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Billet de blog 30 nov. 2019

Déchiquetés dans un bassin de requins

Les époux C. à Strasbourg avaient travaillé dur pour ouvrir un merveilleux hôtel 5* à proximité des institutions européennes. 17 ans plus tard, les requins du monde financier et judiciaire les ont dépossédés de tout.

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Aujourd'hui, même le symbole de la "Villa Novarina" a disparu... © Annie Hertzog

(KL) – Tout a commencé en 2002 – Le Docteur C. et son épouse infirmière achètent une belle villa dans le quartier strasbourgeois huppé « L'Orangerie » pour la transformer en hôtel. Une excellente idée, à un jet de pierre du Conseil d'Europe, du Parlement Européen et en face du merveilleux Parc de l'Orangerie. En vue du manque d'hôtels de classe à Strasbourg (lors des séances parlementaires, de nombreux élus doivent chercher un logement jusqu'en Allemagne, tellement les bons hôtels affichent « complet » ...). Une belle affaire – mais c'était sans compter sur la « bonne société strasbourgeoise » qui découvrait là un objet de convoitise. Sur lequel il fallait mettre la main, qu'importe les moyens.

Le prix d'achat de la « Villa Novarina » s'élevait en 2002 à 850 000 €, qu'une des nombreuses banques dans ce dossier leur avaient prêtés ; et les époux C. injectaient 650 000 € de fonds propres pour les travaux de rénovation et de transformation, qui allaient durer deux ans. En 2004, le joyau était prêt : 4 studios et 4 chambres d'hôtes pouvaient accueillir la clientèle, et les époux C. disposaient d'un coquet appartement dans la villa – le rêve.

L'année suivante, 800 000€ du crédit initialement accordé pour l'achat de la villa passait à une autre banque qui proposait alors des conditions plus favorables. En 2008, en pleine crise financière mondiale et suite à un problème d’exploitation lié notamment au statut de chambres d’hôtes et de TVA, les époux C. décident de se lancer et de transformer complètement la « Villa Novarina » en Hôtel 4*. Et c'est là que le couple tombe dans un bassin de requins.

Ils s'approchent un organisme de financement A. qui leur propose une opération de « lease-back », après que la valeur de la villa avait été expertisé à 3,1 millions d'euros. Sans connaissance particulière dans ce genre d'opération, les époux C. acceptent et achètent, avec un autre crédit bancaire d'un troisième établissement, la moitié de l'immeuble voisin pour y habiter – la « Villa Novarina » pouvait alors être totalement transformée en hôtel de luxe.

En 2009, l'opération de « lease-back » s’effectue. Comprendre : l'organisme financier acquiert la villa et la loue immédiatement aux époux C. pour cette somme de 3,1 millions d'euros, ce qui permet de rembourser les crédits bancaires, de financer les 1,1 millions d'euros pour la transformation en hôtel de luxe et pour reconstituer les fonds propres de la famille. Tout le monde semble être content ; les époux C. peuvent transformer et exploiter leur hôtel, et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sauf que les époux C. ignoraient à ce moment-là que le plan de les déposséder de tous leurs biens était déjà enclenché.

La même année, l'hôtel, alors classé 4*, ouvre ses portes et commence à accueillir les clients qui viennent nombreux. Et quels clients ! Que ce soient les ministres Luc Ferry et Najat Belkacem, le député Pierre Yves Le Borgn', le dessinateur Philippe Geluck, le présentateur maison de France 5 Stéphane Thibaut mandaté pour une campagne de publicité, présidents, ambassadeurs, artistes et d'autres vedettes de la télévision adoraient ce petit hôtel au charme personnalisé. Tout se passe tellement bien qu'en 2010, les propriétaires achètent la deuxième moitié de l'immeuble voisin pour agrandir l'hôtel, qui dépasse ainsi les 30 chambres pour pouvoir reclasser la maison en hôtel 5*. Les banques prêtaient l'argent pour cette acquisition, comme toujours.

L'organisme de financement et de conseil et trois banques tournent maintenant autour des époux C. qui travaillent dur pour satisfaire leur clientèle. On leur vend des « opérations financières » qu'ils ne comprennent pas vraiment, mais faisant confiance aux banques et financiers, ils signent. En quelque sorte, leur arrêt de mort.

Mais en suivant les conseils de leurs « conseillers financiers », ils avaient grandi trop vite, les recettes ne couvraient pas les charges d'exploitation et les mensualités auprès des banques. Leurs fonds propres disparaissaient dans les caisses des banques strasbourgeoises. Au lieu de tirer la sonnette d'alarme, les banques et l'organisme financier les poussent alors vers davantage d'investissements, davantage d'agrandissements qu'ils financent volontiers – après tout, les époux C. sont des gens honnêtes et payent leurs mensualités.

Vous avez du mal à suivre ce récit ? C'est normal... - En 2012, ils invitent l'ensemble des conseillers et banques à une présentation du projet final. Les banques (qui financent également l'organisme de financement A.) sont enthousiastes à la perspective d'une nouvelle opération « lease-back » proposée par l'organisme financier. Tout est signé, tout le monde est content. Vous avez du mal à suivre le récit ? Normal, les époux C. aussi – ils se trouvent maintenant totalement entre les mains des requins qui discutent déjà la répartition de la proie.

Au printemps 2012, les choses commencent à se clarifier. Deux sociétés strasbourgeoises s'intéressent de près à la « Villa Novarina ». Une perspective qui plaît aux banques et à l'organisme financier, car tout le monde réaliserait une belle plus-value en cas de vente de ce joyau hôtelier à ces entreprises. Tout le monde, sauf les époux C.

On leur propose alors de céder l'affaire en l'état (en pleins travaux d'agrandissement) à ces sociétés, mais évidemment, les époux C. refusent – on ne vend pas un rêve d'une vie. Du coup, les flux d'argent s'arrêtent et le calvaire des époux C. commence. Les travaux doivent être interrompus, car les factures des entreprises effectuant les travaux ne sont plus honorées, on commence à mettre en doute la probité des époux C. par des accusations dépourvues de toute preuve ; mais puisque les époux C. ne sont pas coopératifs pour la vente, les requins décident de les laisser d'abord terminer les travaux. En y mettant les sommes encore nécessaires.

Le 15 octobre 2012, les travaux sont finis et l'hôtel 5* ouvre ses portes en présence du « who is who » strasbourgeois. En janvier 2013, la deuxième opération « lease-back » annoncée par l'organisme financier est du coup annulée – et sans la réalisation de cette opération destinée à renflouer les caisses de l'hôtel, la situation personnelle des époux C. se dégrade doucement, mais sûrement. Comme il s'avère plus tard, déjà au mois de mai 2013, les banques discutent à l'insu avec les sociétés hôtelières concernant la vente de l'hôtel – les époux C. sont condamnés sans le savoir.

L'été de la même année, tout s'écroule pour les époux C. - crédits accordés et annulés, rejets de chèques, rejet de paiement des salaires du personnel de l'hôtel et ce, malgré des comptes créditeurs. A partir de là, c'est une lente descente aux enfers pour les époux C. à laquelle participent tous ceux qui espèrent réaliser une bonne affaire en les dépossédant de leur affaire.

En 2014, les époux C. avaient investi 1,7 millions d'euros de leurs fonds propres, et donné l'hôtel en location-gérance. Deux jours après une table ronde avec le locataire-gérant et l'organisme financier, le Docteur C. reçoit une assignation en redressement judiciaire qui émane justement de l'organisme de financement.

Comme dans une pièce shakespearienne, entre sur scène un nouvel acteur - l'administrateur judiciaire. Ce dernier, très affairé à saisir des sommes, verse les sommes récupérées non pas pour payer les loyers ouverts, mais directement à l'organisme de financement. Dans une ville comme Strasbourg, les gens de bonne compagnie se connaissent et s'entraident, bien sûr. Et pendant ce temps-là, les époux C. coulent.

A ce moment-là, la valeur de l'ensemble des bâtiments est évaluée autant par l'organisme financier que le liquidateur à 3,5 millions d'euros – pourtant, la valeur réelle de l'investissement financier pendant toutes ces années s'élève déjà à 7 millions € - l'organisme financier propose alors aux époux C. de racheter le tout pour 1,4 millions d'euros.

Les époux C. élaborent et présentent des plans d’apurements du passif, mais aucun requin ne lâche sa proie dès que celle-ci saigne. La procédure de redressement judiciaire est convertie en procédure de liquidation judiciaire, sans que jamais l’ordre des médecins n’ait été prévenu, alors qu’il s’agit d’une obligation légale pour toute procédure à l’encontre d’un médecin. La dernière phase de la mise à mort a commencé.

Le Docteur C. est alors condamné le 23 mars 2016 à payer la somme de 2,8 millions d'euros en arguant qu'il aurait du acquérir les connaissances nécessaires pour comprendre les opérations douteuses de l'ensemble des acteurs financiers.

Suivent les saisies, par exemple auprès de l'Association des médecins de la clinique strasbourgeoise où travaille le Docteur C., où les avocats des banques concernées siègent au conseil d’administration de la clinique. Suite aux rumeurs propagées, le Dr. C. sera mis à la porte par ses associés et la clinique sans cause réelle. Car maintenant, il s'agit de faire en sorte que les époux C. ne se rebiffent plus, qu'on puisse les dévorer sans résistance. Les manipulations s'étendent jusqu'à la fille du couple.

Après deux années cauchemardesques, la liquidatrice, s'appuyant sur la décision du juge commissaire, vend la « Villa Novarina » pour 4 millions d'euros à une société liée à l'organisme de financement qui avait à l'époque proposé le « lease back » qui finalement, ne s'est jamais fait. Fin de l'histoire ? Non, l'histoire continue, puisque le Docteur C. avait été condamné à payer 2,8 millions d'euros. Vous ne comprenez plus rien ? C'est voulu. En travaillant dur pendant 17 ans, en créant des emplois et des valeurs énormes, les époux C. ont perdu un total de deux millions d'euros de fonds personnels, pendant que les banquiers, avocats, conseillers et administrateurs se sont rempli les proches. Et aujourd'hui, ce cauchemar n'est toujours pas fini pour les époux C. qui sont toujours harcelés par les huissiers, mandataires, procédures.

Et une nouvelle fois, l'ancien bon mot qui circule dans les banques s'avère être vrai : « L'argent n'est jamais perdu, il est seulement ailleurs ». Ce sont les requins qui s'en goinfrent maintenant. Jusqu'où iront-ils ?

Les dossiers complets se trouvent entre les mains de la rédaction, y compris les noms des banques et de leurs représentants dans ce dossier, de l'organisme de financement, des avocats, de l'administrateur judiciaire.

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