Les réalités du terrain…

Il y a un clivage entre le discours politique et les réalités du terrain. Témoignage d'une commerçante strasbourgeoise exaspérée par une lente mise à mort.

Aïsha Said devant son café à Strasbourg. © Eurojournalist.eu Aïsha Said devant son café à Strasbourg. © Eurojournalist.eu
 (KL) – « Nous ne laisserons personne en rade », disait Président Emmanuel Macron au début de la corona-crise en Mars 2020. Ce qu’il voulait dire, c’est que le gouvernement allait tenter de sauver un maximum d’emplois en injectant, à l’instar d’autres pays, de l’argent dans les entreprises pour sauver les emplois et aussi les entreprises, surtout dans le monde des petites et moyennes entreprises (PME), celles qui représentent toujours environ 80% de l’emploi en France. Mais ça, c’était la théorie. Pour Aïsha Sadi, exploitante du « Columbus Café » au centre commercial « Rivétoile » à Strasbourg, la situation se présente de manière très différente.

Aïsha Sadi ne peut plus entendre parler des aides et de la bienveillance et de la solidarité. Ce qu’elle est en train de vivre avec son « Columbus Café » au centre commercial « Rivétoile » à Strasbourg, est un mélange de fausses promesses, d’aides qui ne se matérialisent pas et d’un comportement de la part de son propriétaire, le groupe néerlandais « Wereldhave », qui est tout sauf solidaire. Avec ses avocats, Aïsha Sadi a essayé d’ouvrir un dialogue avec son propriétaire, pour obtenir la même chose que les boutiques ayant la chance d’avoir un bailleur public. Car ces entreprises-là bénéficient actuellement d’un moratoire pour leurs loyers, au moins pour les mois de novembre et décembre. La réaction de son propriétaire était claire – njet. Point à la ligne.

En attendant, les dysfonctionnements au centre commercial « Rivétoile » n’ont pas cessé, comme l’explique Aïsha Said, le propriétaire souhaitant toujours vendre ce centre. Le fait qu’Aïsha Said ait commandité une expertise judiciaire qui confirmait ces dysfonctionnements, a suscité la colère de son propriétaire qui lui, n’entend donc pas faire le moindre geste pour sauver sa locataire. Le comportement de ce groupe néerlandais avait déjà choqué l’ancienne ministre et maire de Strasbourg Catherine Trautmann qui avait rencontré une délégation des commerçants et locataires du « Rivétoile », mais les conditions ne s’amélioreront pas. En vue de ces dysfonctionnements (température, sécurité, etc.) confirmés par cette expertise judiciaire, il est évident que les choses se compliqueront même davantage pour les commerçants concernés.

Pourtant, les chiffres sont ce qu’ils sont. Si avant la pandémie, le café d’Aïcha Said se portait très bien, la situation a changé depuis. Les frais mensuels du « Columbus Café » s’élèvent à environ 16.400 € par mois (auxquels il faut ajouter les frais pour l’URSSAF) et depuis le début de la crise, avec des mois de fermeture administrative, le chiffre d’affaires est d’environ 7.800 € par mois. Avant la crise, le chiffre d’affaires était d’environ 25.000 € par mois et l’affaire tournait bien. Pourtant, déjà avant la crise, Aïsha Said avait relevé ces dysfonctionnements dans ce centre commercial qui ont donc été confirmés par une expertise judiciaire et que le groupe « Wereldhave » avait réfutés.

Aujourd’hui, les dettes s’accumulent tous les mois et Aïsha Said se rend compte qu’elle est toute seule, sans aucune aide. « Si », dit-elle, « mes six salariés sont au chômage partiel, le frais continuent à s’accumuler, j’ai obtenu les 1500 € et un crédit de 40000 €, mais comment voulez-vous que je puisse dégager un bénéfice dans la situation actuelle, pour pouvoir rembourser ce crédit ? ».

Le cas d’Aïsha Said n’est pas une exception, mais il deviendra malheureusement la règle. Pour les personnes concernées, il s’agit d’une lente descente aux enfers, sans aucune possibilité d’être secourues. Les milliards, c’est pour les groupes du CAC40 qui profitent de l’occasion pour opérer des restructurations de leurs groupes – là, on ne compte pas. Mais le tissu PME-PMI, celui qui assure la plus grande partie de l’emploi et de la formation de jeunes, reste en rade. Il serait temps que les administrations se rendent compte des réalités du terrain. Les petites et moyennes entreprises se meurent et ne reviendront pas. S’il faut aider quelqu’un, ce sont ces petites structures, mais ça, ça relève plutôt du vœu pieu…

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