L’Europe - partenaire des passeurs criminels

En fermant hermétiquement les frontières vers l’Union Européenne, l’Europe crée la base des affaires des passeurs. Sans la mise en œuvre d‘un «corridor sûr», des drames comme celui en Autriche se multiplieront.

Eux, ils avaient de la "chance". Ils sont en vie... Eux, ils avaient de la "chance". Ils sont en vie...
En fermant hermétiquement les frontières vers l’Union Européenne, l’Europe crée la base des affaires des passeurs. Sans la mise en œuvre d‘un «corridor sûr», des drames comme celui en Autriche se multiplieront.

(KL) - La tragédie d’Autriche n’a fait que rapprocher ce qui se passe quotidiennement loin de l’UE - des passeurs criminels dépouillent des réfugiés et se fichent pas mal de ce qui peut leur arriver. Des navires de fortune qui échouent dans la Méditerranée sans qu’on en entend jamais parler, des gens qui meurent sur leur dangereux fuite, et des criminels qui gagnent très bien leur vie. Les 71 morts sur une autoroute en Autriche ainsi que les arrestations de passeurs ce week-end en Autriche et en Hongrie, ne constituent que le pic de l’iceberg. Les responsables in fine pour ces crimes travaillent dans des bureaux feutrés dans les capitales européennes et à Bruxelles. C’est la politique européenne en la matière qui permet à ces passeurs criminels de poursuivre leur sale boulot de la mort.

Depuis longtemps, de nombreuses organisations demandent la mise en œuvre d’un «corridor sûr» vers l’Europe, mais l’Europe institutionnelle préfère miser sur la carte de la «dissuasion», ce qui constitue non seulement une erreur grotesque, mais un comportement que l’on pourrait qualifier de complicité de meurtre. Si un tel corridor existait, les passeurs perdraient leur «clients» et les réfugiés pourraient rejoindre l’Europe et y faire leurs demandes d’asile. Mais l’Europe investit d’énormes sommes non pas dans un acheminement sûr vers l’Europe, mais dans la coopération avec des services secrets de pays aussi peu fiables que la Libye ou d’autres - dans le seul et unique but de garder les réfugiés hors du territoire européen. Voilà le fond de commerce des passeurs qui se sont organisés en différentes filières - sur la route Turquie - Balkans - Europe de l’Ouest ou bien depuis la Turquie vers la Grèce ou directement des côtes africaines vers l’Italie ou la Grèce. Tout cela est bien connu et les «efforts» de l’Union Européenne pour rendre ses frontières étanches, ont lamentablement échoués.

Le fait de rendre la fuite depuis les centres des crises mondiales vers l’Europe plus difficile, n’empêchera personne de tenter de sauver sa vie en venant en Europe. La stratégie de «dissuasion» constitue donc un cynisme extraordinaire qui, par ailleurs, ne coûte pas seulement très cher à l’Europe, mais qui coûte surtout la vie à d’innombrables réfugiés. Tout en permettant à des bandes de passeurs hautement criminels de poursuivre leurs affaires et, puisque l’Europe intervient en «protégeant» encore mieux ses frontières, ces bandes gagnent de plus en plus d’argent en augmentant systématiquement les tarifs. En remerciant l’Union Européenne de favoriser ainsi leurs bénéfices.

Bien entendu, l’Europe était choquée en voyant les images d’Autriche. 71 personnes entassées et décédées dans un camion, c’est horrible. Tout aussi horrible que les centaines de milliers de personnes qui sont déjà mortes en Méditerranée - mais de ces victimes de la politiques européenne, il n’existe aucune photo, aucune vidéo, on les ignore et pourtant, ils ont bel et bien existés. Mais ils sont mort parce que l’Europe n’entend pas partager un tout petit peu de ses richesses avec ces gens qui fuient des guerres, des guerres civiles, la famine, les oppressions religieux, ethniques ou culturelles.

Bien entendu, les premiers à incriminer, sont les passeurs qui profitent de cette situation pour s’enrichir sur la misère des réfugiés. Mais après, on doit poser la question de la responsabilité de la politique européenne qui permet à ces criminels de mener un business hautement lucratif qui n’existerait pas si l’Europe assumait sa responsabilité humaine vis-à-vis de ces gens qui n’ont pas choisi de quitter leurs pays d’origine, mais qui comptent parmi ces 60 millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui errent dans le monde en tenant de sauver leur vie.

Après la tragédie d’Autriche, on ne peut que réitérer le postulat - créez enfin un «corridor sûr» depuis l’Afrique et l’Orient vers l’Europe ! L’Europe n’a plus le droit de s’auto-nommer «fief des droits de l‘homme» si elle continue à condamner de centaine de millier de victimes de conflits dont l’Europe est souvent impliquée dans la genèse. Au lieu de fermer les frontières, ce qui revient à soutenir ces passeurs criminels, intervenez enfin dans les conflits mondiaux - au lieu de fournir les armes et au lieu de soutenir des dictateurs un peu partout dans le monde, il conviendrait d’apporter le soutien européen à la création de conditions de vie dignes et sûres dans les pays d’où viennent les réfugiés. Même si cela affectera un petit peu la sacro-sainte croissance de l’économie européenne et même si cela baissera un petit peu les revenus des grands spéculateurs financiers. L’Europe se doit d’être plus que la complice de ces criminels de la pire espèce.

Crédit photo : U.S. Navy Photo / U.S. Navy / Wikimedia Commons / PD

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