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Billet de blog 13 juil. 2015

Le putsch

Wolfgang Schäuble, le grand diviseur de l’Europe, ne se contente pas de la capitulation grecque - il veut voir la Syriza à genoux. Une honte pour nous autres allemands, une honte pour les partenaires européens qui n’ont pas le courage de stopper la «guerre économique» déclenchée par l’Allemagne.

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Des chars allemands à Thessaloniki... on s'en souvient. © 

Wolfgang Schäuble, le grand diviseur de l’Europe, ne se contente pas de la capitulation grecque - il veut voir la Syriza à genoux. Une honte pour nous autres allemands, une honte pour les partenaires européens qui n’ont pas le courage de stopper la «guerre économique» déclenchée par l’Allemagne.

(KL) - Pour une fois, ce n’est pas moi qui parle d’une agression allemande en Grèce. Le Prix Nobel Paul Klugmann a estimé dans le New York Times que l’Allemagne est en train de non seulement diviser l’Europe, en anéantissant 55 ans de rapprochement entre les états européens, mais que le «duo de choc» Merkel / Schäuble cherche à humilier et renverser le gouvernement Syriza. Histoire de statuer un exemple pour tous les pays européens qui auraient l’idée de voter pour un gouvernement hostile à la logique des «marchés».

En Allemagne, la majorité des gens a été endormi par une propagande ayant duré plusieurs mois. On y parle des «grecs fainéants», les gens pensent sérieusement que les grecs aient dépensé l’argent des derniers programmes pour faire la fête (en ignorant que cet argent est rentré immédiatement dans les caisses des organismes financiers ayant spéculé sur la crise grecque), personne en Allemagne ne parle de la réduction de la dette allemande de 110 milliards d’euros en 1953, personne ne parle du «crédit forcé» de 476 millions de Reichsmark (ce qui correspond, selon les experts, à une somme située entre 7 et 11 milliards d’euros aujourd’hui) et encore moins de son remboursement - la propagande allemande aura eu son effet. Solidarité avec le peuple grec ? Pas sur l’ordre du jour.

Non, cette politique de l’Union, du FMI et de la BCE n’est pas européenne, elle est allemande. Il suffit de regarder la dernière trouvaille de Wolfgang Schäuble qui se trouve en croisade contre ce gouvernement de gauche qui pour lui, constitue un réel danger pour la pérennité de l’occident. Le fonds fiduciaire imposé à la Grèce servant à obliger le pays de privatiser, donc de brader son argenterie, ressemble étrangement à la «Treuhand» qui avait permis à des grandes fortunes de piller l’ex-RDA. Et ce qui avait si bien fonctionné pour exsanguer la RDA, pourquoi ça ne fonctionnerait pas pour la Grèce.

En renvoyant Alexis Tsipras, pistolet sur la temps, à Athènes avec la mission de transformer les mesures (injustement appelées «réformes») et en imposant le retour de la «Troïka» aux compétences élargies allant jusqu’à l’ingérence dans la législation grecque, Wolfgang Schäuble célèbre la mise à mort du gouvernement Syriza et en écoutant ses déclarations du week-end, on constate que l’homme prend un plaisir malin à porter un coup fatal à ce gouvernement de gauche ayant osé la démocratie.

Les autres pays européens se comportent comme Chamberlain en 1938 - en espérant qu’en fermant les yeux, la tempête passera. Mais elle ne passera pas. Probablement, l’Europe n’a pas bien écouté Wolfgang Schäuble qui a annoncé sa volonté d’imposer de nouvelles règles en zone euro permettant d’éliminer tous les pays qui ne se conforment pas à la lettre aux critères de stabilité. Ceux qui n’empêchent pas l’Allemagne de diviser l’Europe, risquent d’être les suivants sur la «liste rouge» de ce bourreau de la cohésion européenne. Il ne suffit pas de serrer le poing dans la poche, la «germanisation» de l’Europe n’est plus une vision d’horreur lointaine, elle a commencé.

Ceux qui pourraient changer quelque chose, les électeurs et électrices allemands, sont bercés dans une prétendue béatitude - la politique et les médias de masse suggérant aux allemands que la solidarité européenne puisse mettre en péril leur petit confort.

La grande erreur du duo Schäuble / Merkel, c’est qu’ils ignorent que leur comportement aura un effet de résilience. La violence dont-ils font preuve vis-à-vis de la Grèce et des autres pays du sud de l’Europe, donnera naissance à des mouvements extrémistes de plus en plus marqués, de plus en plus militants. La prise du pouvoir des organismes financiers et européens en Grèce, un «putsch» sans précédent, ne restera pas sans réponse. L’Histoire nous enseigne que des gens qui n’ont plus rien à perdre, se radicalisent. Non pas pour l’Europe, mais contre l’Europe et ceux qui les ont humiliés.

L’Europe institutionnelle qui s’auto-félicite aujourd’hui de son «succès» dans les «négociations», risque d’être surprise dès demain. En renversant le gouvernement Syriza, en intronisant à nouveau Samaras, l’un des responsables principaux de la crise dans son pays, l’Europe perd le contrôle et crée des ennemis de l’Europe. L’étape suivante sera quoi ? L’envoi de troupes en Grèce, au Portugal, en Espagne ?

Il est temps de mettre un terme à cette Europe des vieillards méchants qui prennent plaisir à humilier les plus démunis qui eux, font les frais d’un système corrompu. Un système qui va jusqu’à organiser un «putsch» dans un pays européen, contre un gouvernement démocratiquement élu. Personne ne devra s’étonner lorsque la résistance contre ce système sophistiqué deviendra militant, radical et aussi violent que l’humiliation infligée à la Grèce. Si nous n’utilisons pas notre dernière cartouche, à savoir nos bulletins de vote, les prochaines cartouches risquent d’être des vraies. Et comme toujours, personne n’aura rien vu arriver. A vomir.

Crédit photo : Bundesarchiv Bild 101I-175-1267-09 / Teschendorf / Wikimedia Commons / CCBYSA30de

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