A votre santé, chers réfugiés !

Pour l'Oktoberfest, la CSU a fermé les frontières. Pour l'Oktoberfest, la CSU a fermé les frontières.
Le fait que la plus grande beuverie du monde, l’Oktoberfest, commence samedi à Munich, n’est pas étranger à la décision allemande de fermer ses frontières.

(KL) - Ah, la fête de la bière à Munich, l’Octobre ! Rendez-vous incontournable pour les uns, horreur absolue pour les autres, l’Oktoberfest draine tous les ans plus de 6 millions de visiteurs (6,3 millions en 2014) venus du monde entier. Il s’agit donc d’un rendez-vous important pour la ville de Munich, d’un temps fort du tourisme bavarois, un peu comme le Marché de Noël à Strasbourg (qui, avec un peu plus de 2 millions de visiteurs, joue également un rôle économique important dans la capitale européenne). Le litre de bière y coûte cette année entre 10 et 10,40 € et même avant le démarrage des festivités, il y en a qui ont déjà trinqué - les réfugiés.

Car le ministre-président de la Bavière, Horst Seehofer, est celui qui a mis une pression extraordinaire sur la chancelière allemande pour que celle-ci donne son feu vert à la suspension du Traité de Schengen. Horst Seehofer est le chef de la «petite sœur» de la CDU d’Angela Merkel, de la CSU. Si on se réfère souvent à la CDU/CSU, c’est que depuis des décennies, ces deux partis font cause commune, mais il ne faut pas se tromper - la petite CSU (Christlich-Soziale Union) qui n’existe qu’en Bavière et qui ne participe pas aux élections dans les autres Länder (et en revanche, la CDU ne participe pas aux élections en Bavière), a plus d’influence à Berlin qu’on ne le pense. Encore plus conservatrice que la CDU, la CSU vit sa propre vie, malgré la proximité avec la CDU (Christlich-Demokratische Union) et défend bec et ongles, les intérêts de «l‘Etat libre de la Bavière» (Freistaat Bayern).

Seulement voilà, entre l’humanisme affiché par Angela Merkel («On va y arriver» ou «l‘Allemagne aide !» ou «face à la tragédie humaine, on ne va pas fixer des limites d‘accueil…») et les intérêts touristiques de la Bavière, il y avait un conflit d’intérêt. Lorsque 6 millions de visiteurs viennent dans la ville pour y dépenser une fortune (450 millions d‘euros, sans compter les nuitées dans les hôtels de la ville qui pratiquent pendant cette fête des tarifs presque prohibitifs, tout en affichant complet), la présence de dizaines de milliers de réfugiés fait désordre. On se souvient tous des images des derniers jours de la gare centrale de Munich, où effectivement, des dizaines de milliers de réfugiés arrivaient. Mais à partir de samedi et jusqu‘au 4 octobre, cette gare est réservée aux saoulards, aux japonais et américains qui arborent fièrement le costume traditionnel bavarois et qui viennent donc pour laisser beaucoup d‘argent dans la capitale bavaroise. Il fallait donc trouver un moyen pour stopper cet afflux de réfugiés.

La réponse était vite trouvée - Horst Seehofer misait sur la carte de la xénophobie, en invitant, entre autres, le ministre-président hongrois Viktor Orbán et en mettant la population en garde contre l’invasion des réfugiés. Pendant plusieurs jours, il fit le forcing à Berlin pour finalement réussir à renverser cette vague de solidarité qui avait enthousiasmé les allemands. Ainsi, dimanche, la Bavière était la première à réinstaurer des contrôles aux frontières avec l’Autriche, pour y intercepter seulement quatre minutes plus tard, les trois premiers réfugiés syriens. Mais, au grand soulagement de Horst Seehofer et des exploitants des grandes tentes de bière sur la «Wies‘n», les réfugiés n’arrivent plus à la gare de Munich. Les buveurs de bière du monde entier peuvent donc venir !

Angela Merkel n’a pas osé d’affronter ouvertement Horst Seehofer sur cette question - elle a besoin de la riche Bavière pour financer les autres Länder déficitaires. Un conflit ouvert entre le gouvernement fédéral et le gouvernement bavarois pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la majorité de la CDU/CSU au Bundestag. Quelle ironie du sort - c’est la bière qui aura stoppé la solidarité allemande envers les réfugiés. Alors là - Prost !

Crédit photo : Claude Truong-Ngoc / Eurojournalist(e)

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