Allemagne : tout droit au Walhalla

A l'occasion de l'attentat terroriste raciste en Allemagne, à Hanau, nous republions un article paru cette semaine sur Eurojournalist(e), après le démantèlement par la police allemande d'un groupe d'extrême-droite. Ce groupe projetait des massacres du genre de celui de Christchurch, qui avait fait 51 morts l'an dernier.

La bête n'est pas morte... © ZombieHorrorMovie 13 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int La bête n'est pas morte... © ZombieHorrorMovie 13 / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0int
 (Marc Chaudeur) – « J’aimerais bien entrer au Walhalla », a écrit un jour l’un des principaux membres du groupe terroriste nazi démantelé vendredi et samedi derniers. C’est le plus cher désir de Thomas N. Nous espérons donc qu’il trouvera, dans la justice allemande et dans la société civile, des âmes charitables (une notion qui lui est sans aucun doute étrangère) pour l’aider à franchir le seuil du Banquet des guerriers, là-haut.

Un massacre analogue à celui de Christchurch (51 morts) se préparait. Chez Thomas N, cet adorateur de Wotan le borgne, on a trouvé une arbalète, des haches, des étoiles de combat et de nombreux couteaux. L’un de ses petits camarades, lui aussi, est un sectateur de Wotan et de la mythologie germanique – comme on peut d’ailleurs en voir de nombreux sur youtube ou dans certains recoins plus discrets des réseaux sociaux. Lui, il a posé sur internet en guerrier germanique (qualité historique : celui des sauteries moyenâgeuses des ados américains), avec une épée et un bouclier couvert de runes…

Infantile et grotesque, assurément ; et ce qui nous stupéfie, c’est que jamais de tels personnages ne s’interrogent sur l’effet produit dans leur société et à l’extérieur de leur pays – mais pour eux, l’extérieur n’existe que comme chair à pâté ou comme Lebensraum. Voilà ce qui témoigne sans doute le mieux de la gravité de leur pathologie mentale.

Ce qui témoigne de la gravité cette fois de la pathologie sociale de l’Allemagne, c’est que cet homme est un policier, qui travaillait en Rhénanie du Nord-Westphalie… Et par ailleurs, la dangerosité des caillera néo-nazies s’accroît : les spécialistes estiment qu’on doit considérer 53 néo-nazis comme dangereux, contre 22 en 2016.

Le groupe démantelé ce week end, semble-t-il, était surveillé depuis plusieurs mois. Il était mené par un quidam surnommé Teutonico, en réalité Werner S., 53 ans, et par son bras droit, Tony R., originaire d’Uelzen (en Saxe-Anhalt). Leur but le plus proche : s’attaquer à des mosquées, pendant la prière. Et entraîner ainsi, par effet de boule de neige, une guerre civile. 2 hommes étaient chargés de collecter des armes ; le groupe a rassemblé quelque 50 000 euros. Les meneurs voulaient former plusieurs commandos qui auraient attaqué à plusieurs endroits, simultanément ou successivement.

Outre les armes mentionnées, on a retrouvé au domicile de l’un de ces distingués personnages, à Mickhausen (près d’Augsbourg), un pistolet 9 mm. Et le groupe désirait s’équiper de fusils analogues à celui qu’a utilisé l’auteur de l’attentat contre la synagogue de Halle, voici quelques mois : des « slam guns ». Un fusil de ce type a été trouvé chez Steffen B., un membre du groupe.

Le groupe s’est formé en septembre dernier à Altdorf, dans le Bade-Wurtemberg. Werner S. avait essayé de recruter sur un chat des hommes « intelligents, durs, brutaux, rapides » – des Übermenschen, en somme – pour former quelque chose d’équivalent (dans son esprit malade) aux corps francs des années 1918-1925. En décembre 2019, en effet, sur un chat, « Teutonico » parle d’ « Union de volontaires pour une mobilisation des forces » et prévoit pour ses membres une formation militaire.

Vendredi et samedi, 12 hommes ont été arrêtées à Minden (NRW). Ils s’étaient réunis pour discuter de leurs cibles imminentes. Mais on les surveillait et on les écoutait… Il s’agit apparemment de 4 membres au sens strict, et de 8 personnes qui les soutenaient activement. Mais on ne peut pas ne pas supposer qu’à l’heure actuelle, il reste un certain nombre de membres qui se promènent encore librement en Allemagne…

En tout cas, le procureur général, Peter Frank, a annoncé que le combat serait sans concession et sans compromis, et que la police passerait à l’offensive à chaque fois que se dessineraient les contours d’un groupe terroriste. Nous verrons si cela se vérifiera et si la police allemande tiendra parole.

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