Le pape veut une Europe humaine. Mais qui n’en voudrait pas?

La visite du pape François à Strasbourg était sans doute un grand moment pour la ville. Ses discours devant le Parlement Européen et le Conseil d’Europe ne changeront pas le cours de l’histoire.

Le Pape à Strasbourg. © Claude Truong-Ngoc / EJ Le Pape à Strasbourg. © Claude Truong-Ngoc / EJ
La visite du pape François à Strasbourg était sans doute un grand moment pour la ville. Ses discours devant le Parlement Européen et le Conseil d’Europe ne changeront pas le cours de l’histoire.

(KL) - Cela faisait donc 26 ans qu’un pape n’avait mis ses pieds à Strasbourg - hier, Pape François Ier a rendu visite à la Capitale Européenne pour s’y adresser aux responsables politiques européens. Bien entendu, ses discours ont trouvé une approbation unanime, mais force est de constater que le Pape sera applaudi, mais non pas suivi. Car ceux à qui il a demandé une Europe plus humaine sont ceux qui font en sorte à ce qu’elle ne le soit pas. Reste le constat que ce Pape est un personnage attachant et que le monde serait sans doute meilleur s’il y avait plus de gens comme lui.

Invitant les élus européens à s’affirmer davantage au niveau mondial («L‘Europe devrait être un point de référence pour l‘humanité !»), le Pape a également parlé de points qui ont jeté un certain malaise. L’immigration combattue par l’Europe engendre des catastrophes humaines. «Il ne faut pas transformer la Méditerranée en cimetière géant», a-t-il lancé à ceux qui sont en train de transformer la Méditerranée en un cimetière géant. Malgré la responsabilité que portent les élus européens, ils l’ont largement applaudi.

En appelant les élus européens à s’occuper davantage de personnes et peuples «fragiles», le Pape a du se tromper d’endroit. Dans des institutions qui délaissent le social au détriment des intérêts des marchés financiers, cela ressemblait à de belles paroles vaines. Bien entendu, le Pape a également invité l’Europe à «dépasser les divisions et à œuvrer pour la paix». Que pouvait-il dire d’autre ? Tout le monde aspire à la paix, sauf ceux qui profitent de la guerre…

Environnement («Nous ne sommes pas propriétaires de la Terre, nous devons l'aimer et la respecter»), croissance de mouvements extrémistes («monstrueux»), humanisme («c’est le moment de créer une Europe qui ne tourne pas exclusivement autour de l'économie, mais autour de la personne») -cela appelle des applaudissements. Si le Pape a affecté ces phénomènes menaçants à «l’oubli de Dieu», cela est certainement du à son poste - car on peut avoir une autre lecture des raisons qui conduisent l’Europe dans une impasse. Comme la relation libidineuse entre la politique et les intérêts économiques…

En ce qui concerne des sujets comme l’avortement ou le mariage homosexuel, le Pape a prêché pour sa propre paroisse. En parlant «d’enfants tués dans le ventre de leur mère», on comprend que l’église catholique restera encore longtemps sur des positions qui n’ont plus rien à vir avec les réalités de la société moderne. Mais c’est normal pour le représentant d‘une organisation qui n‘arrive pas à sortir des pièges qu‘elle se tend elle-même.

Toutefois, Pape François Ier devient de plus en plus une sorte de «conscience mondiale» et il n‘a pas peur d‘interpeler les élus en leur disant des vérités que ces derniers n‘ont pas trop envie d‘entendre. Il est utile, par les temps qui courent, de rappeler que les réfugies qui meurent en essayant de rejoindre l‘Europe, soient des hommes, femmes et enfants qui ont exactement la valeur de tout un chacun entre nous. Et qu‘il convient de les traiter de manière conséquente. On ne peut pas le dire assez souvent.

En fin de compte, la visite papale était un succès pour la ville de Strasbourg. Un peu moins pour le Parlement Européen et le Conseil d‘Europe -qui, on pouvait l‘entendre entre les lignes, ne mènent pas la politique qu‘il faut. Mais malheureusement, les paroles du Pape ne suffiront pas pour changer la politique européenne. Le social continuera à être sacrifié pour les intérêts des marchés et aucun élu ne changera son comportement suite aux discours du Pape. Néanmoins, il est important qu‘une telle personnalité s‘exprime haut et fort et mette le doigt là où cela fait mal. Donc, François Ier peut revenir quand il veut, il sera toujours le bienvenu dans la région du Rhin Supérieur !

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