Adelaïde Hautval : médecin alsacienne face à l'horreur nazie

D’après les documents du Professeur George Hauptmann, et en introduction à une conférence à venir à l'ISEG à Strasbourg : hommage au Docteur Adélaïde Hautval.

Adélaïde Hautval, le courage de dire "non". © Archives familiales Adélaïde Hautval, le courage de dire "non". © Archives familiales
(Marine Dumény) – « Rester humain ». Et refuser catégoriquement d’obtempérer aux injonctions des médecins nazis. Adélaïde Hautval marque de son courage et son éthique une période bien sombre de l’Histoire. 

Née en janvier 1906 en Alsace, Adélaïde Hautval, dite « Haïdi », est fille d’un pasteur de l’Eglise protestante réformée d’Alsace et de Lorraine. Des suites d’un accident d’enfance, Adelaïde développe une vocation pour la médecine et décide d’en faire son métier. Personnalité brillante, elle suit, après son certificat d’études supérieures en sciences (équivalent DEUG/ PACES) les cours de l’Université de médecine de Strasbourg. Elle s’y spécialise en psychiatrie et soutient sa thèse en 1934. Lors de l’évacuation de la population strasbourgeoise en 1939, la jeune docteure se porte volontaire pour accompagner des patients de psychiatrie en Dordogne. 

Déportation - Après trois ans de soins dispensés en zone libre, Adeläide Hautval est rappelée à Belfort par le décès de sa mère en 1942. Une simple valise perdue, et un concours de circonstances, vont la précipiter vers les camps. Arrêtée, pour avoir répondu à un officier allemand, elle s’insurge en prison du sort d’une co-détenue juive. Les rafles sévissaient sur le territoire et bouleversaient « Haïdi ». Alors, lorsque la Gestapo vient emmener sa co-détenue, elle riposte et s’indigne. Quelques jours plus tard, la Gestapo lui remettra une étoile jaune à bande blanche : « Amie des Juifs ». Elle refuse de changer d’attitude. Son destin est en marche. Elle est déportée le 24 janvier 1943, à Auschwitz.

Le courage de dire « Non » - Dès son arrivée à Auschwitz, ses compétences médicales sont sollicitées. Tout d’abord par le docteur Wirths, médecin-chef du camp, pour des expériences de stérilisation sur des femmes juives. Elle refuse catégoriquement. Les docteurs Schumann et Samuel (médecin juif allemand déporté) veulent la forcer à prendre part à des interventions. Face à une nouvelle opposition, Schumann la défère, pour interrogatoire, devant les SS et le médecin-chef. Quand ce dernier lui demande si elle ne voit pas que « ces gens sont différents de nous », elle lui rétorque « bien des gens sont différents de moi, par exemple vous-même ! »¹. Adelaïde déclarera, en 1964, que l’absence de réaction de Wirths s’explique par la psychiatrie : « ce sont des faibles qui cherchent à dissimuler leur faiblesse sous des rêves de compensation. Et si on leur tient tête un peu, ils sont sans réaction, démontés »². 

Résister de la sorte expose Adelaïde à l'exécution, elle n’y échappe que grâce à l’intervention d’une détenue communiste « Orli », Aurélia Torgau-Wald. Après quoi, reprenant son rôle de soins, cette fois au Ravier de Birkenau, elle est à nouveau sollicitée pour des expérimentations par Joseph Mengele. Adelaïde s’entête. Elle est transférée à Ravensbrück. Percival Treite et Adolf Winkelmann y mènent des expériences et elle y est confrontée. Nouveau transfert, à Watenstedt. Là, elle s’oppose de nouveau au commandant du camp en préservant la santé des déportées, qui y travaillent en usine d’armement. Le ton monte, Adelaïde répond, digne, à l’officier : « vous pouvez faire de moi ce que vous voulez, mais une chose est certaine et vous le savez : de nous deux, le vainqueur ce ne sera pas vous »³.

Adelaïde est renvoyée à Ravensbrück. Elle met en œuvre des stratagèmes pour soustraire autant de prisonnières que possible aux médecins nazis et ne plie pas sous leurs ordres. En 1945, une chambre à gaz est installée au camp, et Adelaïde peine à sauver ses patientes. Le rythme des sélections s’intensifie à partir de mars. Puis, un convoi de femmes est rapatrié par la Croix Rouge vers la Suède, fin avril. Le 30 de ce mois, les troupes soviétiques libèrent le camp et acheminent les rescapées. Adelaïde Hautval, fidèle à son éthique personnelle et professionnelle, reste avec les blessées ne pouvant être déplacées. Elle s’occupe également des hommes survivants. Elle est la dernière à passer la porte du camp, le 26 juin 1945.

« Rester humain », une philosophie de vie qu’Adelaïde Hautval porte au-devant des procès des médecins nazis et déportés. Reconnue « Juste parmi les Nations », ses mémoires seront publiées à titre posthume, par Anise Postel-Vinay, rescapée de Ravensbrück : Rester Humain. Leçons d'Auschwitz et de Ravensbrück.

« Elle n’a jamais rien cédé »*, Hervé de Chalendar .

¹(Adélaïde Hautval, Médecins et crimes contre l’humanité, page 79)
²(Jean Rosenthal, Entretien avec Adelaïde Hautval, pour l’Express, p.20-21, 28 mai 1964)
³(Témoignage de Geneviève Leider, rescapée de Ravensbruck)
*(« Juste parmi les Nations. Adélaïde Hautval. Elle n'a jamais rien cédé », dans Les Saisons d'Alsace, no 72 (L'Alsace, ce beau jardin), printemps 2017, p. 6-7)

Nos remerciements au Pr Hauptmann, auteur d’ouvrages sur Adelaïde Hautval et Docteur en médecine - Professeur honoraire d’immunologie biologique à l’Université de Strasbourg, pour sa documentation et la conférence qui sera donnée le lundi 3 mai à 9h pour les étudiants de l’ISEG à Strasbourg.

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