Pauvreté – le prix du «succès» de l’économie allemande

Selon un rapport de l’Office Fédéral des Statistiques, un citoyen sur six est menacé par la pauvreté. Pour les chômeurs, parents élevant les enfants seuls et les enfants, la situation est difficile.

Pauvreté en Allemagne. © smial / Wiki Commons Pauvreté en Allemagne. © smial / Wiki Commons
Selon un rapport de l’Office Fédéral des Statistiques, un citoyen sur six est menacé par la pauvreté. Pour les chômeurs, parents élevant les enfants seuls et les enfants, la situation est difficile.

(KL) – «Premier de la classe», «champion du monde des exportations», «moteur de l’Europe» - l’Allemagne se plaît dans le rôle du pays qui, malgré la crise, fait tout comme il faut. Ce que l’on ne dit pas en Allemagne, c’est que ce «succès» est chèrement payé – par les plus faibles de la société, le nouveau «précariat», un sixième de la population allemande qui s’est fait décrocher et qui n’a pas de lobby pour se faire entendre.

En 2013, selon le rapport du «Statistisches Bundesamt» (Office Fédéral des Statistiques), pas moins de 13 millions d’Allemands sont menacés par la pauvreté. Est considéré comme «pauvre» toute personne qui ne dispose de pas plus de 60% du salaire moyen – pour une personne vivant seule, le seuil est de 979 € par mois (11.749 € par an), pour une famille de deux adultes et deux enfants, le seuil se situe à 2.056 € par mois (24.673 € par an). Cette situation concerne 16,1% de la population allemande et le clivage entre la population active et le nouveau «précariat» ne cesse de se creuser.

Bien entendu, comparé à d’autres pays européens, ce seuil peut paraître élevé – mais il faut tenir compte du coût de la vie en Allemagne. Avec 979 € par mois, on ne va pas loin sur l’autre rive du Rhin. Beaucoup de personnes peu qualifiées sont tombées dans le piège des petits boulots, pourtant vivement recommandés par le personnel dans les Agences pour l'Emploi, les célèbres «boulots à 400 €». Ce format, initialement inventé pour permettre aux chômeurs de rester en contact avec le marché de l’emploi, s’est avéré comme un moyen pour les entreprises d’embaucher de la main d’oeuvre au moindre coût, ne permettant que dans des cas excptionnels, l’accès à un poste à temps plein.

Est-ce que l’on peut parler d’un «succès» de la politique allemande ? Est-ce que les chiffres allemands sont vraiment si mirobolants que ça ? Est-ce que le «modèle allemand» est vraiment un exemple à suivre pour l'Europe ? Certainement pas. Considérant que plus de 69% des chômeurs en Allemagne sont sérieusement menacés de cette pauvreté de laquelle on ne revient plus, considérant que 35,2% des monoparentaux sont menacés de cette pauvreté, considérant que 15,7% des enfants en Allemagne sont également menacés, on ne peut plus parler de succès.

Au contraire – en vue du fort pourcentage d’enfants qui naissent déjà dans le contexte de la précarité, force est de constater que le modèle de la société allemande est un échèc. L’Allemagne est en train de non seulement stigmatiser un sixième de sa population, mais de barrer la route à une partie des générations futures qui demain, sont censées porter financièrement cette société.

La solution à cet état des choses ne peut se trouver qu’au niveau européen. Une harmonisation des systèmes sociaux devrait rapprocher l’Allemagne des autres pays européens et non pas les autres pays européens du modèle allemand. Laisser un sixième des enfants dans la pauvreté, tout en injectant des milliards dans les marchés financiers, c’est cynique, injuste et un système qui ne pourra durer.

Et du coup, le «premier de la classe» devrait modestement s’asseoir et passer une heure de colle en rédigeant un texte sur le respect des plus faibles éléments d’une société. La qualité d’une démocratie ne se mesure pas au succès des plus fortunés, mais dans la gestion des problèmes des plus faibles. Et dans ce domaine, l’Allemagne n’est pas «premier de la classe», mais se trouve en queue du classement.

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