Kai Littmann
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Billet de blog 21 août 2019

Vive la liberté de la presse…

… à condition, bien entendu, que la presse participe aux louanges du pouvoir en place. Les journalistes qui expriment des opinions critiques doivent s’attendre à des surprises désagréables…

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Biarritz est chouette - mais pas pour tout le monde... © Eurojournalist(e) / CC-BY-SA 4.0int

(KL) – Lukas S. travaille comme journaliste-pigiste pour la station de radio fribourgeoise « Radio Dreyeckland » (RDL). Cet été, il a un travail à Dijon, et il avait prévu de se rendre cette semaine au sommet G7 à Biarritz pour couvrir cet événement pour le compte de RDL. Mais la police française en avait décidé autrement. Jeudi dernier, et de manière illégale (comme l’a statué lundi le Tribunal Administratif à Paris en référé), il a été arrêté, mis en garde à vue et ensuite expulsé vers l’Allemagne, menotté et conduit avec gyrophares et le grand show. La police française l’a conduit à Kehl où la police kehloise ne savait pas quoi faire de Lukas – qui a donc quitté la station de police immédiatement en homme libre.

L’ordre d’arrestation et d’expulsion émanait du Ministère de l’Intérieur qui, lui, avait visiblement accès à un fichier des autorités allemandes qui liste des milliers de personnes considérées comme « dangers potentiels ». Pour figurer dans ce fichier, un « soupçon » suffisait, avant qu’un tribunal allemand n’ait ordonné l’épuration de ce fichier. On est en droit de se poser la question : comment les autorités françaises ont-elles pu estimer que Lukas S. était un « danger » pour la sécurité du territoire français ?

Lundi soir, suite au jugement du Tribunal Administratif, Lukas S. est donc retourné en France ; mais entre-temps, une nouvelle instruction avait été émise par le Ministère de l’Intérieur à son encontre. Etrangement, avant de se rendre à la frontière, le Ministère avait refusé de divulguer son contenu à Lukas S. et à Radio Dreyeckland Freiburg. Pire : à son arrivée au poste de frontière, les fonctionnaires présents ont également refusé de lui présenter cette nouvelle instruction, sans toutefois empêcher Lukas S. de retourner en France. Visiblement, le Ministère de l’Intérieur ne craint pas seulement des incidents de sécurité, mais également une couverture critique de ce « méga-show » à Biarritz, puisque Lukas S. avait déjà couvert le G20 à Hambourg ainsi qu’une action contre l’enfouissement de déchets nucléaires à Mandres-en-Barrois. Dans le pays qui est si fier d’être le fief des Droits de l’Homme, la liberté d’expression et de la presse semblent passer à la trappe.

Force est de constater que Lukas S. ne fait l’objet d’aucune poursuite en Allemagne, qu’aucun crime ou délit ne peut lui être imputé et que son seul « crime » consiste à couvrir de manière critique des événements comme ces sommets Gx.

Le manque de transparence dans ce cas donne également à réfléchir. Une privation de sa liberté, une arrestation, une garde à vue, une expulsion – et personne au niveau du Ministère n’estime nécessaire de s’excuser pour ces mesures totalement arbitraires et illégales. Le fait qu’il y ait de nouvelles instructions le concernant, sans que ces instructions ne lui soient communiquées, est tout aussi inacceptable.

La force d’une démocratie doit supporter des médias critiques qui font autre chose que chanter les louanges du gouvernement en place. C’est cela, ces fameuses « valeurs européennes » dont tout le monde parle à tort et à travers ? Expulser un journaliste de peur que celui-ci puisse couvrir ce sommet G7 de manière critique, cela ressemble davantage aux méthodes russes tant critiquées (à juste titre !) par le gouvernement français.

Désormais, il convient d’être très attentif. Lorsque les gouvernements commencent à faire taire des médias critiques, on a atteint un stade dangereux. Abolir la liberté de la presse pour augmenter une présumée sécurité, cela constitue un pas de plus vers un « totalitarisme 2.0 ». Franchement, il y a de quoi se faire du souci.

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