La punition : la NSA n'aime plus les Allemands...

Suite à la découverte des activités d'espionnage du BND allemand pour le compte de la NSA, les Américains songent à stopper la coopération avec les Allemands considérés peu fiables...

Le bonnet d'âne pour le BND... Le bonnet d'âne pour le BND...
Suite à la découverte des activités d'espionnage du BND allemand pour le compte de la NSA, les Américains songent à stopper la coopération avec les Allemands considérés peu fiables...

(KL) – C’est le monde à l’envers. Pris la main dans le sac, le service secret américain NSA n’a même pas nié qu’il avait laissé le BND allemand espionner toute l’Europe. Mais au lieu de faire au moins semblant de faire un «mea culpa», les Américains prévoient de punir le BND pour son manque de fiabilité. Ce qui met le BND dans tous ses états.

C’est clair, lorsque les activités secrètes d’un service secret ne sont plus secrètes, mais sont discutées publiquement, cela fait désordre. Et lorsque la société remet publiquement la raison d’être de ces services en question, c’est la panique. Ainsi, lors de son audition devant la commission d'enquête du Bundestag, le chef du BND Gerhard Schindler a dressé l’image de la «dépendance allemande de la NSA». Sa déclaration «les Américains n’ont pas besoin de nous, mais nous ne pourrons pas survivre sans eux», constituait la tentative lamentable de justifier le fait que son service espionne depuis environ 10 ans les partenaires européens ainsi que de grandes entreprises. On le comprend – dans une situation où une large portion de la population aimerait bien mettre un terme à ces activités extrêmement onéreuses et souvent illégales, l'homme se bat pour sauver son petit club qui a pu, pendant si longtemps, lécher les bottes des Etats-Unis.

Le patron de la NSA James Clapper n’a plus envie de suivre ce spectacle. En déplorant que des informations secrètes américaines finissent trop souvent entre les mains des médias, il évalue actuellement l’option d’une fin de la coopération avec le BND. D’abord Snowden et les autres, maintenant les amateurs du BND qui n’ont pas pu garder le secret des espionnages. Cela mérite non pas des excuses, mais une punition.

Mais cela ne veut pas dire que les Etats-Unis cesseront leurs activités d’espionnage en Europe. Au contraire – dans un mémo interne, il suggère de «transférer les activités jusqu'alors effectuées chez le BND à Bad Aibling, à d'autres services amis». En vue de l’absence de réaction de la part de ceux qui ont été espionnés par les services allemands, on a du mal à croire qu’il devra chercher des volontaires très longtemps.

Cette position constitue déjà la réponse à la demande polie formulée par le gouvernement allemand s’il peut montrer les célèbres listes de «sélectors» à la commission d’enquête du Bundestag. «Le bazar qu’organise le gouvernement allemand [en ne pas stoppant le travail de la commission d’enquête] est plus dangereux que les révélations d’Edward Snowden», estime James Clapper.

Pour Gerhard Schindler, qui garde pour l’instant jalousement cette liste de «sélectors» déjà surnommée «La liste de Schindler 2», la situation est un cauchemar. «Il y a déjà eu des réunions d'autres services secrets où le BND n'a même pas été invité», il s’est lamenté devant la commission. Le pauvre chou - ses camarades de l'aire de jeux ne veulent plus jouer avec lui !

Que la commission poursuive son travail ! Qu’elle continue à griller les responsables de ce scandale sans pareil et les Allemands, tout comme les Européens, sont en droit de savoir si cette trahison européenne a pu avoir lieu avec le consentement d’Angela Merkel. Il est difficile de s’imaginer qu’un tel espionnage ait pu avoir lieu à l’insu du chef du gouvernement – mais nous voulons savoir. Tout. Que cela plaise au BND, que cela plaise à la NSA ou pas.

Crédit photo : Claus Ableiter / Wikimedia Commons / CC-BY-SA 4.0

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