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Billet de blog 18 déc. 2020

Big Brother parle désormais la langue de Molière

Les syndicats des avocats et des magistrats mettent en garde contre le zèle du gouvernement français en ce qui concerne la collecte de données. Désormais, le pays contrôlera les convictions des citoyens.

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No comment... © Nicole Bratt from Seattle, WA, USA / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 2.0

(KL) – Big Brother parle désormais le Français. Après que le gouvernement ait aboli dans les faits, pendant la première vague de la Covid-crise et sans que le grand public n’y prête attention, la protection des données personnelles, cette situation a été affinée le 2 décembre, par le biais de trois nouveaux décrets. Ce qui pose problème, c’est que ces nouvelles mesures n’ont rien à voir avec la crise de la Covid-19, mais qu’elles ne servent qu’à obtenir un contrôle numérique absolu sur tous les domaines de la vie des Français et des Françaises. Les syndicats des avocats et des magistrats protestent contre ces décrets, mais cela ne servira pas à grande chose. Et non, nous n’inventons pas – vous pourrez lire ces nouveaux décrets dans leur intégralité en cliquant ICI.

Dans les jeux de données pouvant être établis, grâce aux décrets 2020-1510, 2020-1512 et 2020-1521 pour chaque citoyen et chaque citoyenne et qui peuvent être échangés entre les administrations (il suffit de déclarer dans une requête correspondante qu’il y a une « raison importante » – et seules les autorités définissent une telle « raison importante »), on enregistre des informations comme : « convictions philosophiques, religieuses ou syndicales », soi-disant pour assurer la « sécurité publique ». Si cette évolution n’était pas aussi inquiétante, on aurait tendance à en sourire. Car même en disposant depuis longtemps des fichiers anti-terroristes EASP, PASP et GIPSAP, les autorités françaises vont, comme leurs homologues allemands, d’échec en échec. Mais au lieu de combattre les terroristes efficacement, on place l’intégralité de la population sous une suspicion générale pour l’espionner.

A un moment où on vit de grandes crises sociales ayant déjà conduit à des affrontements violentes bien avant l’arrivée de la Covid-crise, toute personne qui manifeste, est désormais considérée comme un potentiel fauteur de trouble et – integrée dans ces fichiers. Difficile de croire que ces fichiers servent à la lutte contre le terrorisme, car les nouveaux décrets augmentent sensiblement le groupe de personnes à surveiller – désormais, tout citoyen et toute citoyenne est susceptible de se retrouver dans ces fichiers. Est-ce que cela rendra la traque des terroristes plus facile ? Mais visiblement, l’objectif en est un autre. La France a opté pour une voie qui mène vers un totalitarisme numérique qui pourra engendrer les mêmes résultats pervers qu’en Chine.

Dans les faits, ces nouveaux décrets instaurent une sorte de « police de la pensée » en France. Car la création de fiches individuelles pour chaque citoyen contenant les convictions et engagements politiques, ceci constitue la dernière étape avant une oppression systématique de toute opposition politique. Si les syndicats des avocats et des magistrats entendent soumettre un recours auprès du Conseil d’Etat, il n’y a que peu de chances à ce que ces décrets soient invalidés.

Depuis 2002, on dit aux Français à chaque élection, qu’il faut voter pour le candidat opposé au candidat du clan Le Pen, histoire d’empêcher une glissade de la France vers l’extrême-droite. Mais en 2017, les Français sont tombés dans leur propre piège. En espérant qu’Emmanuel Macron soit moins grave que Marine Le Pen, les Français ont porté un mouvement politique au pouvoir qui n’est pas le contraire du Rassemblement National, mais qui a instauré pendant la Covid-crise et de manière presque inaperçue, un nouveau totalitarisme numérique.

De grands changements du droit des manifestations, de fortes attaques sur la liberté de la presse, l’abolition de la protection des données personnelles – de tels décrets, on ne les connaît que de pays à qui nous avons l’habitude de donner des leçons, comme la Hongrie, la Pologne, la Turquie ou la Chine. Ce faisant, la police française utilise des méthodes que la France critique elle-même lorsque d’autres pays les utilisent également. Comme par exemple l’utilisation de balles en caoutchouc dur, très utilisées par la police française, mais dont l’utilisation lors de manifestations à Minsk ou Hong Kong, est fortement dénoncée par Paris.

Depuis 2018, ce gouvernement n’arrive pas à rétablir la paix sociale au pays et pendant la Covid-crise, il a menti à sa population dès le début. Mais comment est-ce qu’un gouvernement peut regagner la confiance perdue à un moment où il est en train d’instaurer un régime qui correspond davantage aux visions cauchemardesques d’un George Orwell qu’à une démocratie moderne ?

En 2022, la France élira son président et les députés qui siègeront à l‘Assemblée Nationale. Ces élections pourraient être la dernière opportunité pour empêcher la France de devenir le premier pays européen sous un régime fonctionnant sous un totalitarisme numérique. Ceux qui pensent qu’il fallait encore une fois voter pour le gouvernement en place, porteront automatiquement la responsabilité pour tout ce qu’il suivra…

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