« Les pauvres seront les plus affectés »

Tim Lang, Professeur de Politique Alimentaire au Centre pour la Politique Alimentaire de la City University of London a répondu à nos questions concernant les conséquences du Brexit.

Le Professeur Tim Lang est l'un des grands experts de la politique alimentaire. © privée Le Professeur Tim Lang est l'un des grands experts de la politique alimentaire. © privée
(KL) – Même les modèles élaborés par le gouvernement britannique prévoient des situations catastrophiques pour la population de la Grande Bretagne en cas de Brexit. Nous avons voulu savoir comment le Brexit affectera concrètement la population britannique et nous avons donc posé nos questions au Professeur Tim Lang, spécialiste en politique alimentaire à la City University of London. Interview.

Monsieur le Professeur, on dirait que la Grande Bretagne est en train de créer une situation d’« après-guerre » en se préparant au « hard Brexit ». Quelles seront réellement les conséquences pour les citoyens et citoyennes britanniques ?

Professeur Tim Lang : Les conséquences risquent d’être très sévères – le jour après le Brexit, le nombre de camions arrivant en Grande Bretagne diminuera au moins d’un tiers dans les 24 heures. Il y a également le risque que les importations de fruits et légumes en provenance de l’Union Européenne baisseront de moitié, ce qui aura également un impact sur la santé publique.

Pourquoi sur la santé publique ?

PTL : Puisque les prix pour ces aliments augmenteront d’au moins 10%, et même plus si la livre sterling continue à baisser, ce seront les personnes aux faibles revenus qui seront particulièrement affectées et ne pourront plus se nourrir sainement. Sans accord sur les libres échanges, les importations depuis les Etats membres de l’Union Européenne pourront même baisser de moitié.

Et cela risque de durer longtemps ?

PTL : Dans le meilleur des cas et en vue du manque de préparation pour ce Brexit, les pénuries dureront trois mois, avant de pouvoir revenir à un niveau de disponibilité qui ne dépassera pas les deux tiers du niveau au 31 octobre.

Et il ne sera pas possible de compenser cela par la production domestique ?

PTL : La Grande Bretagne ne produit que 12% des fruits et 55% des légumes consommés au pays. Et déjà actuellement, nous rencontrons des problèmes de santé publique car les personnes aux revenus les plus faibles ne peuvent pas se permettre d’en consommer beaucoup. Donc, l’impact sur la santé publique est une conséquence logique à laquelle il faut réagir.

Est-ce que la population britannique est au courant de tout cela ?

PTL : Plusieurs rapports sont arrivés à la connaissance du public, mais l’information n’est pas claire. Si maintenant, le gouvernement veut dépenser 138 millions de livres pour une campagne d’information, il faut éviter d’en faire de la pure propagande, car cela conduirait à des achats de panique. Il faut maintenant informer la population honnêtement sur ce qui l’attend et traiter les gens comme des adultes.

Et comment est-ce que la Grande Bretagne entend gérer cette situation de pénurie ?

PTL : La vérité est que nous l’ignorons. Nous entrons sur un terrain inconnu. Il peut y avoir des achats de panique ou non. En tout cas, les pénuries arriveront à coup sûr.

Et si la Grande Bretagne se tournait vers d’autres sources d’approvisionnement, d’autres partenaires ?

PTL : Théoriquement, la Grande Bretagne pourra commercer avec tout le monde. Le problème pratique qui se pose, c’est qu’il faudra du temps pour négocier d’autres accords.

Donc, pour l’exprimer en toute simplicité – encore une fois, ce seront les gens les plus modestes qui paieront le plus cher pour le Brexit ?

PTL : Oui. Les personnes les plus aisées s’en tireront sans problèmes, les personnes les plus pauvres seront affectées le plus durement.

Monsieur le Professeur Lang, merci pour vos réponses !

Lien intéressant sur les travaux de la "Food Research Collaboration", une structure inter-universitaire impliquant la société civile.

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