Les « listes de la mort » des néo-nazis allemands

Les services secrets allemands ont pu mettre la main sur des « listes de la mort » de plusieurs groupes néo-nazis – un journaliste vient de lancer une procédure juridique pour que les personnes concernées soient au moins informées. Un tribunal a rejeté cette requête.

Ils veulent un « socialisme national » - donc, du « national-socialisme ». Les néonazis allemands deviennent de plus en plus dangereux. © Marek Peters / www.marek-peters.com / Wikimedia Commons / GNU 1.2 Ils veulent un « socialisme national » - donc, du « national-socialisme ». Les néonazis allemands deviennent de plus en plus dangereux. © Marek Peters / www.marek-peters.com / Wikimedia Commons / GNU 1.2
(KL) – Depuis le meurtre politique du préfet de Kassel, Walter Lübcke, froidement abattu pour avoir œuvré en faveur de l’accueil et de l’intégration de réfugiés, on sait que les néo-nazis allemands ont dépassé un seuil. On sait également qu’il existe des « listes de la mort » de différents groupes néo-nazis, mais on vient seulement d’apprendre que ces listes comportent les noms de pas moins de 25000 personnes que les néo-nazis considèrent comme des « ennemis politiques ». Les noms listés comprennent nom, adresse et numéro de téléphone. Le journaliste Jean Peters (qui avait balancé, déguisé en clown, une tarte à la figure de Beatrix von Storch de l’AfD), figure sur ces listes et il vient de lancer une procédure à l’encontre des services de l’Etat, car ceux-ci refusent pour l’instant d’informer les personnes concernées qu’elles figurent sur ces listes.

Après avoir contacté la police, Jean Peters a eu une réponse pour le moins surprenante : « Les données personnelles dont vous faites mention sont connues du LKA 53/BKA ». Mais le fait que les services soient en possession de ces listes ne veut pas dire que les personnes menacées en soient informées. Pire – les services lui ont donné de bons conseils: « A tout moment, vous pouvez composer le 110 [le standard de la police, n.d.l.r.], postez moins d’informations dans les réseaux et soyez attentifs à qui vous donnez votre numéro de téléphone ». Des conseils peu efficaces considérant que ces informations personnelles figurent déjà sur ces « listes de la mort ». A croire que les services ne sont pas trop chauds à poursuivre les agissements des néo-nazis.

Les services de l’Etat sont en possession de ces listes depuis une descente chez des membres du réseau « Nordkreuz », un groupe de néo-nazis connu pour ses tendances violentes. Mais pourquoi ne pas mettre en garde les 25000 personnes considérées comme des « ennemis » des néo-nazis ? Il s’agit de responsables politiques, de responsables associatifs, journalistes, antifascistes. La moindre des choses serait d’informer ces 25000 personnes qu’elles figurent sur de telles listes, histoire d’être un peu plus attentif à ce qu’il se passe autour d’eux.

Mais les services d’Etat refusent de mettre en garde les cibles potentielles des néo-nazis. Pourquoi ? Et pourquoi les milliers de délits et de crimes néo-nazis en Allemagne ne sont-ils pas poursuivis avec toute la rigueur de la loi ? Pour l’instant, les services de l’Etat continuent à faire preuve d’une grande indulgence vis-à-vis de ce nouveau terrorisme néo-nazi qui sévit surtout, mais pas exclusivement, dans les nouveaux Länder de l’est de l’Allemagne. Lundi, un tribunal a décidé que les services de l’état n’étaient pas tenus à informer les 25000 personnes figurant sur cette liste – un scandale.

Toutefois, dans quelques Länder, comme en Hesse, on a commencé à informer les personnes concernées ; mais ceci ne sera donc pas le cas partout. Pourtant, la liste « #wirkriegeneuchalle » (« nous vous aurons tous ») doit être prise au sérieux, car elle provient de la même source que des listes indiquant des dépôts d’armes enfouies à différents endroits.

Qu’on le veuille ou non, les nazis sont de retour, prêt à utiliser n’importe quel moyen pour déstabiliser la République Fédérale ; et le tout dans un contexte marqué par l’AfD qui donne quotidiennement des « justifications » à ces terroristes bruns pour passer à l’acte.

Il est grand temps que les autorités cessent de fermer les yeux devant la menace néo-nazie en Allemagne. Déjà, à l’est du pays, ces groupes sèment la terreur dans la rue, et il faut intervenir maintenant, avant qu’il soit trop tard. De nombreux observateurs craignent déjà les élections régionales de cet automne dans trois Länder de l’est où l’AfD a de réelles chances de l’emporter, ce qui risque d’être considéré comme une « prise de pouvoir » par ces esprits faibles qui, comme le craignent les observateurs, pourraient afficher un comportement totalement décomplexé à partir de ce moment-là.

Contrairement à d’autres pays où l’extrémisme de droite est plutôt l’expression d’une bêtise individuelle, les néo-nazis allemands sont beaucoup plus organisés dans des groupes violents et même terroristes. Les autorités doivent maintenant intervenir de manière musclée, avant que la terreur brune regagne des villes comme dans les années 30 du siècle dernier. Il y a péril en la demeure.

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