L’homme qui tenta d’assassiner Adolf Hitler

A l’occasion des 70 ans de sa mort au camp de concentration à Dachau, l’Allemagne se souvient d’un de ses peu nombreux héros des années 1939 - 1945.

Georg Elser a failli sauver le monde. Georg Elser a failli sauver le monde.
A l’occasion des 70 ans de sa mort au camp de concentration à Dachau, l’Allemagne se souvient d’un de ses peu nombreux héros des années 1939 - 1945.

(KL) – Le 8 novembre 1939, l’histoire du siècle dernier aurait pu prendre une autre tournure. Un certain Johann Georg Elser avait fait exploser une bombe artisanale au «Bürgerbräu-Keller» à Munich, mais le hasard a voulu que Hitler et son état-major venaient juste de quitter ce lieu où Hitler avait l’habitude de tenir de longs discours. Si cette bombe avait explosé 13 minutes plus tôt, Adolf Hitler aurait sans doute péri dans l’explosion de la bombe. 13 minutes qui devaient conduire le monde à la plus grande catastrophe jamais vécue.

Elser, né en 1903 dans le village souabe de Hermaringen, n’avait pourtant rien d’un héro. Après un apprentissage comme tourneur (où il avait acquis des connaissances techniques qui devaient lui servir plus tard), il devenait menuisier. En exerçant plus tard le métier d’horloger, il devenait expert en mécanique fine – lui permettant en 1939 de construire une bombe très sophistiquée. «Membre de l’Union des combattants du Front Rouge», Elser arrivait rapidement à une conclusion évidente en voyant l’essor des Nazis pendant les années 30 : «Hitler n’est pas bon pour l’Allemagne». Ainsi, il a pris ses affaires et partait à Munich avec comme unique but d’assassiner Adolf Hitler pour tenter d’empêcher la guerre qui se préparait déjà.

Les préparations de l’attentat du 8 novembre 1939 étaient extrêmement osées – dans une colonne en pierre, Elser creusait une cavité la nuit, en se cachant avant la fermeture du lieu dans une armoire à balais, travaillant la nuit. Il savait que tous les 8 novembres, Hitler y célébrait le putsch de 1923, date de naissance du mouvement nazi. Habitué aux travaux fins, il réussissait à dissimuler cette cavité dans une colonne située juste à côté du pupitre où Hitler allait tenir son discours.

Le soir du 8 novembre 1939, ils étaient tous là, les Goebbels, Himmler, Hess, Bormann et les autres, à l’exception d’Hermann Göring. Hitler commençait son discours à 20 heures, un discours initialement prévu d’une durée de 90 minutes. Mais ce soir là, il y avait un changement de programme, car Hitler avait décidé à court terme de rentrer le soir à Berlin et il quittait donc les lieux 40 minutes plus tôt que prévu. Avec tout son staff. A 21h:20, la bombe explosait, tuant 8 personnes et blessant 63 personnes. Mais celui qui était visé, se trouvait déjà dans le train pour Berlin.

Le soir même, Elser fut arrêté à la frontière suisse lorsqu’il tentait de quitter l’Allemagne. Après d’interminables interrogatoires par la Gestapo qui était persuadé qu’Elser n’avait pas agi seul, Elser finissait par avouer. Selon les protocoles de ces interrogatoires, il aurait répondu à ses tortionnaires : «Vous avez raison, je n’ai pas agi seul. Winston Churchill m’a appelé pour me demander un coup de main…»

«Prisonnier spécial» de Hitler, il était interné à Oranienburg aux côtés de détenus comme Edouard Herriot et Paul Reynaud, avant d’être transféré à Dachau. Il paraît qu’il a été traité avec soins, car les Nazis avaient l’intention d’organiser un grand procès public après la fin de la guerre pour pouvoir incriminer l’Angleterre. Peu avant la libération des camps de concentration, Elser fut abattu.

Quel courage, quelle détermination ! Si Elser avait réussi à éliminer toute la nomenclature nazie en 1939, l’histoire aurait certainement pris une autre tournure. Si seulement cette bombe puissante avait explosé 13 minutes plus tôt…

Crédit photo : Rutherford / Wikimedia Commons / PD 

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