L’Allemagne contre la France et l’UE

Le scandale autour des services secrets allemands (BND) prend de l’ampleur. Le BND aurait soutenu les écoutes du gouvernement français et des institutions européennes pour le compte de la NSA.

Station d'écoute du BND à Bad Aibling. Station d'écoute du BND à Bad Aibling.
Le scandale autour des services secrets allemands (BND) prend de l’ampleur. Le BND aurait soutenu les écoutes du gouvernement français et des institutions européennes pour le compte de la NSA.

(KL) – Est-ce que l'Allemagne est devenue le 51e état des Etats-Unis ? Est-ce que les services secrets allemands sont dévenus une sorte d'état dans l'état se soutirant à tout contrôle démocratique ? Qui ment – la chancelière, le ministre de l’intérieur, tout le gouvernement allemand ? Et pourquoi est-ce que l’Allemagne se comporte vis-à-vis de la France et des partenaires européens comme une puissance hostile ? Le nouveau scandale d’espionnage impliquant autant le BND, la NSA et le gouvernement allemand pose de nombreuses questions – pour lesquelles on aura probablement jamais de réponses.

Selon des informations du chef de la commission d’enquête au Bundestag, le Vert Konstantin von Notz, le gouvernement allemand était au courant des pratiques entre la NSA et le BND depuis 2005. Depuis, à de multiples occasions, le gouvernement allemand était confronté à la question s’il était au courant de ce qui se faisait dans les services secrets allemands qui normalement, devraient se trouver sous contrôle de la chancellerie. A chaque fois, les ministres «compétents» avaient répondu qu’ils n’avaient aucune connaissance d’un quelconque comportement illégal de ces services. Comme Thomas de Maizière, le ministre de l’intérieur, qui nie avoir menti, tout en indiquant d’être lié par le secret d’état, tout en souhaitant que l’affaire soit rapidement élucidée – il doit prendre autant les citoyens allemands, français et européens pour des imbéciles.

Il paraît que le BND ait «aidé» la NSA à mettre autant l’Elysée à Paris que la Commission Européenne sous écoute, à la demande de la NSA. Hormis le fait que cela représente une infraction à la constitution allemande, il s’agit aussi d’un comportement des plus hostiles vis-à-vis des partenaires français et européens. Pour l’instant, on ignore encore quelle forme cette «aide» a prise, mais il semble clair que techniquement, c’est le centre d’écoute de Bad Aibling en Bavière qui était en charge de ces activités d’espionnage. Ce qui a motivé le chef des libéraux allemands, Christian Lindner, de demander «à ce que la chancelière présente ses excuses à la France et aux partenaires européens» - mais une simple excuse ne suffira pas. Dans un premier temps, il faut que l’Allemagne mette toutes les cartes sur la table, qu’elle mette fin à ces pratiques hautement illégales et qu’elle cesse d’invoquer le «secret d’état» - qui ne sert qu’à sauver les responsables de ce scandale.

Plusieurs personnes sont directement impliquées dans ce scandale, à commencer par la chancelière qui elle, a pour habitude de se présenter de manière «plus européenne qu’européenne». Viennent ensuite les chefs de la chancellerie des dernières années – comme Roland Pofalla (qui avait, en 2013 et peu après les premières revélations d’Edward Snowden, décrété lors d’une visite à Washington que «le scandale de la NSA était clos»...), l’actuel chef de la chancellerie Peter Altmeier, les différents ministres de l’intérieur depuis 2005 et en principe, l’intégralité du gouvernement. Et on se souvient de cette phrase d’Angela Merkel prononcée en 2013, lorsqu’il apparaissait qu’elle était elle-même sous écoute de la NSA, «espionner les amis, ça ne va vraiment pas». Mais espionner le gouvernement français et les institutions européennes pour le compte des Etats-Unis, ça va ?

Ce scandale n’est qu’à ses débuts, car les de Maizière, Merkel & Cie. devront s'expliquer non pas seulement devant le Bundestag et les citoyens allemands, mais devant l'Europe entière. A un moment où l'Europe s'apprù l'Europe s'apprête à s’engager dans un traité de libres échanges avec les Etats-Unis, traité fortement porté par l’Allemagne, les autre pays européens voudront certainement savoir quelles informations le BND ait trahi aux Etats-Unis. Dans de telles circonstances, il est exclu que l’Europe poursuit les négociations qui portent, entre autres, sur la possibilité américaine d’intervenir dans la législation européenne. Considérant le comportement ouvertement hostile qu’affichent les USA et leur agent, l'Allemagne, on ne peut pas offrir les clés de l'économie et de la politique européenne à une nation qui s comporte comme un ennemi.

En ce qui concerne l’Allemagne, le temps que la lumière soit faite sur ce scandale, dvrait être traitée comme la Russie récemment. Avec l'exclusion de vote dans le Conseil de l'Europe, des sanctions et l'obligation de laisser enquêter une commission internationale sur les reproches qui lui sont faits. Et ceux qui se sont toujours défendus contre le «tous pourris», se voient contredits par les réalités qui commencent à remonter à la surface... Affaire à suivre. De près.

Crédit photo : Wikimedia Commons / PD

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.