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Billet de blog 25 nov. 2021

« Notre intégration européenne est très active ! »

Lors des festivités des 25 ans de l’adhésion de la Croatie au Conseil d’Europe, le ministre des affaires étrangères Gordan Grlić Radman était à Strasbourg. Interview exclusive avec Eurojournalist(e).

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Gordan Grlić Radman, Ministre des affaires étrangères et européennes croate. © Elise Arfeuille / Eurojournalist(e) / CC-BY-SA 4.0int

(KL) – Gordan Grlić Radman est un Européen convaincu, ce que l’on constate déjà en regardant son CV. Pendant de longues années, il a travaillé dans différentes fonctions en Suisse, avant d’être nommé ambassadeur de la République Croate à Budapest et Berlin. Lorsque sa prédécesseure Marija Pejčinović Burić devenait Secrétaire Générale du Conseil d’Europe à Strasbourg, Radman devenait Ministre des Affaires Etrangères et Européennes. Eurojournalist(e) avait l’occasion de rencontrer le Ministre Gordan Grlić Radman pour un entretien exclusif. Interview (en langue allemande qu’il maîtrise parfaitement) avec un Européen dans l’âme.

Monsieur le Ministre Radman, la Croatie a adhéré au Conseil d’Europe il y a 25 ans. Qu’est-ce que cette adhésion a changé dans votre pays ?

Gordan Grlić Radman : Voilà une belle question ! L’adhésion de la Croatie au Conseil d’Europe le 6 novembre 1996, constituait la confirmation de notre engagement européen, et aussi de la compatibilité de nos valeurs avec celles de l’Europe, avec des concepts comme l’état de droit, les droits de l’homme, la liberté de la presse, la protection des minorités et bien d‘autres. La Croatie est devenue une sorte de modèle pour l’intégration européenne et pendant ces 25 ans, le pays a fait de grands progrès en appliquant de manière conséquente les règles européennes.

Pouvez-vous préciser ces progrès ?

GGR : Bien sûr. Notre intégration européenne signifie d’une part que nous avons assumé tous les devoirs qui nous incombent sur la base des nombreux traités et conventions européens, en les transposant rapidement en droit national. Nous prenons nos obligations européennes très au sérieux et nous avons pleinement satisfait aux directives européennes dans des domaines comme le respect des jugements de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, la protection des minorités, la liberté de la presse et autres. Nous avons signé tous les protocoles et traités supplémentaires en les transposant également en droit national. Ainsi, plus de 100 conventions européennes et 12 conventions partielles ont été adoptées dans le droit croate et sont donc appliquées. Et d’autre part, nous contribuons très activement et de manière constructive aux travaux politiques au sein des institutions européennes.

Dans quels domaines l’adhésion de la Croatie au Conseil d’Europe a eu des conséquences concrètes dans votre pays ?

GGR : Il ne faut pas oublier comment notre région s’est développée ces dernières décennies. Dans l’ex-Yougoslavie, la Slovénie et la Croatie n’étaient pas contentes d’une situation qui nous avait été imposée. Nos premiers objectifs étaient donc la liberté et le parlementarisme, la démocratie.

Les sujets auxquels nous contribuons très activement au Conseil d’Europe, sont des sujets très démocratiques : la protection de minorités nationales, la lutte contre la corruption, la lutte contre la violence domestique et d’autres. Et nous poursuivons notre fort engagement étape par étape – ainsi, la Croatie rejoint le 11 janvier 2023 la zone Euro et notre intégration dans les institutions européennes se poursuit également. Un moment important était aussi la présidence croate du Conseil en 2018, ou la signature de la Convention d’Istanbul qui a permis, aussi en Croatie, d’augmenter la sensibilisation pour la violence domestique en Croatie. En Croatie, on relève très positivement qu’aujourd’hui, dans les groupes de travail, les groupes d’experts et d’autres instances, que nous discutons avec les partenaires européens à la même hauteur des yeux.

Et les retours des institutions sont très positifs aussi, non ?

GGR : Oui, c’est juste. Le Conseil d’Europe est carrément élogieux en ce qui concerne la transposition rapide et efficace des textes européens en droit croate, tout comme il apprécie notre collaboration dans les instances.

Le « Brexit » a déclenché beaucoup d’irritations au sein de l‘UE. Quelle est la tendance aujourd’hui en Croatie : pour ou contre l‘Europe ?

GGR : En Croatie, il n’y a que peu d’eurosceptiques. Nous sommes un peuple plein de tempérament qui s’intéresse beaucoup à l’Europe et aux sujets européens et qui suit attentivement la politique européenne. La grande majorité des Croates est clairement pro-européenne, ce qui ne veut pas dire que nous ne discutons pas les sujets européens de manière controversée. Actuellement, lors de la « Conférence sur l’Avenir de l’Europe », nous avons de très bons débats et des échanges intenses avec et dans la population. Ceci dit, les Croates sont très réalistes. Nous savons que l’UE ne dispose pas d’une baguette magique qui permettrait de résoudre les grands défis de notre époque. Il est évident que l’Europe institutionnelle n’est pas parfaite, mais pour nous, il n’y a pas d’alternative à l‘Europe !

Dans de nombreux pays, on discute de l’abolition du système de l’unanimité au sein de l’UE et d’une Europe fédérale où les petits pays auraient davantage de poids. Quelle est votre position par rapport à cette question ?

GGR : Au sein de l’UE, nous avons surtout besoin de solidarité. La coopération et la concertation entre les états-membre est essentielle et même lorsque les positions varient, tout le monde doit se comporter de manière respectueuse et chercher des compromis. Aujourd’hui, la Croatie est membre du Conseil d’Europe et de l‘UE. Au sein de ces organisations, il s’agit de créer ensemble l’avenir de l’Europe. Vous savez, un ministre des finances danois a dit un jour : « Il y a deux sortes de pays. Les petits pays et ceux qui ne sont pas conscients qu’ils sont petits aussi … » Il est vrai que nous apprenons tous à vivre et travailler ensemble, mais il convient d‘être très prudent lorsqu’il s’agit de changer des règles et procédures rodées. Mais le plus important est que nous continuons à travailler ensemble pour réaliser l’unité européenne.

La Croatie n’a pas seulement adhéré au Conseil d’Europe, mais quelques années plus tard, en 2013, à l’Union Européenne. A quelques semaines de Noël, quels souhaits formuleriez-vous vis-à-vis de l‘Union ?

GGR : La Croatie voit dans son évolution européenne de grandes opportunités et nous travaillons de manière engagée sur ces évolutions. Comme dit, dans peu de temps, nous adhérons aussi à la zone Euro et le fait que nous allons, à cette occasion, abolir notre monnaie, la Kuna croate, est un symbole fort. Il y a 27 ans, lorsque nous avions introduit cette monnaie, elle avait une fonction identitaire importante pour notre jeune République. Maintenant, l’introduction de l’euro en Croatie est un symbole aussi fort pour notre intégration européenne. Et il ne faut pas oublier les aspects pratiques – désormais, la Croatie utilisera la même monnaie que la plupart des touristes et ceci facilitera bien de choses.

De plus, nous remplissons toutes les exigences européennes pour devenir aussi membre de l’Espace Schengen, comme les institutions ont confirmé en Octobre 2020, ce qui nous intègre encore plus dans le marché commun.

J’aimerais formuler le souhait que nous fassions rapidement des progrès pour faire face aux grands défis de notre époque, comme par exemple la sécurisation des frontières extérieures de l‘UE. Après 25 ans d’adhésion au Conseil d’Europe et presque une décennie dans l’UE, nous constatons que notre intégration européenne est de plus en plus profonde et nous allons tout mettre en œuvre pour apporter notre pierre à l’édifice de la construction européenne.

Monsieur le Ministre, merci pour cet entretien !

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