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Billet de blog 26 mars 2020

COVID-19: l’aubaine pour les futurs dictateurs?

L’Europe Centrale comme mauvais exemple.

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A Budapest, la démocratie est en péril. © Ludo Lepeletier / Famien Leblois / Wikimedia Commons / PD

(Marc Chaudeur) – Le nationalisme (Albert Schweitzer écrit : le patriotisme, c’est l’amour de son pays, le nationalisme, c’est la haine des autres…) n’est ni réaliste, ni efficace, ni souhaitable ; il est dangereux. En ces jours où Albert Uderzo a disparu, on voit clairement le sophisme d’un nationalisme « défensif » : car en réalité, la meilleure défense des Etats repose sur une collaboration internationale efficace. Et non pas sur le fantasme du Petit Village assiégé par Babaorum et Petibonum. Mais au nom de l’efficacité de la lutte contre le virus, bien des dirigeants, dans le monde et en Europe, éprouvent actuellement la tentation de refermer leurs frontières sur une gestion politique autoritaire, voire dictatoriale de leur pays. En France, bientôt ?

Pour le moment, c’est particulièrement vrai en Europe Centrale. En Ukraine, le président Zelenskyj l’a dit on ne peut plus clairement : pour lui, l’exemple de la Chine montre que des décisions autoritaires et dures peuvent sauver des vies et vaincre le virus (à la place de Zelenskyj, on se montrerait plus circonspect !) ; mais qu’au contraire, en d’autres pays, on voit que la mollesse et l’esprit de liberté sont les alliés du virus…

Heureusement, Zelenskyj parle beaucoup, mais se montre velléitaire et hésitant ; et puis malgré tout, quelques médias ukrainiens continuent à nous renseigner en continu, à Eurojournalist, sur la progression du méchant virus dans le pays. Il n’en est pas de même en Russie, où le virus est rebaptisé « pneumonie ». Ni en Pologne, et moins encore en Hongrie. Il est vrai que ces Etats ont quelques longueurs d’avance sur les pays occidentaux, puisque ces « démocraties illibérales » ont asséné depuis longtemps de sérieux coups de machette à l’indépendance de la justice, à la la liberté de mouvement des associations civiques et à celle de la presse.

En Hongrie, Viktor Orbán veut proposer un projet de loi pour instaurer l’état d’urgence, ce qui lui permettrait de gouverner par décrets jusqu’à la fin de l’année. Une « pause obligée » pour le Parlement, dont les députés ne disposeraient pas du droit d’amendement de cette loi !

Ce n’est pas encore gagné : le parti d’Orbán, le Fidesz, ne dispose pas de la majorité des 3/5èmes nécessaires au vote de cette loi. L’opposition ne votera jamais une loi qui livrerait la Hongrie aux caprices lunatiques d’un tel dirigeant ! Mais légalement, une deuxième tentative pourrait s’avérer fructueuse : Orbán n’aurait alors plus besoin que des 2/3 des voix des députés – et le Fidesz disposerait exactement de 133 voix sur 199… Aïe…

En plus des mesures d’urgence qui sont d’ailleurs partiellement en vigueur déjà depuis 2 semaines, Orbán fera sans doute passer une pénalisation des fake news et… de la diffusion « d’infos qui sèment la panique ». Le problème étant que beaucoup de choses dépendent de la définition à géométrie variable que le chef ultranationaliste et illibéral donnera de telles informations… La nouvelle d’une manif de la gauche contre Orbán, par exemple, pourra-t-elle être considérée comme « semant la panique » ?

En Pologne, le présidentielles étaient prévues pour le 10 Mai… Andrzej Duda, le président national-populiste sortant, aurait de fortes chances de l’emporter à nouveau : il apparaît sans cesse sur la chaîne la plus regardée, celle qui dispose des fonds les plus considérables. La chaîne gouvernementale… Certes, COVID-19 obligeant, une grande majorité des Polonais interrogés dans les sondages indépendants (cela existe encore en Pologne), environ 65%, estiment qu’il faut reporter les élections. Mais Jarosław Kaczyński, le chef du parti de Duda, le PiS, qui est aux commandes depuis 2015, pointe l’index sur les lois et sur la Constitution polonaise pour insister sur l’obligation juridique organise ces élections le 10 Mai…

Ce ne sera pas la première fois qu’on verra des dirigeants européens saisir le prétexte de la démocratie pour détruire la démocratie.

En tout cas, dans notre Occident européen, nous ferions bien de garder les deux yeux ouverts sur ce qui se passe en Europe centrale. Et dans les Balkans, dont nous reparlerons bientôt.

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