Vote de censure contre Juncker - pas de quoi être fier

Le Parlement Européen a rejeté la motion de censure contre le Président de la Commission Européenne. En éloignant l‘Europe encore plus de ses citoyens.

Il peut être fier... © EPP / Wiki Commons Il peut être fier... © EPP / Wiki Commons
Le Parlement Européen a rejeté la motion de censure contre le Président de la Commission Européenne. En éloignant l‘Europe encore plus de ses citoyens.

(KL) - Même s‘il est écœurant d‘admettre que les eurosceptiques de l‘UKIP, de l‘AfD et les extrémistes de la droite étaient dans le vrai - mais ils avaient raison d‘imposer un vote de censure à l‘encontre du Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker. Si Juncker et le Président du Parlement Martin Schulz se sont mutuellement félicité du résultat du vote, ils n‘ont rien gagné. En évitant une crise institutionnelle européenne, ils ont éloigné l‘Europe encore un peu plus de ses citoyens.

Juncker fait actuellement l‘objet de maintes critiques, après la découverte de «LuxLeaks» que le Luxembourg, du temps du Premier Ministre Jean-Claude Juncker, avait accordé des cadeaux fiscaux aux groupes multinationaux, en les exonérant quasiment du paiement d‘impôts - contribuant ainsi aux crises que l‘Europe doit actuellement traverser. Considérant que de telles démarches étaient impensables sans le consentement du Premier Ministre, l‘Europe se retrouve actuellement avec un Président de la puissante Commission Européenne ayant agi clairement contre les intérêts de l‘Europe.

Le résultat du vote au Parlement n‘est pas vraiment l‘expression de la confiance du Parlement - 461 eurodéputés ont voté en faveur de Juncker, 101 contre lui et 88 se sont abstenus - probablement pour éviter de devoir voter avec les eurosceptiques et extrémistes de la droite. On les comprend, surtout dans la mesure qu‘ils savaient que le vote n‘avait aucune chance d‘aboutir.

D‘accord, les grands groupes (PPE et Socialistes) sont contents - mais on est en droit de se poser la question pourquoi. Car par ce vote, ces deux groupes ont donné l‘absolution à une sorte de «mafia financière», composée de représentants de «Big Business» et de politiques consentants, privant les citoyens européens de la contribution financière des entreprises les plus riches du monde. En applaudissant le résultat du vote, Juncker, Schulz & Cie. ne se sont certainement pas rendu compte des dégâts qu‘ils sont en train de causer à la crédibilité des institutions européennes.

L‘Europe est tombée entre les mains d`un capitalisme sauvage, agissant aux limites de la légalité et parfois en les dépassant, créant des inégalités sociales pour favoriser le «shareholder value» par tous les moyens, poussant de nombreux citoyens et citoyennes dans la misère - et les eurodéputés s`auto-congratulent d`avoir évité que les responsables doivent répondre de leurs actes ?! Une belle victoire, pardi !

Un crime ne devient pas moins odieux parce que la personne qui le commet porte un costard et dispose de réseaux puissants. Les grands sourires affichés par les «gros bonnets» européens après le vote sont une claque dans le visage de tout Européen essayant de se comporter correctement. Et - le sentiment d`impuissance face à cette «mafia financière» ne fera que pousser les électeurs et électrices vers les extrémistes - sachant que les partis dits traditionnels passent leur temps à escroquer les citoyens en soutenant les criminels en costume-cravate. Puisque les extrémistes sont les seuls à avoir le courage de dénoncer ces «associations de malfaiteurs», ils gagneront encore plus d‘électeurs lors des prochains scrutins. On sait où cela peut mener.

Jean-Claude Juncker aurait pu sauver au moins les apparences en démissionnant de son poste. Aujourd‘hui, il ne peut plus raisonnablement clamer représenter les 500 millions d‘Européens - après avoir instauré un système visant à faire en sorte à ce que les multinationales ne payent pas d‘impôts, mais profitent gratuitement des infrastructures et services payés par les citoyens. Mais Juncker fait partie de cette génération d‘hommes politiques qui ont l‘habitude de ne pas se laisser impressionner par les casseroles qu‘ils trainent derrière eux - décomplexé, Juncker pense certainement être un digne représentant de l‘Europe millésime 2014. Le pire, c‘est qu‘il l‘est effectivement. Pauvre Europe.

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