Roxane Revon défend une politique du 21e siècle. © privée Roxane Revon défend une politique du 21e siècle. © privée
(Réd) – A un an des élections présidentielles, on dirait que la France entière se réveille. Les uns vont manifester, les autres se mettent en grève, de nouveaux partis voient le jour – et des citoyens s’organisent pour participer à un débat politique qui semblait être réservé aux seuls responsables politiques. Roxane Revon, Française vivant à New York, fait partie de ceux qui s’engagent pour un vrai changement. Interview.

Roxane Revon, vous êtes candidate au processus d’une sélection d’un ou d’une candidate pour les élections présidentielles de 2017 par le biais du projet LaPrimaire.org – quelles sont vos motivations pour une telle candidature citoyenne ?

Roxane Revon : J’ai longuement hésité. Ce n’est pas une décision qu’on prend à la légère. Et, pour être franche, c’est assez effrayant de se lancer dans cette aventure. J’aurai pu simplement m’affilier à un parti qui défendait ces idées mais je me suis rapidement rendu compte que ces partis n’arrivent pas à toucher assez de citoyens et à enclencher une dynamique positive. Je me suis donc dit qu’il fallait aussi que la société civile (et ma génération) prenne le relais sur ces questions.

Cela fait un moment que je considère que la démocratie participative ne doit pas être simplement des plateformes de formation d’idées reprises par des élus. Ce doit être aussi la possibilité réelle pour des citoyens de participer, en tant que candidats, aux élections. Ce qu’il manque en France, ce ne sont pas les idées (ce ne sont jamais les idées) mais le renouvellement de personnalités qui les portent. On le voit depuis plus d’une décennie, la France manque de candidats porteurs d’un regard différent sur le monde et le positionnement de la France et de l’Europe à l’intérieur de celui-ci.

Je suis, pour ma part, convaincue que nous, français et européens, pourrions construire un espace plus solide humainement et économiquement que ne le sont même les Etats-Unis. La preuve en est que Bernie Sanders a fait campagne sur des thèmes sociaux que nous avons abordés en Europe il y a déjà un siècle. Nous sommes le continent le plus riche du monde (en comptant notre patrimoine) et, vu de l’étranger, j’ai souvent l’impression d’un grand gâchis à voir la façon dont nous restons empêtrés dans des craintes et théories du siècle passés, oubliant d’inventer de nouveaux modes de vivre la démocratie (ou de penser pragmatiquement nos difficultés). Il y a deux ans, je discutais avec un ami ingénieur de la possibilité de créer une plateforme similaire à LaPrimaire.org, et le challenge nous paraissait stimulant mais trop complexe d’un point de vu légal. Je suis très heureuse et admirative de ce qu’a fait l’équipe de LaPrimaire.org ! Au Etats-Unis, les gens qui connaissent cette plateforme trouvent cela assez révolutionnaire et ne manquent pas d’ajouter que ça ne les étonne que cela soit créé en France. Lorsque Thibauld Favre, l’un des fondateurs de LaPrimaire.org, m’a expliqué plus en détail le fonctionnement de leur plateforme, je me suis dit que c’était une bonne opportunité pour ma génération de s’engager et qu’il ne me servait à rien d’attendre les bras croisés. C’était le bon moment pour moi de me battre pour mes convictions. Je me suis donc inscrite en tant que candidate, et, dans un premier temps, je n’en n’ai pas parlé à mes proches car je voulais voir si mes idées pouvaient intéresser d’autres personnes. J’ai eu pas mal de soutiens dans les premières semaines, ce qui m’a encouragé à y consacrer tout mon temps libre. Je serai d’ailleurs très heureuse de débattre avec davantage de personnes dans les semaines qui viennent.

Dans un sondage, 78% des Français ont déclaré pouvoir s’imaginer voter pour un candidat ou une candidate non-encarté(e) – pensez-vous qu’il faille faire ses adieux au système des partis ?

RR : Je pense que le système des partis ou des regroupements politiques ne peut avoir encore d’utilité que dans les Parlements (français ou européen) car il permet de faire émerger des positions fortes et un consensus sur tel ou tel sujet. Je pense en revanche que, pour des élections comme la présidentielle ou la municipale, basées bien plus sur la personnalité des candidats et la force avec laquelle ils se battront ensuite pour concrétiser leurs idées, le système des partis ne fonctionne absolument plus. Les partis de France n’ont pas eu la présence d’esprit de changer leur façon de filtrer les personnalités dont ils soutenaient les candidatures, si bien que, même quand ils font des primaires, ils ne font émerger que des « vieux de la vieille » qui ont déjà dix, vingt, voire trente ans d’expérience politique ! Les partis français ne parlent plus aux citoyens pour la bonne raison que le snobisme français d’aujourd’hui n’autorise pas (ou très rarement), que des personnes non-énarques, non-normaliennes, ou peu diplômées, portent des idées et soutiennent leur parole. Et nous tous sommes porteurs de cette façon de penser : ces personnes nous semblent moins qualifiées, moins préparées aux défis politiques. Mais si les énarques ou techniciens de l’Etat faisaient de bons acteurs de la vie politique, on l’aurait déjà constaté. Or, ce n’est pas le cas. Je suis toujours éblouie, en revenant en France, de voir à quel point la plupart des personnes que je croise (diplômés ou non) sont éduqués, curieuses et impliquées dans l’avenir de leur pays. Je pense que les partis vont devenir petit à petit des « consultants » ou « think tanks » de la vie politique qui vont aider des citoyens-candidats à proposer de solides candidatures. Cela les obligera d’ailleurs à développer davantage leurs idées et à avoir plus de hauteur de vu. Pour l’heure, l’élite ne veut pas donner la parole à d’autres citoyens par peur de se sentir inutile. Mais cela doit changer. Nous avons des atouts humains inexploités qui peuvent modifier le cours de l’histoire du XXIe siècle en France et en Europe.

Vous défendez l’idée d’une Europe fédérale, la «République Europe» et en même temps, une administration allégée. Pensez-vous qu’une Europe fédérale puisse se faire à 28 ou est-ce qu’il faut repenser l’Europe complètement ?

RR : Je pense que les administrations nationales (surtout l’administration française) sont pléthoriques. La France croule sous le poids de ses 600 000 élus (soit près d’1% de la population française!) sans que l’on ne voie bien quel résultat positif les citoyens en retirent. Nos élus nationaux n’ont pas plus la notion du temps long (une vision à long terme) que celle du temps court de leur mandat (on peut aujourd’hui créer une start-up multimillionnaire en 4 ans et nos élus n’ont jamais le temps de finir la tâche pour laquelle ils ont été élus !). Les nouvelles technologies pourraient permettre beaucoup plus de réactivité et d’actions combiner entre la société civile et les élus. Pour ce qui est de l’Europe, je pense qu’une Europe fédérale (qui commencerait par un noyau dur de 7 ou 8 états) serait bien plus efficace et moins couteuse au contribuable. Je sais que l’UE a mauvaise presse aujourd’hui, mais il faut quand même rappeler que l’UE n’a qu’un budget de 1% du RNB et une administration de moins de 60 000 personnes pour administrer 600 millions d’habitants, ce qui n’est rien. Je suis déçue par l’UE telle qu’elle se développe aujourd’hui car elle n’a aucun véritable pouvoir politique, aucune assise démocratique, et sa complexité est hors norme. La souveraineté en Europe est noyée entre des nations trop petites pour peser d’un poids fort dans le monde et une Union Européenne trop complexe et mal dotée. Je pense qu’une République Européenne devrait s’occuper des grands sujets du souverain (et avoir un budget pour le faire) : Sécurité, Défense, Diplomatie, grands investissements, harmonisation des politiques sociales (pour faire cesser la concurrence déloyale entre les états), et laisser aux états toute la latitude de s’occuper de la taille des jardins potagers ou des normes des cantines ! Cela nous permettrait de gérer bien mieux nos déficits, d’alléger la taxe du contribuable (nous ne serions, par exemple plus les seuls à payer pour qu’une armée européenne soit présente sur le terrain), et de donner une cohérence à cet espace européen aux atouts incroyables. Or, ce mouvement de simplification et de développement cohérent ne pourra pas venir des gouvernants nationaux qui n’ont aucune envie de transférer le peu de pouvoir qu’ils n’ont plus vraiment, à une entité plus légitime et cohérente. Ce mouvement ne pourra venir que des citoyens. Il serait souhaitable que, lors des futures élections européennes, un grand nombre de citoyens européens oblige les députés à se réunir en Constituante au parlement afin de permettre l’élection démocratique d’un gouvernement élu de l’UE, puis la création d’une Constitution de la République d’Europe ratifiée par les députés puis par les citoyens. Ce vote servirait de point de départ pour faire entrer 8 à 15 pays dans une première véritable fédération.

Dans votre programme, quasiment toutes vos propositions qui vont d’un revenu de base inconditionnel à une politique économique sociale et fiscale, sont faites avec une perspective européenne. Pensez-vous que l’époque des états-nations est révolue et que l’avenir européen passe par un gouvernement fédéral et des gouvernements nationaux qui auraient alors un rôle de subsidiarité ?

RR : Je suis convaincue que nous avons un choix à faire, et rapidement : celui d’en rester à nos états-nations (quitte à avoir très peu de poids dans les futures décisions mondiales) ou celui de créer un nouvel espace politique, une République Européenne, qui puisse nous protéger d’avantage et renforcer nos valeurs et positions dans le monde. Je pense, pour ma part, que l’état-nation n’est pas adapté aux enjeux planétaires qui sont, aujourd’hui, les nôtres. Nous le voyons avec la crise des migrants ou les enjeux climatiques. Le fait que rien ne soit coordonné à l’échelle de notre continent pose d’énormes problèmes. De même, notre économie est vacillante car nos normes nous rendent moins compétitifs. Nous avons deux solutions face à ce problème : si nous restons une nation, il nous faudra petit à petit revenir sur ce système social, si nous l’élargissons à une zone bien plus importante, nous pourrons consolider une économie basée sur nos valeurs sociales (ce qui pourra même, à long terme, inciter nos concurrents à faire de même).

Pour vous donner un exemple, je viens de finir une formation en entreprenariat à l’Université de Stanford CA aux Etats-Unis. L’un de nos professeurs d’origine chinoise nous parlait de la difficulté de démarrer une start-up (e-commerce) sur certains continents, et, la première chose qu’il ait dite sur l’Europe, c’est que le fait qu’il n’y ait pas de système postal européen coordonné, majorait la difficulté d’implantation. C’est tout bête mais ce sont des choses comme cela qui, sur le plan économique nous fait perdre des opportunités. De même sur un plan diplomatique, même si nous avons (encore) une place au Conseil de Sécurité, le fait que l’UE n’ait pas de frontières définies et cohérentes et que nous ne parlions pas d’une même voix sur certains sujets, majore nos difficultés (avec la Russie notamment). Je sais que les français ont très peur de perdre un modèle qui leur est cher, mais c’est justement le moment de concevoir l’opportunité qui nous est donner de développer autrement ces valeurs afin d’y rester fidèles. Je pense que c’est un mauvais calcule de croire, en bon gaulois, que nous nous en sortirons mieux tous seuls. Nous ne sommes plus un empire, la seule façon de retrouver une force, une puissance, c’est de créer un « empire pacifique », une République Européenne. Un gouvernement qui administre 60 millions d’habitants a beaucoup moins de poids que lorsqu’il administre une zone de 600 millions d’habitants.

Vous vivez aux Etats-Unis – pensez-vous que cette expérience internationale constitue un atout ou un inconvénient pour votre candidature ?

RR : Je suis un produit du système français, une jeune personne diplômée qui n’a pas trouvé de travail en France et qui a eu l’opportunité de pouvoir s’expatrier. Mais mon expatriation (pendant 5 ans) en Italie et aux Etats-Unis m’a permis de comprendre certaines choses différemment et de modifier mes perspectives. Je sais que les Français sont méfiants vis-à-vis des Etats-Unis, mais je crois, malgré tout, que cela constitue un atout pour ma candidature, car c’est cette expérience là qui me permet de me distinguer de ce que proposent d’autres candidats. C’est, paradoxalement, le fait de vivre à l’étranger qui m’a incité à m’impliquer davantage dans l’avenir de la France et de l’Europe. Mes meilleurs amis à New York sont européens (allemands, français, italiens, estoniens, portugais). Je perçois bien plus de différence culturelle avec un américain qu’avec un européen. Le jour où j’ai fait de l’humour à mes élèves d’université en leur disant « it’s a european joke », j’ai compris que je me sentais profondément européenne. Expatriée, la France et l’Europe ont toujours été pour moi une référence que je n’aimerai pas voir disparaitre. Or, je crains parfois que l’Europe ne se suicide à nouveau. Nous, jeunes français et européens, avons des atouts incroyables à l’étranger grâce à l’éducation et l’image que l’Europe véhicule, et nous faisons notre possible pour contribuer à développer cette image. Il est regrettable que nous ne puissions faire davantage. Avoir la connaissance de systèmes de pensée et de vie étrangers nous permet de développer un optimisme critique à l’égard du pays qui nous a formés qu’il est important de ramener en France. Une chose à laquelle je serai fière d’être témoin serait, dans vingt ans, en revenant aux Etats-Unis, d’entendre mes étudiants américains rêver de venir vivre en France ou en Europe, non pas simplement pour notre histoire ou notre système de santé, mais parce qu’ils auront la sensation que c’est là que le monde de demain est inventé. Je ne comprends pas, par exemple, que nous n’ayons pas l’équivalent d’une Sillicon Valley en Europe (surtout vu l’excellence des ingénieurs français, allemands, estoniens, hongrois etc…). Bref, je sais que mon expatriation pourrait ne pas jouer en ma faveur mais c’est la seule raison pour laquelle, me semble-t-il, ma candidature a une valeur.

Quel est le message principal parmi vos postulats que vous tenez à faire passer aux électeurs et électrices ?

RR : J’aimerai simplement faire passer le message que l’élection de 2017 doit être le moment d’un vrai choix : en rester aux Etats-Nations ou aller vers une nouvelle forme politique européenne. Voilà trop longtemps que les Français ont la sensation de regarder la France et l’Europe aller droit dans le mur au ralenti. Il va falloir se réveiller collectivement. C’est de la France et des français que peut venir ce mouvement de réveil de l’Europe, et d’elle seule (le passé de l’Allemagne ne lui permet pas d’avoir des visions historiques assumées aujourd’hui). Nous devons être à l’avant-garde du renouveau de la conscience européenne, et nous devons agir vite. Pour le moment, les médias relaient davantage les discours nationalistes que fédéralistes (la peur fait vendre), mais je suis convaincue que c’est l’arbre qui cache la forêt. Le point de vue des fédéralistes n’est pas entendu aujourd’hui car il est uniquement porté par des théoriciens, intellectuels ou hommes politiques de second plan. A nous de l’endosser, de le rendre visionnaire, et effectif. Je pense qu’être fédéraliste et vouloir doter l’Europe d’outils démocratiques est être beaucoup plus réaliste que de vouloir en revenir à nos Etats-Nations et continuer à nous faire concurrence à l’intérieur de notre continent. Vive la France ! Vive L’Europe !

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La politique, c'est bien autre chose que des rêves éveillés de République européenne dans le cadre de traités irréformables puisque nécessitant l'unanimité des signataires pour la moindre modification.

Contrairement à ce que vous espérez sans doute, vous ne serez pas le Bernie Sanders de l'élection française, et ni l'âge ni le sexe n'ont rien à voir là-dedans.

Encore une fois, Mediapart met en avant une candidature fantôme pour faire de l'ombre à la seule crédible à gauche : jlm2017...