuité (en établissant une « culpabilité particulièrement lourde » qui rend une libération au bout de 15 ans de détention impossible), le procès n’a pas apporté les réponses que le public et surtout les familles des victimes attendaient.

La ligne de défense de Beate Zschäpe, qui consistait à minimiser son rôle au sein du trio composé d’elle-même, d’Uwe Mundlos et d’Uwe Böhnhardt (les deux derniers s’étant suicidés juste avant une interpellation imminente), à une sorte de « fée du logis » qui ne s’était occupée que de la lessive et de la cuisine, n’a pas prise. Celle qui a vécu avec les deux autres terroristes pendant dix ans dans la clandestinité, était, selon la cour, entièrement co-responsable de cette série de meurtres racistes. La lourdeur de la peine est donc adaptée à ce que le parquet lui avait reproché.

Mais toutes les autres questions n’ont pas trouvé de réponse. En première ligne se trouvent deux questions principales : quelle est l’importance réelle de ce groupe de terroristes « NSU » (Nationalsozialistischer Untergrund – clandestinité national-socialiste) ? Le procès a montré que de nombreuses personnes ont apporté un soutien logistique, financier et moral à ce trio meurtrier pour qu’il puisse survivre pendant 10 ans dans la clandestinité. Que reste-t-il du « NSU » ? Combien de personnes sont encore et toujours organisées dans et autour de ce groupe terroriste ? Est-ce que le suicide de Mundlos et Böhnhardt et la condamnation de Zschäpe constituent réellement la fin du « NSU » ? Et la deuxième question, celle qui fait carrément froid dans le dos – quid de l’implication des services de l’Etat et des services secrets dans cette série de meurtres terroristes ?

Des services de l’Etat impliqués dans des attaques terroristes néo-nazis ? Il a été établi que de nombreux contacts existaient entre l’environnement du « NSU » et les services secrets. Plusieurs supporteurs du « NSU » étaient des indicateurs des services de l’Etat qui se montrait généreux en les rémunérant. Lors du meurtre commis à Kassel, lorsque le patron d’un café internet fut assassiné de plusieurs balles dans son café, un haut fonctionnaire des services secrets en charge du dossier « NSU » se trouvait sur le lieu de l’assassinat. Ayant laissé des traces en surfant sur l’un des ordinateurs qui s’y trouvait, l’homme a pu être identifié. Contrairement à tous les autres témoins choqués par le bruit des tirs, l’homme allait déposer qu’il n’avait rien entendu et qu’il s’était trouvé là par hasard. Sur la profondeur du soutien et des échanges d’informations entre les services de l’Etat et ce groupe terroriste, le procès n’a pas apporté une seule réponse.

Et quid du meurtre de la jeune policière à Heilbronn ? La jeune femme et son collègue (grièvement blessé lors de l’attentat), faisait partie, aussi incroyable que cela puisse paraître, du Ku-Klux-Klan (filiale Bade-Wurtemberg). Tout porte à croire que des contacts existaient entre les deux groupes racistes extrémistes – mais les raisons de ce meurtre-là n’ont pas non plus été éclairées lors de ce procès.

La simple idée que des services d’Etat aient pu jouer un rôle quelconque dans une série d’attaques terroristes de nature raciste, et ce pendant 7 ans, est inquiétante. Le fait que la justice allemande n’ait pas réussi ou voulu apporter de la lumière sur la totalité de cette série d’attaques terroristes, l’est tout autant. Les avocats de Beate Zschäpe, qui ont déjà fait savoir qu’ils allaient soumettre un recours contre ce verdict, relanceront peut-être la reprise de ce procès. Espérons que lors d’un appel, les zones d'ombre de cette série de meurtres racistes seront enfin éclairées.

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