Tunisie : La transition démocratique en voie de finalisation

L'espoir tunisien. © Mohamed M'Dalla L'espoir tunisien. © Mohamed M'Dalla
La Tunisie est en train de réussir un pari improbable. Encerclée par des pays qui cherchent leur voie, le processus de démocratisation avance à grand pas.

(Par Nesrine Chihi) - Un certain 23 novembre, jour historique dans l’historie de la Tunisie. Près de quatre ans après le déclenchement du «Printemps Arabe», dont les premières manifestations avaient eu lieu à Tunis, le pays a réussi, malgré les lacunes et les dépassements enregistrés, à organiser, dimanche dernier, sa première élection présidentielle libre et démocratique.

De son indépendance en 1956 jusqu'à la révolution de 2011, le pays n'a connu que deux présidents : Habib Bourguiba, renversé le 7 novembre 1987 par un coup d'Etat orchestré par son Premier Ministre Ben Ali ; et ce dernier, qui a dirigé le pays jusqu'à sa fuite en Arabie Saoudite sous la pression de la rue, le 14 janvier 2011.

La Tunisie a en effet été profondément déstabilisée par les assassinats d'opposants en 2013 et des attaques meurtrières de groupes jihadistes contre les forces de sécurité, notamment dans la région frontalière avec l’Algérie.

Après avoir remporté les législatives en décrochant le plus grand nombre de sièges au sein du futur parlement, le parti laïc «Nidaa Tounès» a réussi avec son candidat Beji Caid Essebsi, de passer au second tour de l’élection présidentielle qui aura lieu le 21 ou le 28 décembre 2014.

Les résultats du scrutin du dimanche dernier étaient particulièrement attendus. La campagne électorale avait été marquée par les vifs échanges entre les deux partis favoris, les islamistes d’Ennahda et la coalition laïque de Nidaa Tounes. Les premiers accusaient les seconds de vouloir effacer les acquis révolutionnaires en restaurant l’ordre ancien.

La nécessité de former une coalition. - Nidaa Tounès, une formation hétéroclite créée en 2012 et regroupant aussi bien des personnalités de la gauche, du centre droit, des opposants et des caciques du régime déchu de Ben Ali, a mené une campagne virulente contre les islamistes d'Ennahda. Vainqueur des premières élections libres de l'histoire de la Tunisie en octobre 2011, Ennahda, très critiqué après deux ans au pouvoir, perd 20 sièges. Aujourd’hui, Nidaa Tounes serait considéré par un grand nombre de Tunisiens comme le sauveur du modèle bourgibiste contre l’obscurantisme des islamistes et leurs alliés.

La crainte d’une nouvelle période de tensions a également joué un rôle moteur dans la victoire de Nidaa Tounes. Les attentats terroristes et les assassinats politiques, en particulier celui de l’opposant de gauche, Chokri Belaïd en février 2013, ont laissé une empreinte durable dans l’esprit de la société tunisienne. Au renouveau porté par Ennahda en 2011, les Tunisiens ont préféré cette fois la stabilité promise par les laïcs.

La liberté n'a pas de prix. Mais elle a probablement un coût économique. Depuis le Printemps Arabe en Tunisie, la situation économique s'est aggravée et le contexte politique reste très tendu. Pourtant, la stabilité politique ouvrirait la voie vers une amélioration où l'Europe aura son rôle à jouer.

La Tunisie est à la croisée des chemins. Dans la plupart des pays concernés, le Printemps Arabe s’est déjà transformé en hiver glacial. Ce n’est pas encore le cas de la Tunisie où tous les espoirs restent permis, malgré une situation encore fragile.

Il convient toutefois de retenir la défaite des islamistes d’Ennahda aux dernières élections législatives, après leur succès lors des premières législatives libres d’octobre 2011. Deux ans d’exercice du pouvoir assez peu concluant ont convaincu les Tunisiens que le moment était venu de tenter l’alternance.

Il est trop tôt pour parler de réussite démocratique, car ce changement intervient quand même dans un contexte très tendu. Mais indéniablement, la Tunisie se distingue des autres pays arabes, qui sombrent dans la répression, le désordre ou la guerre.

Il faudra rester vigilant - la Tunisie assiste également à l'émergence de groupes salafistes violents, les assassinats politiques d'un élu et d'un responsable de l'opposition ont choqué le pays. Mais malgré ces difficultés, une chose semble acquise - la Tunisie avance !

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