Les Allemands sont très contents du travail de «Mutti»

Un sondage de l’Institut Emnid et de BILD am Sonntag révèle que les Allemands approuvent à une grande majorité l’action du gouvernement en place. Etonnant.

Le taux d'approbation pour "Angie" est hallucinant. Le taux d'approbation pour "Angie" est hallucinant.
Un sondage de l’Institut Emnid et de BILD am Sonntag révèle que les Allemands approuvent à une grande majorité l’action du gouvernement en place. Etonnant.

(KL) - OK, lorsqu’un sondage est publié par BILD am Sonntag, l’édition du dimanche du grand quotidien du boulevard allemand, il convient de le prendre avec des pincettes. Mais puisque ce sondage dont il est question ici, a été effectué par l’Institut Emnid, il faut quand même regarder de plus près. Surtout lorsqu’il s’agit de la perception de la politique allemande par les Allemands. Constat : les Allemands sont satisfaits de la politique de leur gouvernement. Et on ne peut que se demander pourquoi.

Incroyable, malgré le fait que la spécialité de la chancelière Angela Merkel soit le «Wu Wei» (l’art chinois du «rien faire»), 76% des Allemands serait satisfaits de la politique de la chancelière. Encore plus surprenant - 70% des adhérents du SPD partageraient cette satisfaction. Satisfaits de la politique d’Angela Merkel ? Mais quelle politique ?!

Le sondage de l’Institut Emnid établit le hit-parade des membres du gouvernement de la «Grande Coalition» - remporté par le ministre des affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier dont le taux d’approbation se situe à 72%, suivi par le ministre des finances Wolfgang Schäuble (64%) et même le vice-chancelier et chef du SPD Sigmar Gabriel remporte encore 54% d’approbation. Le grand perdant est le ministre des transports, Alexander Dobrindt, dont les plans du droit de péage viennent d’être refoulés par la Commission Européenne, et qui s’approche de la valeur du président français - seulement 21% des Allemands estiment qu’il travaille bien.

Le sondage, et c’est cela qui peut surprendre, a été représentatif. Ce qui voudrait dire que les Allemands se soient complètement endormis et qu’ils aient effectué une sorte d’émigration mentale des affaires politiques. Car dans le fond, on ne peut pas être satisfait d’une politique qui ruine une bonne partie de l’Europe, qui conduit l’Allemagne même dans un gouffre économique, qui a crée un nouveau précariat et qui trahit en permanence les valeurs humanistes dont nous sommes si fiers en Europe et en Allemagne.

Ce sondage ne confirme pas l’action du gouvernement allemand, mais prouve que les Allemands, comme beaucoup de peuples européens, aient fait leurs adieux à ce monde politique qui est généralement perçu comme incompétent et corrompu. Il suffit de regarder les grands projets comme l'aéroport de Berlin (qui n'ouvrira peut être jamais), la gare souterraine de Stuttgart (qui risque de coûter trois fois plus cher que prévu) ou l'attitude allemande vis-à-vis des Etats-Unis. Donc, on ne regarde plus très attentivement ce qui se passe et par conséquent, on ne se révolte plus, avec un «de toute manière, ils font ce qu’ils veulent» résigné.

Peut-on être satisfait d’une politique qui laisse une grande partie de la société en rade ? Peut-on être content d’une politique qui fait que 6 millions d’enfants vivent en dessous du seuil de la pauvreté en Allemagne ? Peut-on être satisfait d’une politique qui viole souvent les valeurs humanistes ?

Le sondage Emnid / BILD ne traduit donc pas une satisfaction politique, mais l’exode des citoyens du monde politique auxquels on ne peut plus faire confiance. Ainsi, seulement 20% des sondés connaissaient les ministres Christian Schmidt (Agriculture), Gerd Müller (Développement) et Johanna Wanka (Education). Pas vraiment un signe pour un travail qui aurait marqué les esprits allemands.

Et en même temps, les Allemands doivent être gênés d’avoir voté pour la troisième fois pour Angela Merkel - pour se déclarer mécontent, il faudrait avouer avoir commis une erreur en votant pour la CDUSPDCSU. Et qui avoue volontiers ses erreurs ?

Crédit photo : Eurojournalist(e) - CC-BY-SA 4.0

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